Debi Daviau, présidente de l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada, a demandé au gouvernement de remplacer Phénix.

Phénix: «assez, c’est assez»

Phénix devrait être remplacé par un nouveau système de paye qui pourrait être conçu et testé en parallèle d’ici moins d’un an par des informaticiens professionnels du gouvernement fédéral, propose l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada.

« Après presque deux ans de problèmes avec le système de paye d’IBM, nos membres que nous avons consultés ne croient pas qu’il sera possible d’arranger Phénix. Malgré tous les efforts, le nombre de cas problématiques a grimpé à 330 000 en octobre dernier. C’est sans espoir. Assez, c’est assez », a déclaré mardi Debi Daviau, lors d’une conférence de presse tenue sur la Colline parlementaire.

Ce nouveau système pourrait être développé et testé en parallèle par des informaticiens qui travaillent déjà pour le gouvernement fédéral. 

L’Institut n’a pas chiffré sa proposition, mais croit qu’un nouveau système pourrait être prêt en moins d’un an. 

Les règles du système Phénix sont mauvaises et il sera difficile de le corriger. Un nouveau système pourrait être développé à partir de la dernière version du système PeopleSoft (version 9.2), le système de gestion des ressources humaines qui serait adapté aux besoins complexes du gouvernement fédéral. Rappelons que des versions antérieures de PeopleSoft ont servi à Phénix, mais le problème viendrait des règles mises en place qui étaient erronées.

« Nous croyons qu’il sera plus rapide de créer un nouveau système que de tenter de corriger Phénix, et que cette solution se révélera plus durable », souligne la présidente Daviau.

L’Institut professionnel a déjà une équipe de 28 informaticiens qui travaillent sur Phénix, et il en faudrait trente à quarante de plus pour former une équipe de développement pour créer ce nouveau système qui ne serait pas mis en œuvre avant qu’il ne soit testé dans plusieurs ministères. 

Le système Phénix serait ainsi maintenu jusqu’à ce que l’autre prenne la relève. Cette solution permettrait d’endiguer immédiatement la crise de la paye et répondre aux besoins à long terme du gouvernement, croit l’Institut professionnel. 

On s’approche du milliard $

Alors que Phénix a coûté 309 millions $ pour sa mise en œuvre, le gouvernement a dû débourser déjà plus de 600 millions $ en mesures diverses pour tenter de régler les problèmes de paye de ses employés. La facture pourrait ainsi atteindre le 1 milliard $ avant longtemps. 

« Le gouvernement doit arrêter de jeter l’argent par les fenêtres et commencer à investir dans un système qui marche. À la fonction publique fédérale, il a déjà des employés qualifiés capables de concevoir et de développer un système efficace. Il doit juste donner la chance de s’atteler à la tâche. Plus le gouvernement tarde à investir dans un système de paye bien conçu, plus il va continuer à gaspiller des dizaines de millions de dollars en contrats privés pour rafistoler un système qui était mauvais dès le départ », souligne la présidente Daviau.

Réaction de la ministre

La ministre Carla Qualtrough a réagi en fin d’après-midi mardi à la proposition de l’Institut professionnel, en mentionnant qu’elle allait continuer à travailler avec les syndicats pour trouver des solutions novatrices aux problèmes de paye.

« Nous avons hérité de ce système défaillant des conservateurs, et nous sommes déterminés à trouver une solution permanente. (...) SPAC continue de s’employer, en collaboration avec tous les partenaires concernés, notamment les dirigeants syndicaux, à trouver des solutions novatrices et efficaces aux problèmes de paye. 

Nous avons demandé au vérificateur général d’analyser les problèmes plus en profondeur. 

Nous attendons avec impatience son rapport, qui sera rendu public la semaine prochaine », a indiqué dans un courriel Ashley Michnowski, attachée de presse de la ministre Qualtrough.