Le président et fondateur de la Fromagerie Montebello, Alain Boyer

L’artisan des fromages gagnants

Grâce à son fromage Adoray, la Fromagerie Montebello a décroché le Prix Innovation en alimentation dans la catégorie Produit laitier lors du plus récent Gala de l’Événement marketing organisé par le Conseil de la transformation alimentaire du Québec (CTAQ), lequel avait lieu le 22 novembre dernier à Montréal. Afin de souligner ce prestigieux honneur et de mettre en lumière cette entreprise de la Petite-Nation, Le Droit et Radio-Canada décernent le titre de Personnalité de la semaine au fromager et président et fondateur de l’entreprise, Alain Boyer.

Alain Boyer est plutôt fier de son mur de trophées. Malgré sa jeune histoire, la Fromagerie Montebello est déjà largement décorée. Gagnante dans la catégorie Agrotourisme et produits régionaux lors des Grands Prix du tourisme québécois en 2014, récipiendaire du prix Caseus la même année pour le fromage Rébellion 1837, premier prix pour le Manchebello au British Empire Cheese Show en 2015, voilà quelques exemples des honneurs qu’a reçus la fromagerie ces dernières années. 

Somme toute, la palme octroyée par le CTAQ a cependant un petit quelque chose de vraiment spécial, note l’entrepreneur et fromager de 47 ans dont la dernière création lancée en 2016, l’Adoray, rend hommage à son grand-père et à son père, Adorice et Raymond Boyer. C’est ce fromage à pâte molle intégrant la sangle d’épicéa qui a séduit le jury il y a trois semaines. Il faut dire que la fromagerie de la Petite-Nation est la seule au Québec à produire un fromage sanglé de bois.

« Nous étions en nomination avec des entreprises qui sont en affaires depuis 75 ou 80 ans. Nous existons depuis juste six ans. Je ne m’attendais vraiment pas à ça », affirme d’entrée de jeu Alain Boyer.

Ce dernier confie que ce récent prix sert de tape d’encouragement à l’aube des quelque 17 000 tonnes de fromages européens par année qui doivent éventuellement faire leur entrée au pays à la suite de la mise en application partielle de l’Accord économique et commercial global et du traité de libre-échange négocié entre le Canada et l’Europe.

« Quand on met sur pied une entreprise, la dernière chose à laquelle on pense, ce sont les nominations et les concours. Mais quand on gagne un prix innovation dans un concours qui n’a pas de rapport comme tel avec les fromages, pour moi ça prend tout son sens. C’est là que je me suis dit que j’avais probablement fait quelque chose de bien qui sort de l’ordinaire et qui va nous aider à passer à travers la quantité de fromages qui va rentrer sous peu au Québec », indique M. Boyer.

Du rêve à la réalité

Alain Boyer avait 19 ans à peine quand il a postulé pour un travail à la Fromagerie de Plaisance qui venait tout juste d’ouvrir ses portes à l’époque. « Dès que je suis entré, j’ai été promu au poste de fromager directement. L’entreprise était nouvelle et pour la transformation, c’était extrêmement physique comparativement à aujourd’hui. J’étais jeune, j’avais l’énergie. J’ai appris la formation sur le tas », raconte-t-il.

Après cinq ans à cet endroit, des rumeurs de fermeture planaient sur la Fromagerie de Plaisance. Il a ensuite travaillé une quinzaine d’années pour la compagnie de productions de produits absorbants Concert – achetée en 2010 par Gladfelter – où il a grimpé les échelons pour accéder à des fonctions de gestionnaire. À ce moment, le principal concerné avait malgré tout en tête une idée de projet qui germait depuis bien longtemps.

« Déjà à 22 ans, je parcourais les petits emplacements pour lancer mon entreprise. Dans mon entourage, tout le monde savait que je caressais le rêve de partir ma fromagerie un jour », confie M. Boyer.

C’est en 2011 que le rêve du quadragénaire est devenu réalité. Avec l’aide de son comparse comptable de l’époque Guy Boucher, Alain Boyer a décidé de lancer sa production. Au départ, l’entrepreneur faisait tout ou presque : la gestion, les appels téléphoniques, la production, la livraison... « Je faisais la livraison dans ma Toyota Echo. Je dormais dans mon auto. Je ne sais pas comment j’ai réussi à faire ça », se souvient-il. Aujourd’hui, la Fromagerie Montebello compte 12 employés et produit quatre variétés de fromages spécialisés, soit le Tête à Papineau, le Rébellion 1837, le Manchebello et l’Adoray. 

À ces produits tous baptisés en lien avec des pans d’histoire de la région s’ajoute la gamme du cheddar frais. 

Toutes les meules concoctées par la petite équipe d’artisans sont fabriquées à partir de lait en provenance de fermes locales. Entre 40 000 et 50 000 kilogrammes de fromage sont produits annuellement au sein de la petite usine fromagère dont les créations se retrouvent dans plusieurs épiceries Metro et IGA du Québec et depuis récemment dans certains commerces de l’Ontario.

En matière de développement de marché, M. Boyer voit grand pour le futur. « Le défi, c’est de grossir l’entreprise en gardant le caractère de l’artisan. C’est tout un défi, mais je veux y arriver. J’aimerais que nos fromages soient partout au Québec et dans beaucoup d’endroits au Canada dans les prochaines années. Dans cinq ans, je nous vois comme chef de file en Outaouais dans les fromages de spécialité », souligne-t-il.