Le Regroupement de protection des lacs de la Petite-Nation craint ce qu’il qualifie de « véritable ruée vers l’or » qui se prépare au Québec dans le milieu de l’industrie minière.

La menace d’un possible «boom minier» en Outaouais

Le Regroupement de protection des lacs de la Petite-Nation craint ce qu’il qualifie de « véritable ruée vers l’or » qui se prépare au Québec dans le milieu de l’industrie minière, alors que le graphite et le lithium font saliver les prospecteurs qui multiplient leurs explorations depuis les dernières années, notamment en Outaouais ainsi que dans les Laurentides et Lanaudière.

« Il y a possibilité que la région nord d’Ottawa-Montréal devienne une région minière. Les gens peuvent dire qu’on ne veut pas de mine à côté de notre lac et que nous sommes seulement 200 ou 300 propriétaires à ne pas vouloir ça dans notre cour, mais ce n’est pas de ça qu’on parle ici. Ce qu’on a constaté en examinant la situation de plus près, c’est qu’il y a un vrai boom minier en cours et que la population a le droit de savoir que nous pourrions vraiment devenir une région minière », met en garde Louis St-Hilaire en entrevue avec Le Droit. 

M. St-Hilaire est le porte-parole du Regroupement de protection des lacs de la Petite-Nation (RPLPN) qui représente quelque 1000 propriétaires riverains de la région.

Huit associations sont aujourd’hui membres de ce regroupement créé l’été dernier dans la foulée du projet minier La Loutre qu’espère développer l’entreprise britanno-colombienne Lomiko Metals à proximité du lac Gagnon, entre les municipalités de Lac-des-Plages et Duhamel, dans la MRC de Papineau.

Le RPLPN a déjà fait une sortie publique, en juillet, pour décrier haut et fort que les gens habitant à proximité du site de Lomiko Metals ne souhaitent pas voir de mine à ciel ouvert dans leur secteur et dans les zones désignées par les MRC comme étant réservées à la villégiature, au récréotourisme, à l’écotourisme et à la foresterie. 

Cette fois, M. St-Hilaire souhaite lancer un message d’avertissement qui ratisse plus large que le territoire de la Petite-Nation. Ce dernier était de passage à la conférence internationale « Pour que le climat ait meilleure mine : Comment fournir les minéraux nécessaires aux énergies renouvelables ? » qui avait lieu jeudi et vendredi à Ottawa. L’événement, qui regroupait un panel d’intervenants en provenance d’un peu partout à travers le globe, était organisé par l’organisme MiningWatch Canada.

Hausse des dépenses chez les minières

M. St-Hilaire a profité de la tribune pour venir présenter une cartographie à jour des claims miniers pour les régions administratives de l’Outaouais, des Laurentides et de Lanaudière. L’analyse, qui montre l’emplacement géographique des titres miniers et un tableau des dépenses en activités minières ces dernières années, pour l’ensemble de la Belle-Province, a été réalisée conjointement avec MiningWatch Canada. 

On y observe que les investissements pour dénicher et extraire le lithium du sol ont connu une croissance fulgurante de 789 %, entre 2014 et 2018, au Québec. Les dépenses en activités minières pour le graphite ont grimpé de 50 %, pour cette même période, alors que celles pour les terres rares ont diminué de 86 %. Ces données s’appuient sur le Recensement annuel sur l’investissement minier de l’Institut de la statistique du Québec, font valoir MiningWatch Canada et le RPLPN.

Pour la carte géographique, on ignore le nombre exact de titres miniers détenus par des prospecteurs pour les trois régions administratives ciblées. L’analyse, qui a été faite en grande partie avec l’apport de bénévoles, n’a pas permis d’établir un comparatif entre 2014-2018 et la période précédente, précise M. St-Hilaire.

Cependant, l’abondance de zones rouges représentant des titres miniers sur le plan en question parle d’elle même, estime le porte-parole du RPLPN.

« Ce qu’on veut, c’est diffuser cette carte-là. Quand on la regarde, on voit qu’il y a des titres miniers tout autour du Mont-Tremblant, de la Réserve Papineau-Labelle et des Laurentides, mais personne ne sait ça. On pense que c’est une information que le public doit savoir. Ce qu’on souhaite, c’est que les gens posent des questions à leurs élus et qu’ils soient au courant de ce qui se passe », affirme M. St-Hilaire.

Baliser l’extraction

Cette analyse sommaire réalisée par le RPLPN et MiningWatch Canada sera d’ailleurs présentée cette semaine au gouvernement du Québec, dans le cadre des consultations sur le Plan d’électrification et de changements climatiques 2020-2030 et du Congrès Québec Mines + Énergie.

À cet égard, le coordonnateur de MiningWatch Canada, Ugo Lapointe, indique que le défi des prochaines années de conjuguer l’urgence climatique et la transition énergétique sera « immense » pour les autorités. L’engouement des minières pour le lithium et le graphite risque seulement de croître. Dans ce contexte, le gouvernement provincial devra mieux encadrer les règles entourant l’extraction de sites miniers à travers la province, estime M. Lapointe.

« L’électrification des transports, ça n’apparaît pas de façon magique. Il faut de la matière et cette matière va venir de l’extraction minière. [...] Ce n’est pas parce que ça devient une priorité qu’on doit passer par-dessus les communautés et par-dessus les milieux écologiques sensibles. Le Québec est riche et grand. Ce n’est pas le graphite qui manque. Il y a une possibilité, en termes de politiques publiques, de choisir les gisements à extraire et de ne pas laisser les décisions uniquement au privé », affirme M. Lapointe.