Marc Bertrand est la personnalité de la semaine Le Droit et Radio-Canada.

De Hawkesbury aux Oscars

Marc Bertrand, par son flair et son travail organisé, a contribué à amener un second film en six ans à la cérémonie des Oscars. Certes, Arrival de Denis Villeneuve retient l'attention au Québec, mais gardons également un oeil sur Vaysha l'aveugle, nominé dans la catégorie des courts métrages d'animation et produit par le Hawkesbourgeois d'origine. Marc Bertrand est la personnalité de la semaine Le Droit et Radio-Canada.
Financé par l'Office national du film (ONF), Vaysha l'aveugle, une réalisation du cinéaste Theodore Ushev, doit lutter contre des géants du cinéma d'animation comme Pixar. Sans dire qu'il s'agit d'une lutte du type David contre Goliath, les moyens disponibles pour la promotion des oeuvres de l'ONF et des studios américains ne sont absolument pas dans la même échelle, explique M. Bertrand.
« Les courts métrages ne sont pas de petits films, ce sont de grands films, mais moins longs. La distribution est plus difficile par contre. La télévision n'aime pas les formats qui ne sont pas réguliers et les salles de cinéma préfèrent diffuser des publicités avant les films. [...] Pixar, par contre, est assez gros qu'il peut exiger que ses courts métrages soient diffusés avant ses longs métrages », explique Marc Bertrand en admettant qu'il serait satisfaisant de remporter les grands honneurs devant ces énormes entreprises.
Fier Hawkesbourgeois
Le producteur en animation à l'ONF a un parcours plutôt atypique. Originaire d'Hawkesbury et fier de l'être, Marc Bertrand était pressenti pour reprendre l'entreprise de son père, un détaillant en matériaux de construction propriétaire d'une cour à bois, jusqu'à ce qu'il découvre le théâtre.
Marc Bertrand a lancé sa compagnie de production, une entreprise très occupée en 1992 durant les célébrations du 125e anniversaire de la Confédération. Voyant les affaires se calmer, il déménage à Montréal. 
Après de nombreuses auditions infructueuses, il abandonne et se tourne vers une connaissance à l'ONF pour trouver un petit boulot. Il commence en arrêtant le trafic dans les rues pendant des tournages. De fil en aiguille, il grimpe les échelons en plus de poursuivre des études en cinéma à New York, jusqu'à en arriver à sa deuxième cérémonie aux Oscars.
Cette fois, c'est avec son ami Theodore Ushev qu'il vit cette aventure. Il note, avec justesse, qu'il y a un parallèle intéressant entre Vaysha l'aveugle et Arrival de Denis Villeneuve.
« Pour moi, ce film-là, en ce moment, a une importance capitale. C'est un espèce de call to action, de dire que c'est le temps de s'impliquer dans sa communauté, de travailler ensemble pour la diversité. [...] C'est étonnant, parce que deux Canadiens ont cette même préoccupation dans le fond. Ushev et Villeneuve ont tous deux cette espèce de fable [sur la relation entre le passé, le présent et le futur]. »
Assez proche pour observer le processus créatif, son rôle de producteur lui laisse assez de distance pour arriver à apprécier ce « chaos ». « La création, c'est partir de rien et convaincre beaucoup de monde de ce que ça sera. S'y rendre tous dans la même direction, c'est de bien communiquer cette vision-là. »
Comme tout amateur de cinéma, en plus du prix pour lequel son poulain est en nomination, Marc Bertrand suit avec intérêt la course pour les titres de meilleurs acteurs et de meilleur film. Évidemment, dans la catégorie phare de la cérémonie, le producteur franco-ontarien a un petit faible pour l'oeuvre de science-fiction de Denis Villeneuve.
« Il y a de bons films cette année, mais je pense qu'il y a un film flamboyant, La La Land, qui sort un peu du lot. Arrival de Denis Villeneuve a toutefois plus de sens pour moi, même si je me suis beaucoup amusé à regarder La La Land. »
Marc Bertrand sera bien placé pour applaudir l'un ou l'autre s'ils devaient remporter les grands honneurs.