Alexandre Baril donnera le cours Construction des identités sexuelles et service social à l’Université d’Ottawa.

Défendre la diversité

Alexandre Baril est devenu la première personne transgenre francophone au Canada, spécialiste en études trans, à être embauchée pour enseigner la diversité sexuelle et de genre à l’université. Le professeur Baril offrira à compter de janvier le cours Construction des identités sexuelles et service social à l’Université d’Ottawa. Cette nomination a suscité l’intérêt du journal Le Droit et de Radio-Canada, qui ont choisi M. Baril comme Personnalité de la semaine.

Les étudiants au cours apprendront comment devenir de meilleurs intervenants et travailleurs sociaux, notamment auprès de clientèles souvent stigmatisées.

« Ça prend beaucoup d’ouverture d’esprit. Ces travailleurs-là feront de l’intervention de première ligne, vont rencontrer des gens qui vivent toutes sortes de problématiques sociales, donc des gens en détresse. Parmi ces personnes, il y en aura issues des communautés LGBTQ. Mon enseignement vise à les informer de ces réalités. Plusieurs étudiants sont hétérosexuels et ne connaissent pas ou peu de personnes gaies, lesbiennes et bisexuelles. Même s’ils ont un oncle ou une tante dans ces communautés, ils ne connaissent pas ces réalités-là et ce que ça implique au quotidien », a expliqué le professeur Baril.

Au Canada anglais, il y a une dizaine de professeurs trans spécialisés dans les questions des transgenres. Selon le Dr Baril, la recherche universitaire dans ce domaine est capitale pour bien comprendre les difficultés que vivent les trans et autres membres de la diversité sexuelle, et les impacts sur leur santé et leur bien-être.

« Ces personnes vivent des réalités difficiles. Les recherches que nous avons déjà nous le prouvent, a-t-il indiqué. Malgré le changement des lois, on sait qu’elles vivent beaucoup de discrimination, beaucoup de marginalisation, beaucoup de stigmatisation. On voit que ça a des impacts. Alors les recherches universitaires permettent de trouver des solutions nouvelles, novatrices, et de développer des cadres qui nous permettront de penser de nouvelles politiques, de nouveaux programmes d’aide ».

Alexandre Baril a commencé sa transition à 29 ans. Il en a aujourd’hui 38. Il a dû surmonter de nombreuses embûches et épreuves au fil des ans, notamment concernant le changement de nom, de mention de sexe et en matière d’accessibilité aux services de santé. Les défis sont encore nombreux. Certains médecins spécialistes et omnipraticiens refusent de voir des personnes transgenres, comme lui, précise-t-il, même si la consultation n’est aucunement liée aux organes sexuels. Les difficultés des personnes trans sont aussi aux chapitres économique et personnel, a-t-il ajouté.

« Il y a seulement 37 % des personnes trans au Canada qui occupent un emploi à temps complet, ce qui veut dire qu’il y a une énorme partie des communautés trans qui sont sur le chômage, qui sont sans emploi ou dans des emplois précaires. Ça a pris quatre ans avant que je trouve mon poste de professeur alors que j’ai un c.v. très étoffé. Souvent les personnes trans attendront plus longtemps en moyenne que d’autres pour se trouver un emploi. Plusieurs vont aussi rapporter des discriminations importantes dans leur milieu d’emploi. Il y a donc des taux de pauvreté assez élevés. Au Canada, la moyenne du revenu annuel pour les personnes trans est de 15 000 $ ou moins par année », a expliqué M. Baril.

Quant aux excuses du premier ministre Justin Trudeau à l’endroit des communautés LGBTQ et la loi sur la protection des droits des personnes transgenres, Alexandre Baril dit qu’il s’agit de pas dans la bonne direction.

« Ce sont des lois et des messages qui ont des portées symboliques importantes. Ça envoie un message clair à la population pour dire que la discrimination n’a plus sa place envers les communautés LGBTQ au Canada. Cela étant dit, il faut que ça s’accompagne de mesures concrètes et de soutiens financiers pour produire du changement. Si on veut avoir des programmes d’éducation, de sensibilisation et d’aide, il faut des sous. Il faudra que le gouvernement débloque des fonds. Au-delà des excuses, il faudra des actions concrètes qui soutiennent ces excuses », a souligné M. Baril.