Francis Lavigne est devenu le «taxi nautique» de la Grande-Presqu'île de Plaisance.

La patience est de mise à Plaisance

Les résidents qui n'ont pas évacué leur maison sur la Grande-Presqu'île, à Plaisance, devront s'armer de patience avant de pouvoir retrouver un lien routier menant au village puisque les autorités doivent attendre que le niveau de l'eau baisse entièrement avant de pouvoir évaluer les dégâts et réparer les tronçons du chemin s'étant affaissés.
Même si l'eau a graduellement commencé à se retirer à plusieurs endroits en Outaouais, hier, impossible pour le moment de confirmer quand les secteurs inondés retrouveront leur allure normale. Plaisance ne fait pas exception à la règle. 
« Au moment où on se parle, je ne peux pas vous dire quand on pourra rouvrir. Il faudra premièrement qu'il n'y ait plus d'eau du tout et ensuite il faudra vérifier le chemin pour s'assurer que c'est sécuritaire. Les travaux devront être faits avec précaution. C'est certain qu'on ne rouvrira pas avant au moins une semaine », a indiqué mardi la mairesse de Plaisance, Paulette Lalande. 
Le chemin de la Grande-Presqu'île qui se trouve inondé par les eaux de la rivière des Outaouais est fermé à la circulation depuis jeudi dernier à la suite de l'affaissement de trois tronçons. 
Une quinzaine de propriétaires ont suivi la recommandation de la municipalité d'évacuer les lieux puisque les services d'urgence n'ont plus accès à l'île qui a heureusement été épargnée par les inondations. Ils sont cependant encore quelques dizaines qui se retrouvent littéralement pris en souricière sans possibilité de rejoindre le village. 
Entraide et solidarité
Francis Lavigne, un retraité qui habite la Grande-Presqu'île avec sa femme, a l'habitude durant l'été d'aller faire l'épicerie en chaloupe, en traversant l'affluent jusqu'à Papineauville. Faire la navette n'est pas inhabituel dans son cas. Depuis la fermeture du chemin, le mot s'est passé dans le voisinage. Le riverain est en quelque sorte devenu un chauffeur de « taxi nautique ». Il fait la navette pour les résidents isolés lorsque ceux-ci font appel à ses services.
« Tout de suite quand on a vu ça venir, nous avons posté un véhicule sur la terre ferme de l'autre côté de la rive. Je fais peut-être trois ou quatre voyages par jour », confiait M. Lavigne mardi au représentant du Droit qu'il a bien voulu transporter d'une rive à l'autre. 
La maison de ce dernier est passée à quelques pouces d'être submergée, mais la chance lui a souri. Seuls les puits artésiens de quelques propriétaires des environs ont été inondés. « Contrairement à ce qui se passe ailleurs en Outaouais, nous sommes vraiment privilégiés de ne pas avoir eu d'eau dans nos maisons. On a été chanceux », raconte le bon samaritain.
Deux dames, Sarah Bélanger et Mary-Lou Sutton, ont pour leur part trouvé un autre moyen d'aider leurs voisins isolés du reste de la civilisation. Elles ont fait du pain qu'elles ont livré aux portes des « naufragés » de la Grande Presqu'île. « Nous avons convenu que les gens qui sont restés avaient besoin d'être réconfortés. Faire du pain, c'est la façon que nous avons trouvé pour offrir du soutien », explique Mme Sutton.
Agriculteurs sur le qui-vive
Pour Yvon Chartrand et sa fille Annie, copropriétaires de la Ferme Outaouais SENC avec Suzanne Leduc, les choses sont moins roses. Sans lien routier, l'entreprise établie à Plaisance depuis déjà cinq générations de Chartrand est à risque de perdre des revenus. 
Ce sont déjà un peu plus de 7000 litres de lait qui ont dû être jetés depuis jeudi dernier. « On espère que la Fédération [des producteurs de lait du Québec] ou quelqu'un quelque part va compenser », se désole M. Chartrand.
Annie Chartrand s'inquiète quant à elle pour la nourriture destinée à la centaine de bêtes se trouvant sous sa gouverne. La ferme est à quelques jours de manquer de moulée. L'entreprise devait se faire livrer 4 tonnes de moulée pour vaches, mais sans chemin, la situation se complique grandement. Les fermiers comptent faire appel à l'aide de la municipalité pour transporter la nourriture au cours des jours à venir.
« On a besoin d'une tonne par semaine, ce qui représente une dizaine de poches. Nous sommes bons encore pour quelques jours, mais on va devoir y aller par bateau », soutient l'agricultrice.