La Société Saint-Jean-Baptiste a remis le titre de Patriote de l’année 2018-19 à François Côté, Éric Poirier et Guillaume Rousseau.

Trois jeunes juristes nommés patriotes de l’année par la SSJB

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La Société Saint-Jean-Baptiste vient de décerner le titre de Patriote de l’année 2018-2019 à trois jeunes juristes, Éric Poirier, François Côté et Guillaume Rousseau, qui ont publié le livre Le droit linguistique au Québec.

Déjà cité devant les tribunaux, leur ouvrage de doctrine juridique, publié chez LexisNexis, est devenu incontournable pour ceux qui veulent approfondir leurs connaissances sur le statut du français au Québec et sur l’évolution de la Charte de la langue française.

Un des trois récipiendaires, Me Éric Poirier, est natif d’Hawkesbury dans l’Est ontarien. Il y a fait ses études primaires et secondaires, avant de compléter un baccalauréat en criminologie et psychologie à l’Université d’Ottawa.

À 22 ans, il quitte pour Montréal où il fait des études en droit à l’université McGill. Après avoir été admis au Barreau du Québec, il poursuit à la maîtrise à l’Université de Sherbrooke, et au doctorat dans un programme de codirection entre l’Université de Sherbrooke et l’Université de Bordeaux, en France. Il rédige actuellement sa thèse de doctorat dont le thème est : Comment une nouvelle alliance entre le Québec et les francophones hors Québec peut renforcer la francophonie canadienne. Il est aussi membre du Conseil supérieur de la langue française.

La Société Saint-Jean-Baptiste a remis le titre de Patriote de l’année 2018-19 à messieurs François Côté, Éric Poirier et Guillaume Rousseau.

« Je me suis intéressé très tôt, en 5e ou 6e année du primaire, aux questions linguistiques. Une enseignante m’avait particulièrement marqué en insistant pour qu’on utilise le mot juste, en français, pour s’exprimer. Elle a aussi été la première à nous dire qu’il ne fallait pas tenir pour acquise la chance qu’on avait de vivre en français, chez nous, à Hawkesbury. J’avoue toutefois que ce n’est que plus tard, vers la 11e année, que j’ai compris qu’elle avait raison », a expliqué Éric Poirier.

Au secondaire, c’est à l’occasion d’échanges avec d’autres Franco-Ontariens, lors de compétitions sportives, qu’il a réalisé que « les batailles remportées par le passé n’étaient pas la fin de l’histoire, qu’il y avait encore beaucoup de travail à faire si on voulait qu’il y ait encore une communauté franco-ontarienne dans deux, trois ou quatre générations. »

« J’ai donc eu le goût de me battre pour cette cause assez tôt. Le droit est entré en ligne de compte lorsque j’ai appris l’existence de la Charte de la langue française, la fameuse loi 101. C’est cette idée qu’on pouvait affirmer notre existence par nous-mêmes, sans la quémander à d’autres, qui a fait le déclic. J’avoue que j’étais plutôt peu enthousiaste à l’écoute des solutions que mes professeurs proposaient : demander mon service en français ici, réclamer l’affichage français là. Je ne voyais pas où cela allait nous mener. »

À la fin de son secondaire, la lecture d’un livre écrit par René Lévesque, et plusieurs de ses discours l’ont bouleversé. « À la fin des années 1960, il parlait des Canadiens français, que la langue n’était pas qu’une question culturelle, qu’elle était aussi surtout politique, que le français pouvait vivre que s’il était une langue prestigieuse, une langue de pouvoir, la langue utilisée là où se prennent les décisions. »

Le juriste pense encore que « l’avenir de la francophonie au Canada passe par le Québec, pas uniquement, mais en grande partie ». Et que renforcer le statut du français au Québec, c’est le renforcer aussi à l’extérieur. « Parce que si le français n’est pas une langue prestigieuse, une langue de pouvoir, la langue utilisée là où se prennent les décisions au Québec, il n’a aucune chance de le devenir ailleurs au Canada. »

Parlant du livre qu’il a écrit avec ses deux collègues, Me Poirier souligne qu’il y a eu beaucoup de recherches sur les droits linguistiques au Canada, en français et en anglais, mais que, bizarrement il y en a eu peu portant sur le droit linguistique au Québec. « Le livre visait à combler d’abord un besoin. C’était aussi pour redonner sa cohérence au droit linguistique québécois, en améliorer l’enseignement, et le traitement que lui réservent les tribunaux. »