Si le projet obtient l’aval de la population locale, la construction de la tour pourrait débuter à la fin 2021 pour une ouverture en 2023, pourvu que la réglementation soit ajustée.
Si le projet obtient l’aval de la population locale, la construction de la tour pourrait débuter à la fin 2021 pour une ouverture en 2023, pourvu que la réglementation soit ajustée.

Une tour à condos de 54 étages en pleine forêt à Namur? [PHOTOS]

Benoit Sabourin
Benoit Sabourin
Le Droit
Le paysage de la petite localité de Namur, dans la MRC de Papineau, pourrait changer drastiquement dans quelques années, alors qu’un projet de tour à condos de luxe d’une cinquantaine d’étages projeté en pleine forêt est dans les cartons d’un promoteur immobilier montréalais.

Karim Zaghbani Cloutier, fondateur et président-directeur général de Yul Créations Inc., caresse le rêve d’ériger une «tour résidentielle haut de gamme» de 54 étages dotée d’un complexe hôtelier sur le territoire d'une municipalité de l'Outaouais qui comptait 572 habitants, selon le dernier recensement de Statistique Canada effectué en 2016. Les coûts de construction de l’immeuble sont estimés à 300 millions $, et selon son promoteur, l’infrastructure, une fois achevée et habitée, permettrait la création d’au moins 200 emplois permanents dans la région.

M. Zaghbani Cloutier, qui habite Montréal, est propriétaire d’environ 320 acres de terrains à Namur. Les lots de ce dernier sont situés en dehors du périmètre urbain de la municipalité qui se trouve à une trentaine de kilomètres au nord de Montebello, non loin de la frontière avec la région administrative des Laurentides.

Le projet baptisé Domaine PEKULIARI et dessiné par la firme montréalaise MU Architecture sera présenté aux citoyens de Namur le 24 novembre au soir, lors d’une séance d’information. En raison du contexte sanitaire lié à la pandémie de COVID-19, les gens pourront assister à la présentation par visioconférence. Un maximum de 25 personnes pourront se rendre à la salle communautaire de Namur pour prendre part à la consultation publique.

Les coûts de construction de l’immeuble sont estimés à 300 millions $.

En entrevue exclusive avec Le Droit, M. Zaghbani Cloutier explique que l’objectif de cette réunion d’information est de présenter l’idée à la population et d’écouter les citoyens.

L’homme d’affaires affirme que la tour à condos de plus de 200 mètres de hauteur qu’il rêve de voir un jour être érigée sur sa propriété représente «une première mondiale» en raison non seulement de son ampleur et de son emplacement, mais aussi en raison de l’unicité de son concept.

Initialement, M. Zaghbani Cloutier souhaitait faire construire 150 chalets sur ses terrains. Après avoir fait l’analyse de son projet, il a réalisé que cela impliquait la coupe à blanc de plus de 100 acres de forêt.

«Je devais changer mon fusil d’épaule et minimiser l’empreinte au sol. La seule façon de minimiser l’empreinte au sol, c’est d’avoir un seul point géographique et de construire à la verticale, ce qui fait en sorte qu’on sauve les 100 acres de forêt pour préserver 100% du territoire adjacent. C’est de cette façon que le projet est né. La totalité de mes terres sera protégée à perpétuité et cédée sous une forme de réserve faunique privée. [...] Le cheval de bataille de la naissance du projet, c’est la protection des pieds carrés à l’horizontale, mais aussi la protection de la faune et de l’environnement», explique le promoteur qui ne cache pas que l’idée de construire une infrastructure d’une telle hauteur en milieu rural est audacieuse.

Une première mondiale, selon le promoteur 

Si le Domaine PEKULIARI voit le jour, «ce sont des gens désireux de protéger l’environnement» qui vont acheter des unités, dit-il, ajoutant que le projet, depuis son dévoilement sur le Web en octobre 2019, a été repris dans «les plus grandes publications de design et d’architecture à travers le monde», suscitant un «énorme engouement» sur la scène internationale.

