Le Dr Marc-André Langlois, virologue à l’Université d’Ottawa.
Le Dr Marc-André Langlois, virologue à l’Université d’Ottawa.

Dirigé par le Dr Marc-André Langlois, l’Université d’Ottawa est mise à contribution dans la lutte à la COVID-19

Charles-Antoine Gagnon
Charles-Antoine Gagnon
Le Droit
Chaque semaine, Le Droit rencontre une personne afin de souligner une réalisation exceptionnelle ou une contribution significative à la vie ou au rayonnement de la région. Cette semaine : Dr Marc-André Langlois. 

« On a l’expertise pour pouvoir contribuer à arrêter ce virus. C’est notre devoir professionnel d’utiliser cette expertise pour contribuer au bien-être de la population, des Canadiens. »

C’est le message qu’a partagé en entrevue au Droit le Dr Marc-André Langlois, virologue à la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa. Ce dernier dirige une équipe de chercheurs de l’Université et du Conseil national de recherches du Canada qui se penche sur le développement d’un vaccin contre la COVID-19 administré par vaporisation nasale.

Les scientifiques bénéficient d’une subvention du gouvernement du Canada d’un million pour mener leur projet à terme. Neuf laboratoires seront mis à contribution. Le Dr Langlois a d’ailleurs salué l’élan de collaboration dans la communauté scientifique ainsi que les investissements du fédéral dans la recherche contre la maladie.

L’équipe du Dr Langlois développera un test immunologique basé sur les anticorps. Entre autres, deux lamas seront mis à contribution puisque ces animaux génèrent de façon naturelle de petits anticorps que l’humain ne produit pas. Des protéines virales leur seront injectées. Les chercheurs prélèveront ensuite les cellules produites par les anticorps développés par les lamas qu’ils cloneront en laboratoire pour produire des anticorps en grande quantité.

« Si le virus cause autant de maladies, c’est que la neutralisation par les anticorps n’est pas complètement efficace. On espère, en ayant des plus petits anticorps, qu’ils pourront s’insérer dans les crevasses à la surface du virus pour pouvoir le détecter et le neutraliser », a expliqué le virologue.

En outre, des plantes seront utilisées et serviront à produire les protéines virales que l’on retrouve à la surface du coronavirus que le système immunitaire peut reconnaître et identifier comme une menace. Ces plantes seront récoltées puis broyées en poudre très fine qui sera incorporée dans des vaporisateurs afin d’immuniser les personnes par les passages aériens du nez.

Le prototype de vaccin sera soumis à des souris qui seront ensuite infectées par le virus pour voir si elles seront protégées. Il y aura ensuite des essais cliniques par Santé Canada afin de prouver que le vaccin développé ne cause pas de tort à la population.

Le Dr Langlois prévoit que le prototype sera prêt d’ici 12 à 18 mois.

« Il y a de bonnes chances que l’apogée de la crise, de l’épidémie, soit passé. Toutefois, les coronavirus, il y en a plusieurs dans la nature. La chauve-souris en est le réservoir principal, a mentionné le virologue. On peut s’attendre dans le futur à ce qu’il y ait d’autres coronavirus qui infectent la population qui pourraient être plus virulents et causer des problèmes de santé encore plus graves. À ce moment-là, donc, nous aurons établi l’infrastructure, nous aurons développé des outils, nous aurons développé des vaccins qui seront prêts à des déploiements très rapides puisque nous aurons fait les essais cliniques. On espère aussi que ce qu’on va développer va servir à la crise actuelle. »

M. Langlois s’est entouré de chercheurs oeuvrant dans plusieurs spécialités, dont certains n’ont jamais travaillé sur des virus, mais qui ont une expertise très particulière.

« Nous avons des spécialistes d’analyse de génomique, on a des spécialistes de production d’anticorps, on a des spécialistes de production de protéine, on a des spécialistes de modèles d’animaux, des spécialistes de cultures cellulaires et d’utilisation de virus en laboratoire de biosécurité », a-t-il énuméré.

« Le plus gros de l’investissement est de se préparer pour la prochaine crise. Parce que ça va revenir. Historiquement, ça revient. Le rôle des virus est de contrôler les populations, que ce soit les populations de bactéries ou d’animaux [et les humains], quand les populations deviennent trop denses », a expliqué le Dr Langlois.

D’autres recherches pour lutter contre le coronavirus se font ailleurs au Canada et à travers le monde.

« Chacun prend une voie, une perspective, une approche différente parce qu’on ignore ce qui va marcher », a souligné le scientifique.