Katherine Lippel, professeure titulaire à la Faculté de droit à l'Université d'Ottawa, est la personnalité de la semaine.

Une voix pour les travailleurs vulnérables

Katherine Lippel, une des sommités canadiennes en droit des travailleurs, enseigne et effectue des recherches dans le milieu universitaire depuis plus de 30 ans. Les sujets de ses nombreux travaux en droit de la santé et de la sécurité du travail dépassent les frontières canadiennes. Le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH) lui a remis vendredi dernier sa médaille d'or, son prix le plus important. Pour cette distinction prestigieuse, Mme Lippel, professeure à l'Université d'Ottawa, se voit décerner le titre de Personnalité de la semaine Le Droit/Radio-Canada.
Mme Lippel s'est dite « très heureuse » et « agréablement surprise » par cette marque de reconnaissance du CRSH.
« C'est très important pour la reconnaissance de la légitimité de la recherche en matière de santé et sécurité du travail, et en matière du droit en santé et en sécurité du travail. Dans les deux cas, c'est rare qu'on reconnaisse l'importance de ces secteurs de recherche », a-t-elle observé.
Ce prix que lui a remis le Conseil reconnaît l'importance de donner une voix aux travailleurs et travailleuses ordinaires qui sont blessés au travail ou qui sont victimes de maladies professionnelles, a fait valoir Katherine Lippel, « des gens qui sont souvent sans voix », a-t-elle précisé.
Mme Lippel est diplômée en droit de l'Université de Montréal, et est membre du Barreau du Québec. Elle a fait sa maîtrise sous la direction d'Andrée Lajoie, qui elle aussi a été récipiendaire de cette médaille du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, en 2006.
« C'est particulièrement marquant pour moi parce qu'elle est la chercheure qui m'a introduit à l'importance d'avoir une vision interdisciplinaire du droit, et de faire de la recherche empirique », a souligné Mme Lippel, qui a aussi enseigné à l'Université du Québec à Montréal.
Mme Lippel s'est dirigée vers la capitale fédérale en 2006 après que l'Université d'Ottawa lui eut offert la Chaire de recherche du Canada en droit de la santé et de la sécurité du travail. 
Un de ses projets de recherche actuels porte sur la situation des travailleurs temporaires et des immigrants qui se retrouvent souvent dans des emplois précaires, dangereux et atypiques, la protection de ces travailleurs ainsi que les processus entourant le retour au travail après une lésion professionnelle. 
Elle cite notamment l'exemple d'immigrants qui ont des spécialités professionnelles dans leur pays d'origine, mais qui doivent, par exemple, travailler dans la transformation de la viande ou comme gardien de sécurité au Canada parce que leur diplôme n'est pas reconnu ici, et qui sont placés par des agences de travail temporaire pour avoir de l'expérience canadienne.
« Après une blessure, le retour au travail est déjà compliqué quand on est Canadien de souche. Lorsqu'on travaille pour une agence, qui est l'employeur ? Est-ce le client chez qui on s'est blessé ou le donneur d'ouvrage ? Ça se complique encore plus lorsque le travailleur est surqualifié pour l'ouvrage qu'il fait. Si quelqu'un est très diplômé, des gens peuvent dire qu'il n'a peut-être pas besoin de soutien parce que, avec ses diplômes, il devrait pouvoir travailler dans sa profession. Le débat est de savoir ce qu'on peut faire comme soutien », a expliqué Mme Lippel.
Katherine Lippel s'est aussi penchée sur la protection de la santé mentale au travail, sur l'importance de tenir compte du genre dans l'élaboration des politiques de santé et de sécurité au travail et sur la reconnaissance du droit à une indemnité en cas de cancer lié au travail. Elle a aussi rédigé un rapport sur la violence au travail pour l'Organisation internationale du travail des Nations Unies.
Mme Lippel a tenu à rappeler que les recherches qu'elle fait sont menées en partenariats avec des organisations et des groupes sociaux, ainsi qu'avec l'apport des étudiants, qui est très important, a-t-elle précisé.
« La recherche universitaire est faite pour permettre aux étudiants en maîtrise, au doctorat et au postdoctorat, et ceux qui veulent être avocat, à apprendre la réalité sociale et à faire de la recherche pour aider la société. On oublie souvent les étudiants et les partenaires sociaux, et il ne faut pas les oublier », a indiqué Katherine Lippel.