Les membres de la Caisse Desjardins de la Petite-Nation ont profité de l’assemblée générale extraordinaire tenue dans l’église de Saint-Casimir-de-Ripon pour exprimer leur mécontentement à la suite du démantèlement du guichet automatique de la municipalité.

Rencontre houleuse pour Desjardins à Ripon

La petite église de Saint-Casimir-de-Ripon a été le théâtre d’un véritable déversement de fiel de la part des sociétaires de la Caisse Desjardins de la Petite-Nation, mardi soir, alors que se tenait une assemblée générale extraordinaire organisée dans la foulée du démantèlement du guichet automatique de la municipalité survenu en janvier dernier.

Pendant près de deux heures et demie marquées par plusieurs épisodes houleux, les membres de la coopérative de services financiers ont fait part de leur mécontentement auprès des dirigeants de la Caisse Desjardins de la Petite-Nation.

Le président de la caisse, Paul Lalonde, et le directeur général, Roger Lafrenière, ont d’entrée de jeu dévoilé l’étendue des statistiques démontrant la dégringolade du nombre de transactions réalisées depuis les dernières années auprès des différents guichets automatiques de la coopérative. En 2017, ce sont 91% des transactions qui étaient réalisées en mode autonome de la part des membres de la Caisse Desjardins de la Petite-Nation. À peine 7% d’entres elles ont été effectuées auprès d’un guichet automatique. Les deux autres points de pourcentage ont été réalisés à l’un des comptoirs de succursale.

Le guichet de Ripon avait enregistré une baisse de 13% d’achalandage entre 2015 et 2017. De plus, selon les données présentées par les dirigeants, trois des cinq commerces les plus fréquentés par les membres Desjardins habitant Ripon sont situés en dehors de la municipalité. Dans la foulée de la révision du réseau de distribution de la coopérative, la caisse a donc choisi de retirer l’appareil de Ripon jugé «sous-utilisé».

«Je vous assure que cette décision n’a pas été facile à prendre», a lancé Paul Lalonde.

«On est à l’écoute des membres dont le comportement change. Lorsqu’on voit la transaction évoluer, nous n’avons pas le choix de nous adapter», a ajouté Roger Lafrenière.

Les dirigeants ont affirmé avoir mis à la disposition de leurs membres différentes solutions de rechange pour les gens touchés par le retrait de l’appareil à Ripon. Un service de navettes, de la formation et de l’accompagnement personnalisé tout comme la mise en place de terminaux aux points de vente ont été mis sur la table, a rappelé M. Lafrenière.

De gauche à droite: Denis Desforges, vice-président de la Caisse Desjardins de la Petite-Nation, Caroline Duchesne, conseillère juridique pour la Fédération des Caisses Desjardins du Québec, Paul Lalonde, président de la Caisse Desjardins de la Petite-Nation, et Roger Lafrenière, directeur général de la Caisse Desjardins de la Petite-Nation

Ces explications et statistiques n’ont visiblement pas convaincu l’auditoire. Des sociétaires manifestement en colère de voir leur localité se retrouver sans guichet ont accusé l’institution de contribuer à «la mort du rural».

«Regardez les gens ici. Ce n’est pas une situation de chiffres que vous avez. C’est une situation de sentiment d’appartenance et ça, vous semblez être passé un peu à côté», a indiqué le conseiller municipal de Ripon, Gilles Martel.

«Oui le système évolue, mais nous ici, on habite encore en campagne et c’est quelque chose que vous devriez prendre en considération», a lancé Sébastien Rollin.

Koen Dewinter a demandé aux administrateurs de cesser «d’abuser de la statistique».

«Ce n’est pas parce qu’il ne reste plus que 8% de gens qui utilisent un guichet automatique qu’il faut l’abolir. Pour faire une analogie, c’est comme si en ce moment, il y a 2% des gens qui ont besoin d’une chaise roulante. Seriez-vous prêts à abolir les chaises roulantes parce qu’il y a seulement 2% de personnes qui les utilisent? Ce que la statistique dit, ce n’est pas ce que vous dites, ce qu’elle dit, c’est qu’il reste des gens qui n’ont pas Internet et qui ont encore besoin d’un guichet automatique», a-t-il déclaré.

La légitimité de l’assemblée générale extraordinaire a également été remise en cause puisque les membres n’avaient pas le droit de vote. Certains ont décrié qu’il s’agissait en réalité d’une «assemblée d’information déguisée».

«La gestion du réseau de distribution de Desjardins relève uniquement du conseil d’administration», a martelé Paul Lalonde.

Projet pilote
Mince lueur d’espoir pour les membres, si elle en est une, le directeur général de la caisse a évoqué le fait que Ripon pourrait faire partie du projet pilote actuellement sous la loupe de la Fédération des caisses Desjardins du Québec et de la Fédération québécoise des municipalités. M. Lafrenière a cependant été peu précis sur la nature que prendrait ce projet. L’outil prendrait la forme d’un appareil qui permettrait de retirer de l’argent, un peu selon le même procédé qu’un guichet.

«Aujourd’hui, je ne peux malheureusement pas donner les fins détails, mais ça augure très bien. On souhaite tellement que Ripon soit un des premiers pilotes», a laissé entendre M. Lafrenière.