Jérôme Dupras, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en économie écologique de l’Université du Québec en Outaouais
Jérôme Dupras, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en économie écologique de l’Université du Québec en Outaouais

Plan vert de Québec: «On a été vers la facilité»

Charles-Antoine Gagnon
Charles-Antoine Gagnon
Le Droit
Si le Plan pour une économie verte 2030 dévoilé lundi par Québec est favorablement accueilli par la Fédération québécoise des municipalités (FQM), il reçoit une bonne part du pot venant de scientifiques en environnement.

Le PEV 2030 vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) du Québec de 37,5 % d’ici 2030 par rapport à leur niveau de 1990. Pour atteindre cet objectif, le plan accorde une grande place à l’électrification des transports et à l’efficacité énergétique. Québec injecte d’ailleurs 6,7 milliards $ dans les cinq premières années du plan.

«On a été vers la facilité, critique le professeur Jérôme Dupras, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en économie écologique de l’Université du Québec en Outaouais. Pour moi, il n’y a rien ici qui me montre qu’on a essayé de penser à l’extérieur de la boîte, qu’on a essayé d’être un véritable leader. La preuve étant qu’il n’y a jamais eu un aussi gros budget dédié à la lutte aux changements climatiques, et avec ce budget on est capable que faire que 40 %».

Selon M. Dupras, les grandes oubliées dans le PEV 2030 sont les solutions naturelles, comme l’augmentation des pratiques de foresterie durables et l’agroenvironnement.

«Notre équipe à la Chaire appuie l’électrification des transports, autant chez les individus que dans les flottes industrielles. L’augmentation du transport en commun, c’est aussi très, très bien. Par contre, la littérature scientifique internationale, les recommandations de toutes les grandes agences,(…), tout le monde s’entend pour dire que de 30 à 40 % de la lutte aux changements climatiques doit passer par des solutions naturelles. Par là, on entend de la protection, de la restauration et de l’aménagement d’écosystème», a expliqué M. Dupras.

«Toutes ces solutions sont connues comme étant les moins coûteuses, les plus efficaces et les plus rentables, parce qu’on est même capable de faire du développement économique avec ces activités», a continué M. Dupras, précisant que les solutions naturelles dans le PEV ne représentent que de 2 à 3 % des initiatives.

Parmi les mesures du PEV, il y a la reconduction du rabais à l’acquisition ou à la location d’un véhicule électrique et de borne de recharge pour les citoyens, l’injection de plus de 550 millions $ pour réduire de 50 % les émissions de GES liées au chauffage des bâtiments résidentiels, commerciaux et institutionnels ainsi que le soutien à des programmes d’efficacité énergétique.

Dans son document de 128 pages, Québec dit, entre autres au sujet des forêts, que le calcul des bénéfices climatiques des interventions est complexe, et que les bénéfices peuvent survenir uniquement au bout de plusieurs décennies.

«Étant donné l’immense territoire à couvrir, la diversité des écosystèmes et la complexité des interactions dans les milieux naturels, le gouvernement investira en recherche pour mieux comprendre de quelles façons ceux-ci peuvent jouer un rôle concret dans la lutte contre les changements climatiques. Le gouvernement sera ainsi en mesure de prendre les décisions les plus appropriées concernant la contribution de la forêt à la lutte contre les changements climatiques», indique le PEV 2030.

La FQM a dit dans un communiqué accueillir favorablement le plan.

«La FQM salue l’ambition du gouvernement en matière d’électrification des transports et sa volonté d’accélérer l’installation de bornes de recharge publiques. Cette demande figurait dans la liste de nos priorités déposée au gouvernement. Toutefois, la FQM tient à rappeler au gouvernement que les programmes et mesures qui seront mis en place devront s’adresser aux Québécois de toutes les régions pour assurer l’accès et l’occupation de l’ensemble de notre territoire. Il est essentiel que toutes les régions puissent participer à l’électrification des transports en rendant possible, entre autres, l’accès aux bornes de recharge rapide près des établissements comme les écoles, les hôpitaux et les ministères à la grandeur du Québec», a notamment réagi l’organisme de défense des municipalités.

M. Dupras dit aussi craindre que Québec soit obligé d’acheter des crédits sur le bourse du carbone si les mesures annoncées ne permettent pas d’atteindre les cibles de réductions de GES.

«La majorité des crédits sont émis par des projets effectués en Californie, a signalé M. Dupras. Ce sera une fuite de capitaux. On va payer pour des projets que les autres font en continuant à polluer ici, et en ne bénéficiant pas de cet argent-là qu’on aurait pu investir pour structurer des nouvelles sphères de notre économie et bénéficier de la protection de l’environnement qu’on aurait soutenu avec ces sommes.»