«Ce n’est pas seulement qu’une première en Amérique du Nord. C’est une première mondiale. Il n’y a aucun comparable existant sur la Terre. Le but, c’est la protection du territoire. Les gens qui vont acheter, oui, ils seront en moyen, mais il va aussi y avoir une autre affectation dans le bâtiment qui va être hôtelière, ce qui va laisser aussi la place à tous les citoyens de pouvoir louer une unité et de bénéficier de la protection du territoire et des infrastructures présentes dans le projet», note l’homme d’affaires.

Une fois achevée et habitée, l'infrastructure permettrait la création d’au moins 200 emplois permanents dans la région de l'Outaouais.

Selon les plans dans les cartons, le complexe de 54 étages serait «autosuffisant en eau et énergie», précise M. Zaghbani Cloutier. L’absence d’un réseau d’aqueduc à Namur ne représente donc pas une embûche, selon lui.

«Le projet en tant que tel vise à être autosuffisant à 100%. Les verres structuraux seront en bonne partie photovoltaïque (à énergie solaire) donc la production énergétique sera produite à même la tour. Au niveau des installations d’aqueduc, il y aura récupération des eaux de pluie et des eaux de neige et par des procédés inventés ici et par des technologies d’ailleurs, nous allons tout mettre en oeuvre pour récupérer et filtrer à 100% ces eaux usées.»

Le promoteur estime que si le projet obtient l’aval de la population locale, la construction de la tour pourrait débuter à la fin 2021 pour une ouverture en 2023, pourvu que la réglementation soit ajustée.

Le projet baptisé Domaine PEKULIARI et dessiné par la firme montréalaise MU Architecture sera présenté aux citoyens de Namur le 24 novembre au soir, lors d’une séance d’information.

Le conseil municipal suivra sa population

Le maire de Namur, Gilbert Dardel, indique de son côté qu’il reviendra à la population de se prononcer sur la suite des choses. La séance d’information prévue mardi aurait dû avoir lieu bien avant, mais la pandémie de COVID-19 a forcé un report de l’échéancier, note l’élu.

«Quand tu as quelqu’un qui veut investir 300M$ dans ta municipalité, avant de dire oui ou non, on veut avoir une soirée où nos citoyens vont pouvoir écouter et poser des questions sur les pour et les contre. C’est un projet qui peut changer Namur à tout jamais et c’est pour ça qu’on veut avoir le pouls du plus grand nombre de gens possible. S’il y a une acceptabilité sociale, est-ce que ça va créer de l’achalandage plus concentré chez nous et dans les villages avoisinants? Est-ce que nos routes sont adéquates pour répondre à ça. Est-ce qu’il va y avoir un impact sur l’environnement? Ce sont toutes des questions auxquelles il faudra avoir des réponses», affirme le maire Dardel.

Le promoteur estime que si le projet obtient l’aval de la population locale, la construction de la tour pourrait débuter à la fin 2021 pour une ouverture en 2023, pourvu que la réglementation soit ajustée.

Même si le projet obtient une réponse favorable de la part des citoyens, plusieurs étapes devront par la suite être franchies avant que le chantier ne voit le jour. Des modifications au périmètre urbain devront notamment être effectuées puisque le site ciblé pour accueillir le gratte-ciel se trouve en dehors de cette zone. Le schéma d’aménagement actuellement en vigueur à la MRC de Papineau ne permet pas la construction d’un tel édifice.

«Il faudra aussi que ça passe à la Commission d’aménagement de la MRC de Papineau, au conseil des maires et au ministère des Affaires municipales. Il y a encore beaucoup d’étapes à franchir», souligne le maire Dardel.

À ce sujet, le promoteur affirme qu’une firme d’urbanistes de Montréal travaille actuellement avec la municipalité et la MRC sur la question du périmètre d’urbanisation.

À la suite de la présentation de mardi, les élus de Namur tiendront compte des commentaires des citoyens. Une résolution qui dictera la position de la Municipalité dans le dossier devrait ensuite être adoptée en décembre, a assuré M. Dardel.

Selon les plans dans les cartons, le complexe de 54 étages serait «autosuffisant en eau et énergie».