« Je suis cabotin parce que j'aime énormément les gens, et que c'est ma façon de les faire sourire », affirme Mehdi Cayenne.

Le clan Cayenne

Électron libre de la scène musicale ottavienne, l'auteur-compositeur-interprète Mehdi Cayenne a récolté les grands honneurs du 9e Gala Trille Or tenu vendredi dernier. Pour toute cette effervescence - et la sortie, la semaine dernière, du vidéoclip de Rivière, tourné dans le métro de New York - Mehdi Cayenne mérite le titre de Personnalité de la semaine Le Droit/Radio-Canada.
Le musicien a quitté le Centre des arts Shenkman avec trois trophées convoités sous le bras : meilleur interprète masculin, chanson primée (La pluie, de circonstance) et meilleur album (pour Aube). 
ICI Radio-Canada lui a en outre décerné l'un de ses trois Prix Portée, trophées tout nouvellement créés, destinés aux musiciens francophones, et remis dans le cadre de la semaine Trille Or.
On aime souligner son enthousiasme juvénile, son côté « chien fou », mais Mehdi Cayenne vibre de joies paradoxales. Artiste au sens large, il tangue aussi entre le slam et le théâtre. Et se voit comme un « éternel insatisfait » poussé par l'envie constante de « faire vivre le beau et la joie », quête artistique d'autant plus importante en cette époque où « le kitsch a pris la beauté en otage ». 
C'est avant tout un exilé, qui « pleure sur papier » sans que ça paraisse. Et qui a trouvé dans l'art son flacon de « guérison ». 
« Je suis cabotin parce que j'aime énormément les gens, et que c'est ma façon de les faire sourire. [...] Mon image [souriante] est sincère, mais mes musiques ne sont pas légères, pas humoristiques. » 
Bateau ivre de sagesse et de philosophie, il citera Leonard Cohen, Neil Young, Jésus et (la Loi de) Murphy au fil des 20 minutes d'entrevue volées dans la foulée de sa victoire.
Il demeure pourtant cette petite boule d'énergie tenant difficilement en place. Sauf s'il y a des enfants. Les kids le groundent. Avec eux, impossible de tricher, explique celui qui donne des ateliers de poésie dans les écoles d'Ottawa-Gatineau depuis 10 ans.
Convaincu de ne rien gagner au gala, il n'avait préparé aucun discours. Montant sur scène à l'appel de son nom, il a lâché un rugissement léonin et s'est caché derrière des remerciements improvisés destinés à faire retomber les honneurs sur le Cayenne Club.
Cette bande, dont il se veut la glande cérébro-motrice, mais pas l'épicentre, repose sur François Gravel, Charles et Olivier Fairfield, et une poignée d'amis « fidèles ». Le collectif a donné coffre et volume à une oeuvre atypique, composée de trois albums denses : Luminata (2011), Na Na Boo Boo (2013) et Aube (2015). 
Une oeuvre dont le point commun serait d'être poétiquement marquée par « l'exil et la diaspora », stigmates que Mehdi Hamdad, Algérien d'origine, perçoit comme le « mythe fondateur » de son identité tant personnelle qu'artistique.