Le ministre Morneau, à droite, reçoit les félicitations de son collègue au Conseil du Trésor, Scott Brison. Dans son énoncé du dernier budget, M, Morneau a évoqué la disparition du système de paie Phénix.

Phénix sur le respirateur artificiel

Le gouvernement Trudeau évoque pour la toute première fois la mise au rancart le système de paie Phénix, qui même deux ans après son instauration continue de donner de sérieux maux de tête à plusieurs milliers de fonctionnaires partout au pays.

Dans le budget présenté mardi, Ottawa annonce son intention, à long terme, de reléguer aux oubliettes le système de paie qui défraie les manchettes quasi sur une base quotidienne depuis l’hiver 2016. Il concède que Phénix « pose encore beaucoup de défis de taille. »

Il est indiqué dans le volumineux document de 425 pages qu’on souhaite « entreprendre l’élaboration de la prochaine génération du système de paye qui correspond davantage à la complexité de la structure salariale du gouvernement fédéral. »

Pour ce faire, Ottawa a l’intention d’investir une somme supplémentaire de 16 millions $ étalée sur deux ans afin d’élaborer les étapes subséquentes menant à la mise en place éventuelle d’un nouveau système.

Pour l’exercice, des experts, les syndicats de la fonction publique et des fournisseurs de technologie seront consultés.

En attendant, alors que plusieurs employés de la fonction publique sont confrontés à d’innombrables erreurs sur leur talon de paie, certains étant trop payés alors que d’autres sont privés de salaire, le fédéral est encore loin de voir la lumière au bout du tunnel dans ce dossier.

À preuve, pour ajouter aux quelque 460 millions $ qu’il s’était engagé à investir à ce jour pour mettre en œuvre le système et régler les problèmes qui y sont associés, voilà que le gouvernement libéral annonce qu’il injecte 431 millions $ répartis sur six ans dans l’espoir de continuer à améliorer la situation.

L’embauche d’employés supplémentaires au Centre des services de paye à Miramichi et aux bureaux satellites est entre autres dans les cartons, sans compter que le fédéral annonce que des employés de la paye seront de nouveau recrutés au sein même des ministères, dans le but d’accélérer le processus.

Le fédéral accorde aussi un montant de 5,5 millions $ sur une période de deux ans à l’Agence du revenu du Canada afin qu’elle traite les nouvelles cotisations d’impôt sur le revenu des particuliers destinées aux employés de la fonction publique ayant subi les contrecoups du système Phénix.

Les nouvelles dispositions permettront à un fonctionnaire qui a reçu un trop-payé de ne pas avoir à rembourser la somme due avant que l’ARC n’ait traité leur déclaration de revenus et ne leur ait remboursé la retenue d’impôt excédentaire.

Satisfaction et inquiétudes

La présidente de l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC), Debi Daviau, estime que les investissements supplémentaires du fédéral pour corriger Phénix représentent un pas dans la bonne direction.

Surtout, le projet visant à remplacer Phénix ne doit pas s’enliser dans le temps, croit Mme Daviau, dont le syndicat représente quelque 55 000 fonctionnaires.

« Nous sommes très heureux de voir que le gouvernement souhaite créer un nouveau système, mais je suis inquiète que ça prenne trop de temps. Selon moi, il faut continuer à appliquer de la pression pour s’assurer que ce soit fait le plus rapidement possible », a affirmé Mme Daviau, précisant que le nouveau système de paye devra être développé et exploité par des professionnels fédéraux de la technologie de l’information.

Elle précise que l’argent ne doit pas finir dans les proches d’IBM, qui le développeur de Phénix.

Avec Benoit Sabourin, Le Droit