Katelynn Wynen d’Ottawa, Mélissa Raymond de Montréal et Sophie Marengère de Québec ont passé six mois à Quillabamba aux portes de la jungle au Pérou.

Plonger dans la solidarité [PHOTOS]

Ils sont des dizaines chaque année à vivre l’expérience de la solidarité internationale au Pérou. La Tribune a profité de son passage dans les Andes à l’invitation du Carrefour de solidarité internationale de Sherbrooke pour discuter avec ces volontaires de ce qu’ils sont venus chercher dans ces communautés implantées aux portes de la jungle amazonienne.

« On apprend plus d’eux qu’ils apprennent de nous »

Quillabamba, Pérou — Elles sont toutes d’horizons et de profils différents, mais elles se sont retrouvées ensemble avec ce désir partagé de vivre une expérience de solidarité internationale au Pérou.

Sophie Marengère de Québec, Katelynn Wynen d’Ottawa et Mélissa Raymond de Montréal ne connaissaient que les formules de base en espagnol lorsqu’elles sont débarquées à Quillabamba au cœur du Pérou en janvier dernier.

Lorsque La Tribune les a rencontrées à la mi-juin dans la « ville de l’été éternel », elles revenaient d’une visite dans leur famille d’accueil à Santa-Teresa près du Machu Picchu et s’apprêtaient à partir à l’aventure dans le canyon du Pongo, porte d’entrée de la jungle amazonienne.

C’est avec les populations autochtones machiguengas du Pérou que Sophie Marengère devait intervenir dans le cadre du programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ) offert par le Carrefour de solidarité internationale de Sherbrooke. 

Celle qui a étudié en anthropologie à l’Université Laval devait travailler avec les autorités municipales de Quillabamba relativement à la réalité des femmes autochtones en milieu urbain. 

« J’ai dû bâtir un réseau de contacts afin d’accomplir mon mandat. C’est primordial pour réussir à discuter avec les autorités. Je voulais aller chercher une expérience à l’international en complète immersion. C’est une aventure folle qui me permet de rencontrer plein de gens », signale Sophie Marengère.

Pour Mélissa Raymond, l’expérience vécue au Pérou a changé sa perspective relativement aux voyages.

« Être en contact avec une autre culture m’a fait découvrir ma culture québécoise. On sort de la poutine et du sirop d’érable. Les rapports à la nature et à la famille sont différents et font réaliser quelle est ta propre culture », soutient Mélissa Raymond. 

Des enfants de la communauté autochtone machiguenga de Segakiato au Pérou s'amusent.

Cette dernière a contribué à l’élaboration d’un programme de formation pour les deux commissariats de police de Quillabamba. 

« Mon mandat consiste à améliorer l’intervention des policiers lorsque des femmes viennent dénoncer des crimes. Le programme touche autant la violence psychologique, physique que sexuelle. Il faut adapter le programme en fonction de la culture et de la réalité d’ici. On a souvent la vision que les femmes sont des victimes passives de la violence, mais j’ai constaté qu’elles étaient très actives et impliquées », explique Mélissa Raymond.

Ce qui a marqué ces trois stagiaires du CSI, c’est le contact humain constant avec la population.

 « Au Québec, on envoie des courriels, on appelle pour de l’information. Ici, il faut se déplacer, être présent. J’étais attirée par l’échange interculturel. On ne vient pas sauver les pauvres gens du Pérou. Nous sommes ici dans une optique d’échange. On apprend plus d’eux qu’ils apprennent de nous », signale Mélissa Raymond.

« Je travaille en intervention avec les personnes immigrantes au Québec. Cette expérience me permet de mieux comprendre leur réalité en me retrouvant dans une langue et une culture que je ne connaissais pas. J’ai vécu une grande introspection. Connaître les autres cultures, c’est toujours en théorie, mais le vivre c’est différent », signale Sophie Marengère.

« J’applique mes connaissances théoriques en sciences politiques, mais avec une perspective différente. La vie n’est pas facile, mais ils sont fiers de vivre ici », ajoute Katelynn Wynen qui a étudié en sciences politiques et économiques à l’Université d’Ottawa.

Les trois jeunes femmes ont terminé leur stage le Pérou depuis quelques semaines, mais il y a fort à parier que dans leurs têtes, elles y sont encore.

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Kenza Bachari, Clara Blache-Pichette, Marie-Zoé Drouin, Marie-Pier Langevin, François Genest, Laurie-Anne Milot-Saint-Onge et Amélie Couture dans les rues de Quillabamba.

Mettre sa vie de côté pour rencontrer l’autre

Quillabamba, Pérou — Des étudiants de l’Université de Sherbrooke ont mis leurs études et leur vie de côté le temps de quelques semaines pour vivre l’expérience du Pérou.

Les stagiaires du programme Québec sans frontière étaient arrivés au Pérou depuis à peine trois semaines lorsque La Tribune les a rencontrés au « quartier général » de l’OGN péruvienne Ayni Dessarrollo à Quillabamba.

Ces six étudiants en travail social et en psychologie demeuraient juste au pied des Andes, dans la localité de Huayopata.

Si leur mandat consistait à travailler à ce que les femmes se réapproprient leurs droits en matière de planification familiale, ces étudiants devaient aussi donner des ateliers avec certaines organisations municipales et aux adolescents de la communauté.

Mais au-delà de leur mandat spécifique, c’est un cheminement dépassant le cadre académique qu’ils ont acquis.

« J’ai appliqué sur ce stage pour m’initier à la coopération et à la solidarité internationale. Mon sujet au doctorat porte sur la place de la femme au Mali. Je vis ici au Pérou une première expérience sur le sujet en attendant que je puisse aller au Mali lorsque le climat politique sera plus favorable », explique François Genest, étudiant au doctorat en psychologie. 

« C’est un but personnel que je voulais atteindre de partir quelques semaines dans un autre endroit que le mien. Cette immersion va aussi me servir lors de mon projet de maîtrise », ajoute Laurie-Anne Milo-Saint-Onge de Sherbrooke, étudiante à la maîtrise en travail social.

Pour d’autres, l’expérience humaine surpasse le mandat de base du stage.

« Je voulais vivre une expérience positive en m’engageant dans ce projet de stage en coopération internationale. C’est certain que la perception de l’expérience est variable d’une journée à l’autre, mais ça fait partie du processus. Tout se vit dans la simplicité. C’est intéressant de faire la coupure et de vivre au ralenti », ajoute Clara Blache-Pichette de Sherbrooke.

 « Le rythme de vie dans une communauté rurale au Pérou est vraiment différent. C’est contrastant avec celui d’étudiant à l’Université de Sherbrooke », ajoute Marie-Pier Langevin.

Ce reportage a été réalisé grâce à l’appui financier du gouvernement du Canada accordé par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.