François Legault a déclaré qu’il s’appuiera massivement sur l’hydroélectricité québécoise à l’avenir pour atteindre ses objectifs.

Plein gaz sur l'électrification du Québec

Le premier ministre François Legault veut électrifier transports, bâtiments et entreprises afin de réduire de 40 % la consommation de pétrole au Québec d’ici 2030.

Il en a fait dimanche cette annonce au terme du conseil général de la Coalition avenir Québec (CAQ), qui a porté spécifiquement sur l’environnement.

M. Legault a déclaré qu’il s’appuiera massivement sur l’hydroélectricité québécoise à l’avenir pour atteindre ses objectifs.

Il a lancé trois grands chantiers pour «électrifier le Québec», qui nécessiteront des investissements sans précédent.

Transports

En premier lieu, l’électrification des transports. «Je veux que dans quatre ans, on dise qu’il n’y a pas un gouvernement qui aura réalisé autant de projets de transport collectif que le gouvernement de la CAQ», s’est exclamé M. Legault dans un discours devant 1300 militants.

Il a dit avoir confié sept projets à son ministre des Transports, François Bonnardel :

• achèvement du Réseau électrique métropolitain (REM) à Montréal;

• extension du REM sur les couronnes nord et sud de Montréal;

• prolongement de la ligne bleue du métro;

• construction d’un tramway à l’est de Montréal;

• construction d’un tramway sur le boulevard Taschereau, sur la Rive-Sud;

• construction d’un tramway à Québec;

• construction d’un projet de transport sur rail à Gatineau.

«D’ici 2030, tous les nouveaux trains, tramways, autobus financés par le gouvernement du Québec vont devoir être électriques, et ils seront en grande partie fabriqués chez nous, ici au Québec», a déclaré M. Legault sous un tonnerre d’applaudissements.

Le chef du gouvernement a dit en point de presse chercher une façon d’accroître la portion de contenu local dans ces projets, en soulignant que les États-Unis exigent, eux, 65 à 70 % de contenu local. «Il faut voir ce que les lois nous permettent.»

Les Québécois qui habitent en région, et qui ne prennent pas le transport en commun, pourront bénéficier de nouveaux incitatifs financiers pour l’achat de véhicules électriques, a-t-il ajouté dans son discours.

Québec estime qu’un million d’autos électriques équivalent à une réduction de consommation de pétrole de 6 %.

Bâtiments et entreprises

Par ailleurs, François Legault dit avoir demandé à tous les ministères de prendre les moyens nécessaires pour qu’à partir de 2020, les nouveaux bâtiments (écoles, maisons des aînés) soient chauffés et climatisés à l’énergie propre.

Les propriétaires résidentiels et commerciaux seront incités à passer du mazout à l’électricité.

Enfin, le premier ministre souhaite remplacer les systèmes de mazout dans les secteurs industriel et agricole. «On doit électrifier le fonctionnement de nos machines, de nos équipements. Il va falloir innover, inventer de nouvelles techniques», a-t-il prévenu.

Exportation

Le Québec deviendra «la batterie verte de l’Amérique du Nord», clame le premier ministre, qui se dit sûr de conclure des «deals» avec l’Ontario et la Ville de New York pour les approvisionner en hydroélectricité québécoise.

«J’ai un deal, comme disait le Parrain, que les Ontariens ne vont pas pouvoir refuser : de l’énergie moins chère et de l’énergie propre», a-t-il déclaré.

En novembre, au cours d’une rencontre bilatérale à Toronto avec le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, M. Legault avait proposé à l’Ontario de lui fournir de l’électricité au lieu de rénover à des coûts faramineux ses centrales nucléaires. Le Québec avait toutefois par la suite essuyé un refus formel.

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DES JEUNES MOBILISÉS POUR LE CLIMAT OBTIENNENT UNE RENCONTRE AVEC LEGAULT

Des jeunes mobilisés pour la cause environnementale ont finalement obtenu une rencontre avec François Legault, dimanche, après avoir fait le pied de grue devant l’hôtel du centre-ville de Montréal où étaient réunis en conseil général les membres de la Coalition avenir Québec tout au long du week-end.

Des représentants des collectifs étudiants «La Planète s’invite à l’Université», «Pour Le Futur Mtl» et «Devoir Environnemental Collectif» ont pu s’entretenir en privé avec le premier ministre, dont la formation politique vient de se doter d’un programme hautement anticipé en matière de lutte aux changements climatiques.

William Des Marais, du regroupement collégial «Devoir Environnemental Collectif», émerge de cette rencontre avec un optimisme prudent.

«Il a réitéré ses cibles ambitieuses. Nous, notre questionnement, c’est de voir comment on peut les appliquer. Parce qu’on parle d’objectifs, mais on n’a pas présenté de moyens», souligne le militant, qui fréquente le cégep du Vieux-Montréal.

Le premier ministre a annoncé dimanche son intention de s’appuyer massivement sur l’hydroélectricité afin de réduire de 40 % la consommation de pétrole de la province d’ici 2030.

«C’est un pas vers l’avant», reconnaît Sara Montpetit, du collectif «Pour le futur Mtl». L’élève de cinquième année à l’école secondaire Robert-Gravel craint toutefois que le gouvernement ne soit pas habité par un sentiment d’urgence face à la crise climatique.

«Chiens de garde»

Dans la même veine, William Des Marais relève l’«incohérence» de projets comme ceux du troisième lien ou encore de GNL-Québec, qui vise la construction d’une usine de gaz naturel liquéfié à Saguenay. Le jeune écologiste estime que ses camarades et lui devront faire office de «chiens de garde» pour s’assurer que François Legault passe de la parole aux actes.

Ils ont par ailleurs profité de leur face-à-face pour lui remettre une photographie encadrée de la manifestation du 15 mars dernier, en guise de rappel de «l’ampleur et la force de la mobilisation pour le climat».

Le collectif «La Planète s’invite à l’Université» demande notamment la mise sur pied d’un programme d’éducation à l’environnement ainsi que l’adoption d’une loi climatique conforme aux recommandations du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat pour limiter le réchauffement planétaire à 1,5 degré Celsius.

«Pour Le Futur Mtl», qui réunit des élèves du secondaire, partage ces revendications, tout comme «Devoir Environnemental Collectif», qui réclame également l’interdiction des plastiques à usage unique et le retrait des investissements publics dans les énergies fossiles, entre autres.