Brigitte Haentjens avoue avoir vécu « un choc » à son arrivée en Ontario, en 1977.

Une femme au coeur du théâtre

La femme de théâtre Brigitte Haentjens recevra officiellement son prix du gouverneur général pour les arts du spectacle en juin prochain, à Rideau Hall. La metteure en scène a choisi de partager cet honneur avec cinq jeunes créateurs du milieu, en remettant à chacun une part égale de sa bourse de 25 000 $. Le Droit et Radio-Canada soulignent son prix et son geste en la nommant Personnalité de la semaine.
Pour Brigitte Haentjens, rien ne vaut la sensation de faire partie d'un tout. Quand on lui a annoncé qu'elle obtenait un prix du gouverneur général, elle a instinctivement décidé d'« endosser » les artistes de la relève Catherine Bourgeois, Gabriel Robichaud, Andréane Roy, Julie Vallée-Léger et Catherine Vidal en leur versant chacun 5000 $.
« Ça me fait vraiment chaud au coeur de voir les cinq jeunes si heureux et fiers ! clame la principale intéressée. Ça ne m'enlève absolument rien, de donner ainsi aux suivants, bien au contraire ! Parce que de toute façon, ce prix, il ne salue pas seulement mon parcours, mais aussi tous ceux avec qui je travaille de près ou de loin sur mes projets depuis 40 ans. Comme il salue la communauté de Sudbury et le public qui vient voir les spectacles que je lui propose. Ces cinq bourses, elles s'inscrivent donc dans mon appartenance viscérale à cette collectivité que représente le monde du théâtre. »
Collectivité. Ce terme est cher à celle qui a notamment dirigé le Théâtre du Nouvel-Ontario de 1982 à 1990 et qui est aujourd'hui à la barre du Théâtre français du Centre national des arts ainsi que de sa compagnie, Sibyllines.
D'aussi loin qu'elle se souvienne, Brigitte Haentjens, qui est née à Versailles en 1951, a toujours fait du théâtre. À l'école. Au sein de troupes communautaires. Auprès du légendaire Jacques Lecoq, à Paris, aussi. Avant de traverser l'Atlantique.
Électrochoc franco-ontarien
Venant d'une « culture française élitiste », la sexagénaire ne cache pas avoir vécu « un choc » à son arrivée en Ontario, en 1977. Un choc qui s'est vite apparenté à un coup de foudre. Car le mélange des genres artistiques auquel elle se trouve alors exposée l'allume, la nourrit. Elle côtoie Jean Marc Dalpé, Robert Dickson, Patrice Desbiens, les membres du groupe CANO. De cette « communauté métissée », elle apprend « beaucoup ». En retour, elle veut lui donner un espace pour exprimer haut et fort son identité.
« Je n'imaginais même pas que le théâtre pouvait être l'espace du peuple, avant ça ! » lance celle qui avoue avoir « toujours été du côté des opprimés ».
C'est là aussi, à Sudbury, qu'elle réalise que le théâtre sera sa vie. Elle entre de plain-pied dans la trentaine et comprend « vraiment » que c'est ce qu'elle désire plus que tout : appartenir à ce milieu, « brûler d'un même feu dans l'intensité absolue du partage, de l'effort collectif ».
« Ce sont des années inoubliables. Cette passion pour l'Ontario français, son histoire, ses artistes, ses poètes, m'a ouvert un monde que je ne soupçonnais pas. »
Et qui a fait d'elle la metteure en scène qu'elle est aujourd'hui. Qui donne la parole aux femmes, de Sylvia Plath à Marta Hillers, en passant par Marguerite Duras. Qui cherche à « investir l'espace public par une parole signifiante ».
« On vit dans une époque où il se dit tellement de niaiseries... C'est un grand privilège et une responsabilité de pouvoir donner ainsi la parole. Une parole qu'on pourrait dire politique, sans être partisane, ni militante pour autant. Une parole qui réclame une plus grande justice humaine. »