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Benoit Charette, ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques
Benoit Charette, ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques

Le territoire Mashkiki sera intégré au réseau des aires protégées du Québec

Benoit Sabourin
Benoit Sabourin
Le Droit
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Après avoir été initialement boudée par le gouvernement Legault, la réserve de biodiversité projetée Mashkiki, dans la MRC de Papineau, en Outaouais, sera finalement intégrée au réseau d’aires protégées du Québec.

Le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, et le ministre responsable de la région de l’Outaouais et député de Papineau, Mathieu Lacombe, en ont fait l’annonce, jeudi.

Le territoire Mashkiki, qui s’étend sur une superficie de 30 kilomètres carrés, à l’intérieur des frontières des municipalités de Montpellier, Mulgrave-et-Derry et Ripon, sera désormais comptabilisé au Registre des aires protégées du Québec.

«Décidée par décret du gouvernement, la mise en réserve d’un territoire permet de le comptabiliser au Registre des aires protégées au Québec jusqu’à ce que le gouvernement soit en mesure de lui attribuer un statut légal de protection», peut-on lire dans le communiqué de presse.

Le territoire Mashkiki s’étend sur 30 kilomètres carrés.

Nouvelles aires protégées

En ajoutant 34 nouvelles aires protégées au réseau provincial en décembre dernier, le ministre Charette avait annoncé que Québec avait atteint sa cible de protéger 17% de son territoire, en vertu de la Convention sur la diversité biologique des Nations unies.

Depuis, la grogne a monté dans plusieurs régions, particulièrement dans le sud du Québec où 83 projets d’aires protégées ont été balayés du revers de la main par le gouvernement Legault. 

À l’été 2018, le gouvernement libéral de Philippe Couillard avait pourtant confirmé que les projets Mashkiki, Noire-Coulonge, Rivière Fortier et Cabonga, tous situés en Outaouais, allaient être retenus lors de la prochaine mise à jour du réseau. Aucun d’eux ne figurait parmi la liste dévoilée en décembre par le ministre de l’Environnement.


« Chaque fois que nous ajoutons une aire protégée au réseau québécois, nous posons un geste significatif à l’égard des prochaines générations et à l’égard de la nature qui nous fait tant de bien. Avec la mise en réserve de ce nouveau territoire, c’est au tour de l’Outaouais de voir sa biodiversité préservée à perpétuité. »
Benoit Charette

En entrevue téléphonique avec Le Droit, jeudi, Mathieu Lacombe a rappelé qu’il avait été interpellé par rapport au territoire Mashkiki lors d’une rencontre virtuelle tenue en mars dernier avec les intervenants et citoyens mobilisés derrière le projet.

«J’avais pris l’engagement de les accompagner avec le projet et de faire en sorte qu’il puisse se concrétiser et quand je dis quelque chose, je le fais. Je tiens mes engagements et aujourd’hui nous arrivons avec cette annonce», a mentionné le député de Papineau.

Ce dernier refuse de parler de «bras de fer» pour expliquer pourquoi le territoire Mashkiki n’a pas été initialement retenu par son collègue à l’Environnement.

Mathieu Lacombe, ministre responsable de la région de l’Outaouais et député de Papineau

«Je n’ai pas eu à me chicaner avec Benoit Charette ou à le convaincre bien longtemps, a indiqué M. Lacombe. Personnellement, j’ai tout de suite été convaincu de la nécessité du projet quand les citoyens de Papineau sont venus me le présenter. Ensuite, rapidement, quand j’ai eu des discussions avec mon collègue, il était tout aussi convaincu que moi que ça devait aller de l’avant.» 

En ce qui concerne les trois autres propositions d’aires protégées en Outaouais qui n’ont pas été retenues, M. Lacombe confirme qu’il s’est engagé à rencontrer des gens du milieu pour regarder s’il pouvait apporter son aide. 

Soulagement et satisfaction

Pour Patrick Gravel, président de la Coopérative de solidarité des forêts et des gens et consultant en botanique qui travaille sur le projet Mashkiki depuis 2009, le changement de cap du gouvernement est accueilli avec une grande satisfaction.

«Ça fait un soulagement. Ça fait de la joie. Tout ça, on l’a fait par amour pour la nature. C’est une excellente nouvelle», a-t-il réagi, jeudi.

Selon lui, c’est la mobilisation des citoyens de la région et des élus locaux qui a forcé la main à Québec de revenir sur sa décision pour finalement inclure le territoire Mashkiki dans le Registre des aires protégées du Québec.

M. Gravel voit la désignation de la réserve projetée Mashkiki comme un grand pas en avant. Il espère d’ailleurs que le gouvernement Legault va reconsidérer les autres projets d’aires protégées dans le sud du Québec, notamment les trois réserves projetées qui étaient proposées ailleurs en Outaouais.

«On a été à l’affût du moment présent. Au mois de décembre, dès que le ministre Charette a fait son annonce, on a compris que ce n’était pas Mashkiki qui était en jeu. C’était une décision panquébécoise d’exclure les projets où il y avait de la possibilité de coupes forestières. Dans la vision plus large, ça ne fait pas de sens, dans une entente internationale sur la biodiversité, qu’on exclut la moitié du territoire québécois. Surtout que c’est dans le sud que la biodiversité est concentrée. Il y a une satisfaction, mais on ne va pas s’arrêter à Mashkiki. Il reste les autres projets en Outaouais», affirme M. Gravel.

Luc Desjardins, maire de Ripon

Le maire de Ripon, Luc Desjardins, qui a toujours appuyé les démarches derrière le projet Mashkiki, se réjouit également de l’annonce.

«Jusqu’à l’an passé, pour nous, c’était de l’acquis. Il ne manquait que la signature du ministre et au moment de l’annonce (en décembre), on ne comprenait plus ce qui s’était passé. C’est une très bonne nouvelle», a-t-il lancé.

Un long processus

La protection du territoire Mashkiki n’est pas immédiate. Selon des informations fournies par le cabinet du ministère de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques (MELCC), un décret sera adopté par le conseil des ministres dans les prochaines semaines, avant le congé estival. Ce décret permettra de mettre en réserve le territoire afin qu’il soit inscrit au Registre des aires protégées du Québec. 

«L’étape suivante, qui vient quelques mois plus tard, est une période d’information de 30 jours. Si nécessaire [...], il y aura une consultation publique. Suite aux recommandations et s’il n’y a pas de problématique, le MELCC pourra préparer un plan de gestion en concertation avec les acteurs régionaux», a-t-on précisé dans un courriel envoyé au Droit.

C’est une fois tout ce processus terminé que «le MELCC pourra préparer les documents pour le statut permanent et passer une deuxième fois au conseil des ministres pour confirmer la protection à perpétuité».