Le festival de musique électronique Valhalla Sound Circus est prévue du 19 au 23 juillet prochains.

Un avenir incertain pour le Valhalla Sound Circus

Loin de faire l’unanimité parmi les résidents et agriculteurs habitant à proximité, le festival de musique électronique Valhalla Sound Circus se retrouve devant un avenir incertain même si sa programmation 2018 prévue du 19 au 23 juillet prochains est déjà ficelée et que la vente de billets pour y assister est amorcée. depuis 2016, cet événement se tient sans l’autorisation de la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) sur une propriété privée cultivable à Saint-André-Avellin,

La CPTAQ avait rendu le 30 août 2017 une orientation préliminaire défavorable envers le promoteur du festival, Damien Bertrand, qui réclamait le droit d’utiliser à une fin autre que l’agriculture une parcelle de 5,7 hectares de son terrain situé en zone agricole au 817, rang Sainte-Madeleine, à Saint-André-Avellin. M. Bertrand avait évoqué que son événement de type «rave party» s’apparentait au Rockfest de Montebello qui bénéficie d’une autorisation de la CPTAQ pour établir une zone de camping temporaire destinée à ses festivaliers.

La commission avait cependant refusé la demande, stipulant notamment que le Rockfest ne se trouvait pas dans le même contexte géographique que le Valhalla Sound Circus, lequel est déployé à moins d’une centaine de mètres d’une ferme d’élevage.

«Ce type de festival musical s’avère très contraignant pour les activités d’élevage à proximité en raison de l’important niveau de bruit généré et des activités de va-et-vient continuel des festivaliers en face de la ferme. Par conséquent, il ne s’agit pas de l’emplacement de moindre impact sur l’agriculture pour la tenue d’un festival électronique», avait conclu la CPTAQ à propos du Valhalla Sound Circus.

Or, voilà que le dossier sera discuté de nouveau devant la CPTAQ mardi, à Gatineau, à la suite d’une demande faite par la municipalité de Saint-André-Avellin dont le conseil municipal appuie à la majorité la tenue de ce festival. En fin de journée hier, le maire de Saint-André-Avellin, Jean-René Carrière, n’avait toujours pas rappelé Le Droit.

Du bruit et des nuisances
Dans le voisinage du rang Sainte-Madeleine, les plaintes se sont multipliées au fil des dernières années pour décrier la tenue de cet événement qui accueille «entre 600 et 700 personnes» sur trois jours, selon les chiffres fournis par l’organisation dans la documentation de la CPTAQ. Des sources nous confirment toutefois que l’achalandage serait plutôt de l’ordre de «quelques milliers» de personnes lors de ce week-end tenu en pleine forêt. Le promoteur, Damien Bertrand, a refusé de nous dévoiler un chiffre exact, hier.

La branche régionale de l’Union des producteurs agricoles du Québec (UPA) a même fait parvenir l’automne dernier une plainte formelle à la commission dans laquelle on décrit les nuisances occasionnées par ce rendez-vous électronique.

«Par exemple, la forte musique stresse les vaches de la ferme laitière voisine réduisant ainsi leur rendement et compromettant des opérations d’insémination. Les nuits des producteurs et des travailleurs agricoles sont également perturbées affectant nécessairement le travail à la ferme. Les producteurs agricoles craignent les infractions et les dommages à leur propriété ainsi que des accidents impliquant des festivaliers, dans bien des cas intoxiqués par l’alcool et la drogue», peut-on lire dans la plainte dont Le Droit a obtenu copie.

De son côté, le promoteur défend son événement et dit avoir confiance que la CPTAQ reviendra sur sa décision rendue l’été dernier. Autrement, même si les billets sont déjà en vente et que la programmation est déjà annoncée, le festival risque d’être annulé puisque les options de déménager le site ont toutes été évaluées, sans succès. «J’ai espoir que la CPTAQ va faire preuve de jugement», a indiqué au Droit M. Betrand, vendredi.

Celui-ci fait valoir que son organisation a récemment embauché un agronome afin de démontrer que le Valhalla Sound Circus n’avait aucune incidence sur les productions agricoles environnantes.

M. Bertrand reconnaît par ailleurs que son organisation a tardé à s’adresser à la CPTAQ puisqu’elle n’était pas «en connaissance de toutes les règles» lors de la création du festival.

Quant aux plaintes de nuisances, l’organisation du Valhalla Sound Circus a tenté d’ajuster le tir lors de la dernière édition.

Selon M. Bertrand, les organisateurs ont modifié l’emplacement des trois scènes du site afin de limiter la propagation du bruit. La scène principale, qui est propulsée par le plus gros de l’équipement sonore, cesse d’être en activité à partir de 3h. En 2017, la sortie à l’extérieur du site par les festivaliers a été interdite après 21h, pour des raisons de sécurité et pour limiter le va-et-vient.

«Une chose est sûre, avec le festival, nous avons toujours voulu plaire à tout le monde. Ç’a toujours été notre but», a mentionné M. Bertrand.

Le président de l’UPA Papineau, Martin Turcot, affirme quant à lui que le souhait des voisins agriculteurs n’est pas de faire annuler le festival, mais que celui-ci soit simplement tenu à un autre endroit que sur le site actuel.

«C’est un festival qui a lieu jour et nuit, du jeudi au lundi matin, avec des basses fréquences. Ç’a des impacts sur les agriculteurs. Ça dépend de la météo, mais il y a même des gens à Notre-Dame-de-la-Paix et au lac Grosleau à Ripon qui entendent le bruit. Je ne veux pas qu’on porte l’odieux de dire qu’on ne veut plus que le festival se tienne, mais cet événement n’a juste pas sa place à cet endroit» soutient M. Turcot, qui reproche à la municipalité de faire l’autruche en se rangeant derrière le promoteur.

Des représentants du milieu agricole, de la municipalité de Saint-André-Avellin et de l’organisation du Valhalla Sound Circus devraient être présents à l’audience de la CPTAQ, mardi.