François Biron, et sa conjointe Julie Beauregard, de la ferme Chapeau Melon de l’Ange-Gardien.

La belle histoire de la ferme Chapeau Melon de l’Ange-Gardien

L’agriculture biologique prend de plus en plus sa place dans les assiettes des consommateurs. François Biron, et sa conjointe Julie Beauregard, de la ferme Chapeau Melon de l’Ange-Gardien, cultivent une dizaine de légumes, parfois encore peu connus, qu’ils vendent à plusieurs importants distributeurs. Le marché bio est florissant, et ils sont des complices de cet important virage pour le développement durable qui n’a pas fini de nous surprendre.

Le couple a reçu récemment à l’Assemblée nationale l’honneur du Prix de la relève agricole 2019 des mains du ministre de l’Agriculture. L’hommage remis à ce couple d’agriculteurs de l’Outaouais reconnaît leur dépassement comme jeunes agriculteurs de moins de 40 ans qui bousculent les modes de culture habituels.

M. Biron souligne avoir soumis sa candidature pour le prix du Mérite agricole sans vraiment savoir ce qui se passerait.

« Vous savez, nous travaillons sur notre terre. Nous sommes tout le temps chez nous, sans trop pouvoir nous comparer. On se demande quelles sont nos forces, nos faiblesses. Alors, c’est comme recevoir son bulletin. Le prix nous démontre que nous faisons les bons choix. C’est une belle reconnaissance », a expliqué François Biron, âgé de 39 ans.

Natif de Chicoutimi, M. Biron a fait un baccalauréat en agronomie à l’université McGill, puis a complété sa maîtrise à l’université Laval. Il est venu s’installer dans la région de l’Outaouais pour travailler comme agronome au ministère de l’Agriculture.

« Je ne viens pas d’une famille d’agriculteurs. Mais lorsque j’étais plus jeune, je voyageais, et j’ai pu travailler sur des fermes. Après mes études, je suis venu m’établir dans la région de l’Outaouais. Après huit années au ministère de l’Agriculture, j’ai décidé de mettre les mains dans la terre, en me donnant une période de transition de cinq ans avant de m’y consacrer à temps plein. À un certain moment donné, mon emploi nuisait à mon entreprise. Alors je l’ai quitté en 2016 pour me consacrer à l’agriculture à temps plein. »

Le coup de pouce qui lui a permis de démarrer est survenu en 2012 alors qu’il a pu commencer la culture de ses produits bio grâce au projet Plate-forme agricole de l’Ange-Gardien.

« Ce fut le point tournant, car j’ai pu faire la culture sur la ferme que la municipalité de l’Ange-Gardien a achetée pour permettre à de nouveaux agriculteurs comme moi de démarrer un projet agricole sans avoir une terre. Ce projet m’a permis de bâtir mon chiffre d’affaires, ma clientèle. C’était crucial, car lorsque je me suis présenté devant les banquiers pour acheter une ferme, j’ai pu démontrer tout le potentiel de mon entreprise. Cela a fait une grande différence. Lors du démarrage, c’est important de trouver le financement pour acheter une terre », a expliqué M. Biron.

François Biron, et sa conjointe Julie Beauregard, de la ferme Chapeau Melon de l’Ange-Gardien ont reçu à l’Assemblée nationale le Prix de la relève agricole 2019.

Le couple a fait son choix sur une terre de 25 hectares à l’Ange-Gardien où il s’est établi avec ses trois enfants, âgés de 7, 9 et 12 ans.

« C’est parfait pour nous, car la terre n’est pas trop grosse. Nous l’avons achetée en 2012, puis nous avons démoli la maison qui s’y trouvait et nous en avons rebâti une nouvelle en 2014 », a expliqué M. Biron.

La ferme Chapeau Melon compte cinq serres pour la culture, en plus des champs. Une dizaine de variétés de légumes y poussent, dont plusieurs sont encore peu connus comme le bébé gingembre, que la ferme fait découvrir aux consommateurs.

« Il fallait trouver notre place sur le marché. Notre niche. Nous cultivons des légumes comme la patate douce, l’épinard, des verdures, le melon. L’idée, c’est d’offrir ces légumes lorsque les autres n’en ont pas. Le bébé gingembre est un nouveau produit qui n’était pas encore offert au Québec. La semence vient du Pérou. Nous les partons en février, et c’est disponible d’août jusqu’en octobre », a souligné M. Biron.

La demande pour ces produits est forte et les projets d’agrandissement mijotent déjà pour augmenter la production. M. Biron vend en gros à des distributeurs qui font affaire avec différents marchés d’alimentation du Québec.

« Nous sommes rendus à la troisième de quatre étapes de notre développement. Les affaires nous permettent de faire assez d’argent pour vivre et pour réinvestir. Là, il faut penser à l’autre étape pour en mettre un peu de côté. C’est notre fonds de pension. Et nous aimerions que la ferme puisse continuer longtemps. »

« Environ 65 % de nos revenus viennent des légumes qui poussent en serre. C’est une importante entrée d’argent plus stable parce que nous contrôlons le climat. Nous avons des projets pour en ajouter parce que la croissance est là. Avec les changements climatiques, c’est plus incertain avec la culture dans les champs », fait remarquer M. Biron.

Après toutes ces années de travail ardu et de sacrifices, il admet que le projet était audacieux.

« Vous savez, il y a beaucoup d’insouciance dans un tel projet. Il ne faut pas être trop conscient. Mais aujourd’hui, nous sommes heureux des résultats. Nous avons une qualité de vie incroyable. Nous avons trois enfants. S’il y a un enfant de malade, je suis à la maison, je suis travailleur autonome. Et entre décembre et février, je profite de petites vacances pour refaire le plein d’énergie. »

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