Linda Cardinal dit avoir été influencée par des épisodes comme l'apartheid en Afrique du Sud et le mouvement des droits civiques par les communautés noires aux États-Unis.

Dans la marmite des droits des minorités

Les questions linguistiques ont toujours été une préoccupation pour Linda Cardinal, professeure à l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa. Sa contribution pour faire avancer les droits des francophones a récemment été reconnue par Rideau Hall, alors qu'on l'a choisie pour devenir membre de l'Ordre du Canada. Le Droit et Radio-Canada soulignent à leur tour sa contribution au développement de politiques publiques et à l'avancement des droits linguistiques en la nommant personnalité de la semaine.
Si Obélix est tombé dans la marmite de potion magique, c'est plutôt dans celle de la politique qu'a atterri Linda Cardinal.
« Je viens d'une famille qui a toujours eu une préoccupation pour les enjeux linguistiques et pour la politique », explique la professeure.
Plus encore, le contexte sociopolitique mondial dans lequel elle a grandi a contribué à développer son grand intérêt pour les affaires linguistiques et son militantisme pour les droits des minorités francophones. Linda Cardinal dit avoir été influencée par des épisodes comme l'apartheid en Afrique du Sud et le mouvement des droits civiques par les communautés noires aux États-Unis.
Pour elle, le traitement des minorités est un important baromètre de la démocratie d'une société.
« Beaucoup d'enjeux viennent du fait qu'une minorité a été maltraitée quelque part. Si on pense à la guerre dans les Balkans, c'est lié à des enjeux minoritaires. Au Canada, tout ce qui a fait qu'on a eu de grands bouleversements, de grands débats constitutionnels, c'est à cause d'insatisfactions du Québec face au reste du Canada, à cause du traitement d'une minorité. »
« Les sociétés sont gouvernées par des majorités, elles ont appris à avoir des obligations envers les minorités, poursuit Mme Cardinal. Ça coûte cher à une société de ne pas prendre en compte les besoins de ses minorités. C'est presque une vérité de l'histoire. Quand on maltraite une minorité, ça finit par se retourner contre nous. »
Ottawa bilingue
Il n'est pas venu le jour où Linda Cardinal cessera de se prononcer sur la place publique. Pour l'universitaire, il est primordial de communiquer les résultats de ses recherches.
« Ça fait partie de ma conception de ce que c'est, un universitaire. On doit être en dialogue avec le reste de notre société, on n'est pas à part. »
C'est d'ailleurs pourquoi la professeure de l'Université d'Ottawa se dit honorée de sa nomination à l'Ordre du Canada. Elle le perçoit comme une reconnaissance de la communauté, et pas seulement de ses pairs.
On peut donc s'attendre à ce qu'elle continue de défendre avec ferveur les droits linguistiques de la minorité francophone au Canada, particulièrement dans le dossier du bilinguisme officiel à la Ville d'Ottawa, qui l'a passablement occupée dans les derniers mois. Linda Cardinal espère que des progrès en ce sens surviendront en 2017 pour le 150e anniversaire de la Confédération. Elle souhaite voir les intervenants des différents paliers de gouvernement échanger sur la question et régler le dossier avant qu'une crise ne survienne.
« On se fait dire : 'vous ne vous plaignez pas, donc vous êtes contents'. Pourquoi il faut toujours fonctionner par la négative ? Pourquoi il faudrait constamment se plaindre ? C'est encore faire porter le fardeau sur le dos des minorités, alors que c'est un geste tellement positif, tellement constructif de dire qu'on a à coeur le bilinguisme, l'égalité des langues officielles, notre communauté, et dire que ce qu'on veut pour le 150e, c'est que les services offerts à cette communauté seront garantis pour les 150 prochaines années. »