Le Pub St-André a fermé ses portes en juillet dernier, après trois ans d'opération.

La politique culturelle à revoir dans la MRC Papineau ?

S’il affirme que la formule de diffuseur utlisé par la MRC Témiscouata pourrait fonctionner dans la Petite-Nation, le président de Local productions et propriétaire du défunt Pub Le St-André, Yan Montagne, estime cependant que c’est la politique culturelle de la MRC de Papineau qui devrait être revue si la région souhaite conserver des salles de spectacles actives.

Le comité spécial sur la diffusion des arts de la scène de la MRC de Papineau a recommandé mercredi que la MRC de Papineau s’inspire de ce qui se fait dans la région de Témiscouata pour consolider l’offre de spectacles professionnels sur son territoire. Le diffuseur Les 4 scènes coordonne et diffuse sa programmation dans quatre salles administrées par les municipalités de Dégelis, Pohénégamook et Témiscouata-sur-le-Lac. Un plan d’affaires sera réalisé ces prochains mois afin de vérifier la viabilité d’un tel projet adapté pour la MRC de Papineau.

M. Montagne, qui siège sur le comité en question, a mentionné en entrevue avec Le Droit qu’il s’agissait d’un modèle intéressant à envisager pour la région. L’homme d’affaires croit cependant que la MRC doit aussi revoir son processus de financement afin de favoriser les diffuseurs de spectacles.

Selon des documents obtenus par Le Droit en vertu de la Loi sur l’accès à l’information, l’entente de développement culturel signée entre le ministère de la Culture et des Communications et la MRC de Papineau prévoit un investissement de 316 945 $ pour les années 2018-2020. Cette somme provient autant de contributions du ministère que de la MRC, notamment par le biais de quotes-parts des municipalités et par le Fonds de développement des territoires.

À titre d’exemple, pour 2018 seulement, c’est une enveloppe de 127 000 $ qui a été attribuée à la culture. De cette somme, 101 000 $ ont été accordés au Centre d’action culturelle (CAC) de la MRC de Papineau afin de soutenir l’organisme dans l’organisation de ses activités et pour maintenir l’embauche de deux ressources. Les autres 26 000 $ du budget 2018 sont consacrés à des projets en patrimoine et pour le Fonds culturel Papineau.

En réaction à ces chiffres, M. Montagne s’explique mal la répartition des investissements.

« Je n’ai rien contre le Centre d’action culturelle et je trouve ça bien ce qu’ils font pour la région, mais je trouve juste pas ça équitable. Dans leur mission d’organisme, on retrouve la production d’événements, mais ils ne font pas de diffusion de spectacles. Je ne pense pas que ça mérite 80 % du budget et j’ai de la difficulté à comprendre. Tout ce que je demande, c’est que le budget soit équitable pour tout le monde afin que les diffuseurs de spectacles reçoivent de l’aide. Il faudrait que la politique culturelle soit révisée », indique M. Montagne.

M. Montagne affirme qu’un montant de 50 000 $ récurrent aurait été nécessaire dans son cas pour embaucher une personne dans le but de gérer la programmation du Pub Le St-André. Soutenu uniquement par des commanditaires issus du secteur privé, M. Montagne s’est résigné à mettre la clé sous la porte de son établissement en juillet, après trois ans d’opération.

À la MRC de Papineau, on explique que le CAC est reconnu dans la Politique culturelle de la MRC comme son principal partenaire en développement culturel. C’est ce statut particulier qui justifie que cet organisme obtient la plus grande part des investissements octroyés en culture, souligne l’agente de développement culturel à la MRC de Papineau, Marie-France Bertrand.

« Son mandat est d’offrir des activités et des services qui s’adressent à l’ensemble de la MRC. L’idée derrière le soutien au CAC est de consolider au moins un organisme culturel pour qu’il puisse être admissible à plus d’aide financière provinciale et fédérale », note Mme Bertrand.

De son côté, la présidente du CAC, Céline Forget, précise que le contexte actuel ne permet pas au CAC d’offrir la diffusion de spectacles. L’absence d’un établissement dédiée à accueillir sur une base régulière des artistes de la scène explique en partie cette situation, avance cette dernière.

« Ce qu’on réussit à faire avec les budgets que nous avons, on le fait très bien. Nous avons fait les calculs de ce que ça coûterait pour produire un spectacle sans avoir de lieu de diffusion. Avec la location de la salle et de l’équipement et l’embauche de personnel, on serait déficitaire de faire ça actuellement. Ça fait partie de notre mandat, mais il faudrait que les conditions soient réunies », souligne Mme Forget, dont l’organisme dispose d’un budget annuel de 148 000 $.

Le préfet de la MRC de Papineau, Benoît Lauzon, qui a lancé les travaux du comité spécial, est d’avis que la solution pour garantir une offre de spectacles professionnels dans la Petite-Nation risque fort de passer par la mise sur pied d’un organisme pour piloter la diffusion à travers différents lieux de diffusion. C’est cette option qui sera étudiée au fil des prochains mois, notamment par le biais de la réalisation d’une étude de faisabilité.

« Dans un territoire comme la MRC de Papineau, on ne peut pas charger sur la quote-part un montant d’argent pour financer une infrastructure qu’on va mettre dans une seule municipalité. C’est important de le voir plus large que ça. On ne peut pas non plus financer une entreprise privée de façon récurrente », mentionne M. Lauzon.