Le vérificateur général Michael Ferguson a sévèrement blâmé le ministère des Services publics et de l’Approvisionnement quant à la gestion du système de paye Phénix.

Phénix: «Inacceptable n’est pas assez fort»

Il faudra encore des années pour trouver une solution durable aux problèmes de paye des fonctionnaires fédéraux et régler les problèmes créés par Phénix, et cela coûtera beaucoup plus que les 540 millions $ sur trois ans prévus par Ottawa, estime le vérificateur général du Canada, Michael Ferguson.

Dans son rapport sur le système de paye Phénix, le vérificateur général sert un blâme sévère à l’endroit du ministère des Services publics et de l’Approvisionnement, qui a mis plusieurs mois avant de réagir aux graves problèmes de paye des fonctionnaires fédéraux.

« Inacceptable n’est pas assez fort. C’est difficile de trouver le mot en anglais et en français pour décrire ce qui s’est passé. Mais le gouvernement doit en faire sa priorité », a résumé M. Ferguson lors d’une conférence de presse. 

Son audit couvre la période après l’élection du gouvernement de Justin Trudeau. Un autre rapport, portant sur les événements et la mise en œuvre du projet sous le gouvernement conservateur, sera déposé au printemps prochain.   

« Nous avons conclu que Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC) n’avait pas su cerner ni régler les problèmes de paye de manière durable pour garantir que les fonctionnaires fédéraux reçoivent systématiquement le montant exact de leur paye en temps opportun », souligne le Vérificateur général Ferguson.

Si les ministères et organismes ont contribué aux problèmes, SPAC ne leur a cependant pas transmis toutes les informations ni donné toute l’aide dont ils avaient besoin pour régler les problèmes de paye et faire en sorte que leurs employés reçoivent systématiquement le montant exact de leur paye en temps opportun.

« Les ministères et organismes sont aux prises avec des problèmes de paye depuis le lancement de Phénix. Il a cependant fallu quatre mois à Services publics et Approvisionnement Canada pour reconnaître l’existence de graves problèmes de paye, et il a fallu ensuite environ un an au Ministère pour mieux comprendre l’ensemble des problèmes », souligne M. Ferguson dans son rapport.

SPAC et les ministères prévoient dépenser 540 millions $ sur trois années pour résoudre les problèmes de paye, mais cette somme ne sera pas suffisante, selon le VG.

« Le gouvernement doit être conscient qu’il se retrouve peut-être dans la même situation que Queensland Health, un ministère du gouvernement de l’État du Queensland, en Australie, qui, après huit ans, a dépensé plus de 1,2 milliard $ (CAN) et continue de résoudre les problèmes que pose son système de paye », a indiqué le vérificateur général. En Australie, il n’a fallu que quatre mois avant que le gouvernement ne mette de l’avant une solution à long terme.

De l’avis du vérificateur, après sept années de travail sur Phénix, il pourrait être difficile de le remplacer par un autre système de paye. Toutefois, l’idée de modifier ou réduire les 80 000 règles actuelles pourrait faire partie d’une solution, a suggéré M. Ferguson, sans trop aller dans les détails.

Réaction d’Ottawa

Avant la période des questions, où le gouvernement libéral a été attaqué par l’opposition à la suite des conclusions du vérificateur général, la ministre Carla Qualtrough a défendu le bilan de son ministère dans la gestion de Phénix, en rappelant qu’une fois lancé par le gouvernement conservateur, le système de paye a présenté des problèmes si complexes « qu’il a fallu du temps pour les comprendre et trouver des solutions pour le stabiliser ». Toutes les options, incluant celle de laisser tomber Phénix proposée par l’Institut professionnel, seront étudiées pour trouver une solution à long terme. Mais il faudra patienter encore pour savoir quand une telle décision sera prise puisque le gouvernement n’a pas voulu s’engager sur un échéancier précis. 

« Tout en explorant d’autres options, il nous faut aller de l’avant et régler les problèmes et l’arriéré du système de paye Phénix. La stabilisation du système de paye demeure notre priorité absolue », s’est engagé son secrétaire parlementaire et député de Gatineau, Steven MacKinnon.

PHÉNIX EN CHIFFRES

  • 310 millions $ pour la conception
  • 290 000 fonctionnaires fédéraux à payer
  • 80 000 règles de rémunération à programmer pour 105 conventions collectives
  • 1400 employés supplémentaires embauchés pour gérer la crise