Vue sur la municipalité de Notre-Dame-de-la-Salette
Vue sur la municipalité de Notre-Dame-de-la-Salette

Mobilisation citoyenne pour revitaliser Notre-Dame-de-la-Salette

Benoit Sabourin
Benoit Sabourin
Le Droit
Arguant que leur village est en train de se dévitaliser à vitesse grand V, des citoyens de Notre-Dame-de-la-Salette, au nord de Buckingham, se mobilisent dans l’espoir de redonner un nouveau souffle à la petite municipalité de quelque 750 habitants qui a récemment perdu sa seule épicerie de proximité, dans les dernières semaines.

Peter J.M. Alexander est l’un des créateurs et administrateurs de la page Facebook «Le phénix Salettois». Citoyen de Notre-Dame-de-la-Salette depuis deux ans, l’instigateur de la mobilisation qui regroupe un peu plus de 150 personnes dans ses rangs avance que la fermeture de l’épicerie du village a été «l’étincelle» pour réunir la communauté autour d’une volonté d’agir. 

«Je n’ai pas envie de vivre dans une municipalité qui est en constante réanimation. On a plein d’atouts ici, il n’y a pas grand-chose qui est fait, alors que nous avons tout pour réussir. Ce qui manquait, c’était un projet mobilisateur et c’était de rendre le pouvoir aux citoyens et c’est un peu ce qu’on fait avec la page du phénix. Pour changer les choses, on doit se mobiliser et se prendre en mains pour montrer aux gens et à la région de l’Outaouais que Notre-Dame-de-la-Salette va vendre sa peau très chère», affirme en entrevue avec Le Droit M. Alexander. 

Rappelons qu’en août 2018, Notre-Dame-de-la-Salette a également perdu son comptoir caissier et son guichet automatique après que la Caisse Desjardins du Coeur-des-vallées ait retiré ces services du territoire de la municipalité. Le dépanneur du village a également retiré les stations d’essence de son commerce au cours des dernières années. M. Alexander craint que Notre-Dame-de-la-Salette ne devienne un village fantôme à court terme maintenant que la seule épicerie dans le secteur a fermé ses portes, à la mi-août.

Créé il y a à peine deux semaines, «Le phénix Salettois», composé principalement de résidents de la petite localité de la MRC des Collines-de-l’Outaouais, a déjà accouché d’un premier projet pour Notre-Dame-de-la-Salette. Un remue-méninges «virtuel» a permis de mettre sur pied une foire agroalimentaire, le Festilette en couleurs, qui se tiendra les 9 et 10 octobre, à l’intérieur des Serres Jomélico. Une quinzaine d’exposants, des producteurs et artisans du territoire de la municipalité et des environs, seront sur place pour y présenter leurs produits. Pandémie de COVID-19 oblige, les organisateurs assurent que les mesures sanitaires conformes aux normes de la Direction de la santé publique seront instaurées lors de l’activité. 

«Nous sommes conscients que cette foire ne va rien révolutionner, mais c’est le début de quelque chose, on espère. Le but est de faire un événement annuel pour attirer des gens chez nous et pour faire parler de nous», souligne M. Alexander.


« Je n’ai pas envie de vivre dans une municipalité qui est en constante réanimation. [...] Pour changer les choses, on doit se mobiliser et se prendre en mains pour montrer aux gens et à la région de l’Outaouais que Notre-Dame-de-la-Salette va vendre sa peau très chère. »
Peter J.M. Alexander

La faute aux élus? 

Selon M. Alexander, une partie du blâme liée à la dévitalisation de Notre-Dame-de-la-Salette observée ces dernières années est attribuable aux décisions du conseil municipal. Les élus doivent en faire plus pour que la municipalité conserve ses services de base, estime le citoyen.

«La municipalité a failli à sa responsabilité. Il y a plusieurs projets qui ont été proposés et trop souvent ceux-ci ont été dénigrés, refusés ou classés sans suite. Une étude sur la revitalisation de Notre-Dame-de-la-Salette a été publiée en 2017. C’est un projet qui a coûté de l’argent, qui a été très bien fait, qui contenait de très bonnes propositions et qui a été mis sur la tablette», déplore le citoyen.

Du côté du maire de Notre-Dame-de-la-Salette, Denis Légaré, on réfute les propos du regroupement de citoyens mené par M. Alexander. M. Légaré admet que sa localité subit bel et bien une certaine dévitalisation, mais le conseil municipal ne lésine pas sur les efforts pour contrer ce phénomène, dit-il.

Plusieurs projets fourmillent à Notre-Dame-de-la-Salette, se défend M. Légaré. Des projets domiciliaires devraient voir le jour une fois que l’usine de traitement des eaux usées de la municipalité aura été modernisée dans les prochaines années. Le maire souligne également avoir tenté des démarches pour créer un projet de coopérative ou d’organisme sans but lucratif, à la suite de la fermeture de l’épicerie, afin de relancer les opérations de cette dernière.

Le projet a été présenté aux citoyens, par le biais d’une présentation en visioconférence, indique-t-il, mais aucun citoyen n’a manifesté d’intérêt pour s’impliquer.

«Si le propriétaire du dépanneur décide de ne pas remplacer ses stations d’essence, qu’est-ce que la Municipalité peut faire? On connaît le dossier de la Caisse Desjardins, quand ils ont décidé de retirer le guichet et le comptoir. Je me suis battu pour qu’on garde ces services ici. À un moment donné, c’est facile de blâmer la ville pour tout, mais il faut que les gens apportent des solutions», plaide-t-il.

Par ailleurs, en décembre 2018, la Municipalité avait logé une demande auprès du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation (MAMH) afin d’être transférée vers la MRC de Papineau, justifiant sa requête par le fait que cette MRC partage des défis socio-économiques beaucoup plus semblables aux siens que ceux de la MRC des Collines-de-l’Outaouais, l’une des MRC les plus riches de la Belle Province en vertu de l’indice de vitalité économique établi par l’Institut de la statistique du Québec. La démarche est toujours en cours de processus auprès du MAMH, souligne le premier magistrat. 

«Le dossier progresse bien. C’est tout ce que je peux dire pour l’instant», mentionne M. Légaré.