Les manifestants souhaitaient se faire entendre auprès du gouvernement et de la population.

La Petite-Nation manifeste

La circulation a été bloquée dans les deux directions pendant près d'une heure, jeudi matin, sur la route 323 à Namur, alors qu'un petit groupe de propriétaires indépendants de stations-service du nord de la Petite-Nation et des élus de la MRC de Papineau ont manifesté sur la voie publique afin de dénoncer le rabais de taxes sur l'essence destiné aux régions frontalières avec l'Ontario.
Le petit groupe s'est retiré de la route 323 au bout d'une soixantaine de minutes, vers 10 h, à la demande des policiers de la Sûreté du Québec. Aucun incident n'a été rapporté.
Les manifestants souhaitaient se faire entendre auprès du gouvernement et de la population.
Michel Lalonde, Daniel Sabourin et Fernand Gemme, tous trois respectivement propriétaires de stations-service à Chénéville, Ripon et Namur, demandent au gouvernement Couillard de modifier rapidement la mesure qui permet un rabais de taxes sur l'essence pouvant aller jusqu'à huit sous par litre chez les détaillants localisés à moins de 20 kilomètres de la frontière ontarienne. Depuis le 1er avril 2015, le rabais de taxes a été doublé en Outaouais dans le but de favoriser la compétitivité des détaillants de la région.
Les propriétaires les plus au nord dans la Petite-Nation se retrouvent tout juste en dehors de cette zone de rabais et disent ne pas être en mesure de pouvoir rivaliser avec leurs compétiteurs situés à quelques kilomètres à peine au sud.
« C'est une mauvaise expérience de bloquer la route. On savait que ce serait difficile d'empêcher les gens de circuler et de faire leurs activités, mais si on en arrive à faire ça, c'est que nous n'avons plus le choix. Nous sommes en mode survie. Si on respecte ce que la loi nous demande, on perd 40 % de nos ventes d'essence. Les gens n'arrêtent plus chez-nous pour gazer ce qui fait qu'ils n'achètent plus dans notre magasin », déplore M. Gemme, propriétaire du Pétro-T à Namur.
Ce dernier et ses deux confrères de la bannière Ultramar qui se retrouvent dans la même situation réclament à Québec une uniformisation du rabais de taxes pour toute la MRC de Papineau ou l'abolition de la mesure. Autrement, ils pourraient devoir fermer leur commerce.
« Ça fait 31 ans que je suis en affaires et je ne suis pas là pour manger de l'argent, je suis là pour vivre. Depuis deux ans, ça me coûte une fortune d'opérer. L'hiver dernier, ça m'a coûté 30 000 $ de ma poche pour faire rouler la station. À un moment donné, j'aurai un choix à faire », affirme pour sa part Michel Lalonde.
Le maire de Namur, Gilbert Dardel, était présent à la manifestation. Selon lui, c'est littéralement la survie des localités rurales qui se trouvent au coeur du litige.
« La personne qui arrête mettre de l'essence va acheter un sac de chips, aller prendre une bière et parfois finir au restaurant. C'est une chaîne tout ça. Il faut protéger nos commerçants », fait valoir M. Dardel.
Ne pas ouvrir la boîte de pandore
La Municipalité régionale de comté de Papineau a déjà fait parvenir deux demandes au ministre des Finances du Québec, Carlos Leitão, afin qu'un rabais uniforme sur l'essence soit appliqué à l'ensemble de la circonscription électorale. Les deux requêtes ont été refusées.
Le député de Papineau, Alexandre Iracà, affirme que ce refus est justifié par le fait qu'accorder un statut particulier à la MRC de Papineau ouvrirait en quelque sorte une « boîte de pandore » dans l'ensemble de la province. Juste en Outaouais, la situation est d'ailleurs loin d'être localisée à la circonscription de Papineau, fait remarquer le député. Les détaillants indépendants du Pontiac et de la Vallée-de-la-Gatineau sont aussi affectés par le mécanisme de réduction.
« On va continuer à travailler le dossier pour voir quelles autres options pourraient être envisagées pour donner un peu d'oxygène aux propriétaires qui sont touchés. C'est un mécanisme en place depuis 1982 et la modulation est revue à chaque année. Maintenant, est-ce qu'on peut revoir une extension de la distance ou bien est-ce que la mesure est toujours justifiable ? C'est tout ça que je veux voir avec mes collègues », a dit M. Iracà hier.