Alors qu’il travaillait sur une maîtrise en littérature à l’Université du Québec à Montréal, Sylvain Lemay s’est intéressé davantage à la BD, tout particulièrement les premières d’auteurs comme Hergé.

Sylvain Lemay: pionnier de la BD à l’UQO

L’humoriste Olivier Guimond, qui a bien fait rire les Québécois à une autre époque, aurait pu dire que la bande dessinée « y connaît ça ».

Sylvain Lemay, reconnu comme pionnier des études en BD à l’École multidisciplinaire de l’image (ÉMI) à l’Université du Québec en Outaouais, n’est pas un dessinateur. Sa force est ailleurs.

Depuis 20 ans, M. Lemay a tellement fait pour la BD au Québec, au Canada et à l’international qu’il vient de recevoir le Prix d’excellence pour l’implication dans le milieu pour les professeurs, lors de la dernière remise des diplômes de l’UQO.

Cet honneur, dit le professeur Lemay, rejaillit sur toutes les personnes qui ont cru au programme de BD, le seul offert par une université francophone au pays, au baccalauréat, à la maîtrise et au doctorat.

Natif de Montréal, M. Lemay souligne qu’il a toujours aimé lire, en particulier les bandes dessinées.

« J’étais un bon élève. Alors je terminais mes travaux en classe avant les autres élèves et je me retrouvais au fond de la classe à lire des livres et des bandes dessinées », a raconté M. Lemay.

Après un baccalauréat en littérature, il s’est intéressé davantage à la BD alors qu’il était à la maîtrise en littérature à l’Université du Québec à Montréal.

« Quelqu’un a mentionné mon nom en disant que j’étais un spécialiste de la littérature américaine. Moi, je n’avais aucune envie de cela. Mais j’avais une passion pour la BD. Alors j’ai décidé de consacrer plus de temps à la BD. Je ne dessine pas, mais j’écris des scénarios. J’ai une passion pour la narration, pour raconter une histoire », a-t-il expliqué.

Il s’est intéressé surtout aux premières œuvres des auteurs de bande dessinée. Certaines œuvres l’ont marqué. Tintin au pays des Soviets, en noir et blanc. Les Aventures de Red Ketchup et de Michel Risque, de Réal Godbout, dans CROC. « Je me suis intéressé aux premières œuvres des bédéistes en particulier », a-t-il expliqué.

En 1999, il entend parler d’un nouveau programme sur la bande dessinée qui doit débuter à l’Université du Québec en Outaouais.

« La professeure Ginette Daigneault trouvait que ses étudiants mettaient davantage l’accent sur l’esthétique de leurs travaux. Elle leur a dit qu’ils devraient aller étudier en bande dessinée. Ils ont répondu qu’un tel programme n’existait pas. Alors, elle a travaillé pendant deux ou trois ans pour mettre sur pied un tel programme à l’UQO », a expliqué M. Lemay.

M. Lemay pose sa candidature et devient professeur et directeur du programme qui accueille sa première cohorte en septembre 1999.

Avec son collègue Mario Beaulac, d’une équipe multidisciplinaire et l’appui de l’administration, le programme s’est notamment mérité le prix Albert-Chartier 2010 pour son apport à la bande dessinée québécoise.

Au cours des vingt dernières années, le programme a accueilli plus de 250 étudiants. Plusieurs bédéistes connaissent du succès depuis leur passage à l’UQO et ont mérité plus de 50 différents prix pour leurs œuvres.

« L’UQO a toujours cru dans le programme, qui lui permet de se distinguer des autres universités », a expliqué M. Lemay.

En 2009, M. Lemay a publié sa première bande dessinée Pour en finir avec novembre, inspirée des événements d’octobre 1970, qui a été couronnée d’un grand succès. Il a confié le travail de dessins à l’illustrateur André St-Georges. Avec son livre, il a été en nomination pour les Shuster Awards.

Impliqué dans l’organisation du Rendez-vous de la bande dessinée de Gatineau qui vient de se terminer, qui a tenu son premier rendez-vous en 2000 et du Salon du livre de l’Outaouais, M. Lemay en encore plein de projets en tête.

Il espère que le projet de création d’un Musée de la bande dessinée verra le jour dans la région.

Entre-temps, il travaillera aussi à la mise sur pied de l’École de l’image à l’UQO, avec la première pelletée de terre dans un nouveau pavillon de l’UQO sur le boulevard Taché qui devrait avoir lieu, espère-t-il, d’ici trois à cinq ans.