Francine de Montigny veut partager ses connaissances avec la communauté scientifique internationale. Depuis plus de 30 ans, elle travaille avec des parents ayant vécu un deuil périnatal.

Épauler les parents après une fausse couche

Chaque semaine, Le Droit rencontre une personne afin de souligner une réalisation exceptionnelle ou une contribution significative à la vie ou au rayonnement de la région. Cette semaine : Francine de Montigny.

Francine de Montigny, professeure au Département des sciences infirmières à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) et titulaire de la Chaire de recherche sur la santé psychosociale des familles, vient d’être choisie parmi plusieurs candidatures de haut niveau à l’échelle internationale pour siéger sur le comité de direction de l’International Stillbirth Alliance (ISA).

Mme de Montigny est la seule infirmière francophone à siéger au sein de ce prestigieux comité dont la mission est de réduire le taux élevé de mortinaissances et de fausses couches, afin d’atténuer les conséquences psychologiques et sociales sur les familles et les communautés.

Native de la région de Montréal, Mme de Montigny est arrivée dans la région de l’Outaouais il y a plus de 38 ans. Depuis plus d’une trentaine d’années, elle a été infirmière et a travaillé au niveau du deuil périnatal dans la région de l’Outaouais.

« Lorsque j’étais infirmière, il y avait un petit malaise avec mes collègues lorsqu’il était temps de prendre en charge les parents qui vivaient le deuil en périnatalité. Avec une collègue, j’ai publié un premier livre en 1997 sur les expériences vécues avec les parents. J’ai fait depuis de nombreuses recherches sur les parents qui vivent les fausses couches et les mortinaissances dans le but d’améliorer les services qui leur sont offerts. Souvent, il y a du soutien à l’hôpital, puis dans la communauté. Puis, il y en a moins lorsque les parents retournent au travail. Lorsqu’on vit le deuil, il y a des journées où ça va, mais il y a des signes que ça ne va pas. Il y a beaucoup d’enjeux sur ces questions », a expliqué Mme de Montigny.

Membre de l’International Stillbirth Alliance (ISA), elle a décidé de poser sa candidature à un poste de direction en se disant qu’elle pouvait sans doute contribuer pour faire avancer les recherches à l’échelle internationale. Son nom a été retenu parmi plusieurs candidatures.

« J’ai posé ma candidature, mais j’ai été surprise lorsque j’ai appris que mon nom avait été retenu. Après tout, je suis la première Québécoise francophone, et seulement la deuxième au Canada, à siéger sur le comité de direction. »

Elle souhaite maintenant partager avec le reste du comité international de direction son expertise acquise dans ses recherches. « Ma participation au comité de direction international de l’ISA va me permettre de connaître davantage ce qui se fait au niveau des autres pays, mais aussi de partager avec eux l’expertise que nous avons développée ici au Québec. »

« Je souhaite que mon travail fasse avancer les choses, notamment auprès de nos décideurs. Lorsque des parents vivent une fausse couche et une mortinaissance, ils n’ont pas droit à un congé comme c’est le cas pour un autre membre de leur famille. Il faudrait que nos gouvernements reconnaissent le droit de ces parents à un congé périnatal pour leur donner le temps de vivre leur deuil. Ils font souvent du présentéisme au travail. Ces parents vivent ces situations au début de leur carrière, il y a des retombées sur leurs enfants. Il faut donc faire de la prévention pour le long terme. »

La Chaire de recherche sur la santé psychosociale des familles a aussi développé une formation qui fournit des outils au personnel infirmier pour aider les parents.

« Il s’agit d’une formation de quatre heures que nous avons développée pour permettre au personnel hospitalier de mieux prendre en charge les couples qui se retrouvent souvent en situation de détresse lorsqu’ils vivent une ou plusieurs fausses couches. Avant, c’était souvent banalisé. Mais il faut respecter les couples qui vivent de telles situations. Depuis que la formation a été mise en place, le nombre de plaintes a complètement disparu. D’ailleurs, pour ce projet, nous avons reçu en 2017 un Prix de l’innovation clinique de l’Ordre des infirmiers et des infirmières du Québec. Il est maintenant offert un peu partout au Québec », a souligné Mme de Montigny.

Plusieurs étudiants de l’UQO travaillent déjà sur divers projets de thèse qui viendront approfondir les connaissances notamment sur le deuil périnatal et la participation des parents aux groupes de deuil. Il y a aussi la question du deuil d’une mère porteuse qui perd son enfant pendant la grossesse.

Mme de Montigny souligne qu’il est encore difficile au Québec d’avoir des statistiques de la réalité liée aux fausses couches et aux mortinaissances. « Il y a beaucoup de personnes qui participent lorsque nous mettons sur pied des programmes. Mais il faut mieux documenter les situations que ces parents vivent. C’est un vrai casse-tête. »