Marcel Massé, Jacynthe et Yvan Gagnon doivent se déplacer en canot pour rejoindre la terre ferme.

Les naufragés de Mayo

Prisonniers de leur résidence du chemin Desjardins, à Mayo, au nord-est de Buckingham, des sinistrés exaspérés d'être submergés par la crue des eaux lancent un appel à l'aide, accusant du même souffle la municipalité de ne pas leur offrir de soutien alors que la situation se détériore de jour en jour avec la montée de la rivière Blanche.
Marcel Massé, Yvan Gagnon et sa conjointe Jacynthe ont des allures de «joyeux naufragés» depuis le 6 avril dernier. Remplacer «joyeux» par «furieux» serait toutefois plus à propos dans leur situation. «Quand tu es rendu à 14 jours dans l'eau, les nerfs marchent pu», peste Mme Gagnon.
Cela fait déjà deux semaines que les résidents du chemin Desjardins sont obligés de faire la navette en canot ou en chaloupe pour rejoindre la terre ferme et accéder à leur véhicule, un trajet de quelques centaines de mètres. C'est de cette façon qu'ils se ravitaillent. Ils n'ont pas d'autres choix.
Sur la poignée de propriétaires ayant pignon sur ce chemin, nombreux sont ceux qui ont déjà quitté en attendant que la rivière retrouve son lit.
Le couple Gagnon se retrouvait avec plus de cinq pieds d'eau dans le sous-sol de leur maison, en milieu de journée mercredi. Avec les précipitations tombées et celles attendues jeudi, le pire reste à venir.
Le scénario n'est pas nouveau pour les résidents du coin. La rivière Blanche sort tous les ans de son lit. Il n'y a pas que sur le chemin Desjardins où les inondations ont commencé à faire des dégâts dans le petit village de quelque 600 âmes. Les propriétaires qui subissent les ravages de la crue des eaux bénéficient généralement d'une aide financière gouvernementale. Peu importe, cette fois, le «ras-le-bol» est bien senti. 
«Chaque année, nous avons un débordement. Mais ça n'a jamais duré aussi longtemps», lance Yvan Gagnon, un retraité de 70 ans qui habite l'endroit depuis près d'une trentaine d'années.
Ces citoyens à bout de souffle craignent pour leur sécurité et déplorent qu'aucun représentant municipal ne leur ait encore donné signe de vie.
«Il n'y a pas de pompiers et pas d'ambulances qui peuvent se rendre ici. Il peut arriver quelque chose n'importe quand et personne ne se dérange pour nous venir en aide. On est laissés à nous-mêmes. C'est comme si on n'existait pas», se désole Jacynthe Gagnon.
Marcel Massé affirme que la municipalité a été avisée de la situation. Aucun soutien sous quelque forme que ce soit n'aurait cependant été offert au groupe de sinistrés.
«On regarde dans d'autres villages, les pompiers sont là pour surveiller 24 heures sur 24. Ils cognent aux portes pour faire sortir les gens. Ici, c'est le néant. Je donne un prix citron à Mayo», lance le sexagénaire.
«Sous contrôle»
Le maire de Mayo, Normand Vachon, avait peu de réponses à offrir lorsque Le Droit l'a contacté en après-midi, mercredi. «Ça fait 37 ans que j'habite ici, et ça fait peut-être huit ou neuf fois que ces choses-là arrivent. Les gens savent qu'ils sont dans une zone inondable. La municipalité a déjà donné des permis pour que les gens se construisent là, ce qui était imbécile. Ils l'ont fait et ces gens-là en subissent les conséquences à l'occasion», a-t-il indiqué.
M. Vachon affirme que de l'aide comme de l'hébergement a déjà été offert aux sinistrés du village, dans le passé, lorsque le seuil est devenu critique. Pour le moment, aucune mesure d'urgence n'a encore été mise en place, puisque la situation est jugée «sous contrôle», a mentionné le premier magistrat.
Le directeur régional de la Sécurité civile pour l'Outaouais, Gaétan Lessard, précise que l'évacuation préventive est de mise lorsque les services d'urgence n'ont plus accès aux résidences. En tout temps, les villes devraient au moins offrir des services aux sinistrés, dit-il.
«On devrait décréter l'état d'évacuation, note M. Lessard à propos du cas de Mayo. On pourrait à la rigueur forcer les citoyens pour des raisons de sécurité, mais on a vu l'expérience en Montérégie où ç'a été très compliqué. Dans certains cas, les municipalités vont décréter l'évacuation et vont faire signer des décharges aux citoyens qui refusent d'évacuer, mais ça revient aux municipalités de décider», explique le directeur de la Sécurité civile, précisant que le niveau des rivières de la région devrait être à son plus haut dans la nuit de vendredi à samedi.