La présence d’algues bleu-vert dans la rivière des Outaouais ne date pas d’hier.
La présence d’algues bleu-vert dans la rivière des Outaouais ne date pas d’hier.

Les agriculteurs appelés en renfort pour contrer la prolifération des algues bleu-vert

Benoit Sabourin
Benoit Sabourin
Le Droit
La présence d’algues bleu-vert dans la rivière des Outaouais ne date pas d’hier et la baie de la Pentecôte, située entre Plaisance et Papineauville, est particulièrement touchée par ce fléau depuis les dernières années. Un «laboratoire vivant», piloté par l’Organisme de bassins versants des rivières Rouge, Petite Nation et Saumon (OBV RPNS), vient d’être lancé dans l’espoir de freiner la prolifération de ces cyanobactéries qui sont «une menace pour les écosystèmes aquatiques, l’économie, de même que pour la santé humaine», selon les responsables du projet.

Une équipe de travail réunissant autour de la même table des intervenants de l’Institut des sciences de la forêt tempérée de l’Université du Québec en Outaouais, du parc national de Plaisance, du club conseil Profit-eau-sol, du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, des municipalités de Plaisance et Papineauville et de la MRC de Papineau tente actuellement de recruter des agriculteurs et agronomes désireux de se joindre à ce projet pilote qui cible le ruisseau Hébert, cet affluent qui se déverse dans la rivière des Outaouais, à l’intérieur de la baie de la Pentecôte.

Cela fait au moins six ans que l’OBV RPNS a mis en place un programme de suivi de qualité de l’eau à l’intérieur de sa zone de gestion. Le ruisseau Hébert est de loin «le pire cours d’eau en termes de qualité de l’eau» sur le territoire de l’OBV RPNS, souligne la directrice générale adjointe de l’organisme, Alexia Couturier. 

«Quand on regarde le ruisseau Hébert, il est en milieu agricole. Les producteurs respectent parfaitement la législation en ayant une bande riveraine de 3 mètres, mais quand on parle d’agriculture, on parle d’apports exogènes, de choses qu’on va ajouter dans le sol, que ce soit des engrais, des nutriments. Pour peu qu’il y ait de l’épandage d’engrais, quand il y a de la pluie après, ça ruisselle et ça se ramasse dans le cours d’eau. Le ruisseau Hébert, comme la plupart des ruisseaux qui se retrouvent dans les basses terres du Saint-Laurent, ce sont des ruisseaux situés dans des zones très argileuses donc l’eau ne percole pas», explique Mme Couturier.

La proliférations de cyanobactéries est déclenchée par des surplus d’éléments nutritifs dans l’eau. La hausse du taux de phosphore dans les milieux aquatiques contribuent à faire croître les algues bleu-vert. En plus de l’agriculture, les activités domestiques et industrielles contribuent notamment à leur croissance, rappelle la directrice générale adjointe de l’OBV RPNS.

Une première intervention a été effectuée il y a plusieurs années, en partenariat notamment avec le parc national de Plaisance, afin d’améliorer la qualité de l’eau de la rivière des Outaouais, entre Lochaber-Canton et Papineauville. Près de 3000 arbres avaient été plantés sur les bandes riveraines agricoles, mais les résultats n’ont pas été concluants. 

«On va appeler un chat un chat, nous n’avons peut-être pas eu la meilleure approche par rapport à ce que nous aurions dû faire. Le projet était très bien monté, mais nous étions partis du fait que les agriculteurs allaient embarquer et ç’a été plus difficile que prévu», note Mme Couturier.


« Au lieu d’arriver avec un éventail de solutions et de demander aux agriculteurs de choisir ce qui leur convient, on va travailler avec les producteurs qui sont intéressés. »
Alexia Couturier

Un «laboratoire vivant» comme solution proposée 

En date d’aujourd’hui, la prolifération des algues bleu-vert n’a pas ralenti dans le secteur. Le parc national de Plaisance, qui est situé en aval de cette zone agricole, est particulièrement touché par la présence de cyanobactéries. 

C’est pourquoi l’OBV RPNS propose ce projet pilote. L’organisme a lancé un appel aux producteurs des environs. L’objectif avec cette nouvelle démarche, souligne Mme Couturier, est de s’inspirer de la méthodologie des «laboratoires vivants», en réunissant, autour d’enjeux environnementaux, des agriculteurs et d’autres experts, notamment des scientifiques de l’ISFORT et du club conseil Profit-eau-sol.

«Au lieu d’arriver avec un éventail de solutions et de demander aux agriculteurs de choisir ce qui leur convient, on va travailler avec les producteurs qui sont intéressés. On va se baser sur eux pour qu’ils développent des pratiques agricoles plus innovantes. On va alimenter les agriculteurs avec ce qui peut se faire en termes d’agroenvironnement, autant pour augmenter la rentabilité de leur côté que pour regarder des améliorations au niveau de l’environnement. Après ça, on va s’asseoir autour de la table et ce sont eux qui vont mettre de l’avant les solutions», résume la directrice générale adjointe de l’organisme.

La première phase du projet, qui est estimée à 12 000$, est financée par la MRC de Papineau et devrait permettre d’arriver avec un plan d’action d’ici la prochaine année, espère Mme Couturier.

«On va regarder pour instaurer un plan d’action et notre but ultime est d’aller chercher des subventions pour mettre de l’avant ces actions d’ici le 31 décembre 2021», de conclure Mme Couturier.