« À la maison, les questions linguistiques étaient toujours dans les échanges », affirme l’avocat Mark Power.

La réalité d’être minoritaire

L’avocat Mark Power d’Ottawa vient de recevoir le prix Bastarache-Charron, remis chaque année pour souligner le travail d’un membre de la communauté juridique francophone par l’Université d’Ottawa (Ud’O).

Alors qu’il se trouvait sur les bancs d’école, Mark Power a vécu la réalité d’un grand nombre d’étudiants francophones vivant en situation minoritaire.

Mais à l’époque, il ne pouvait pas se douter qu’il allait devenir un défenseur reconnu des droits linguistiques en milieu minoritaire à travers le pays.

L’éminent juriste a d’ailleurs déjà travaillé comme auxiliaire juridique aux côtés du juge Bastarache à la Cour suprême lors de ses études en droit à l’Ud’O, en 2002-2003.

Les sacrifices de la minorité

Natif d’Ottawa, Mark Power déménage à Scarborough à l’âge de quatre ans avec ses parents. C’est là qu’il comprend qu’étudier en français dans un milieu anglophone impose des sacrifices.

Il doit faire une heure de route le matin pour se rendre à l’une des deux écoles francophones de la région de Toronto. Il se souvient encore du moment où il est entré dans sa « nouvelle » école secondaire francophone Monseigneur-de-Charbonnel.

« J’étais en 9e année. Nous étions très heureux de notre école. Mais ce que j’ai compris plus tard, c’est qu’il s’agissait d’une vieille école anglaise qui avait été donnée aux francophones. En retour, les anglophones avaient eu droit à une toute nouvelle école », a raconté Me Power.

L’histoire ne s’est pas arrêtée là puisqu’il raconte avoir vécu la même situation lorsqu’il vient finir son secondaire au collège Samuel-Genest, en redéménageant à Ottawa avec ses parents.

« Encore là, il s’agit d’une ancienne école anglaise, l’immeuble Sir Wilfrid Laurier, qui est passée aux francophones alors que les étudiants anglophones avaient eu en échange une nouvelle école anglaise. »

Après des études universitaires en économie, Me Power complète une maîtrise en développement international, en pensant qu’il irait travailler à l’ACDI.

Mais, l’aspect juridique lié aux questions linguistiques, qui faisaient partie des conversations quotidiennes qu’avaient ses parents à la maison, prend le dessus.

Son père, natif de Timmins, est anglophone « mais parle un excellent français avec un accent prononcé ». Sa mère est une francophone de Kapuskasing.

« J’aimais beaucoup étudier. C’est une fois rendu à l’école de droit que j’ai découvert l’aspect juridique dans les questions linguistiques. À la maison, les questions linguistiques étaient toujours dans les échanges. Ma mère n’a pas pu étudier en français au secondaire à Kapuskasing, et il y avait toujours des chicanes linguistiques à Timmins. Alors j’avais déjà tout un bagage. L’école de droit m’a permis de me rendre utile. »

Au fil des années de pratique, Me Power a compris qu’il fallait bien comprendre l’aspect politique pour comprendre les questions juridiques liées aux droits linguistiques.

« Je me souviens qu’en 2005, à deux jours de l’audience, la Cour suprême avait retiré l’autorisation dans la cause du Forum des maires de la Péninsule que j’allais débattre parce que le sénateur Jean-Robert Gauthier venait de recevoir la sanction royale pour son projet de loi (partie VII de la Loi sur les langues officielles) », a rappelé Me Power.

« Ahurissant »

La remise du Prix Bastarache-Charron a eu lieu quelques jours seulement avant que le gouvernement de Doug Ford n’annonce l’abolition du Commissariat aux services en français de l’Ontario et l’annulation de la création d’une université francophone à Toronto, décisions qui soulèvent un véritable tollé alors que d’éventuels recours juridiques planent déjà à l’horizon en interpellant tous les experts des questions constitutionnelles et linguistiques.

« C’est ahurissant de reculer ainsi, de voir que certains membres du Parti conservateur nous comprennent si mal et qu’ils sont en train de faire une telle erreur. Je veux penser que M. Ford n’était pas au courant. Comme minorité, nous avons maintenant la responsabilité de communiquer alors que la majorité doit nous écouter », a commenté Me Power, dont le cabinet Juristes Power possède des bureaux à Ottawa et Vancouver, en offrant une gamme de services juridiques et stratégiques, notamment dans le secteur des relations gouvernementales.