Le chercheur Christian Messier s'intéresse notamment au manque de diversité des arbres en ville: «C'est dur de dire que les forêts urbaines sont en santé», déplore-t-il.

Christian Messier: chercheur forestier

Christian Messier cherche constamment à découvrir les secrets des arbres et ce qui les afflige et ce, pour le bien commun. Ce scientifique et professeur d'université veut les voir en excellente santé. Sa passion pour l'écologie forestière et sa curiosité ont récemment été récompensées par la Fondation Humboldt, de l'Allemagne, qui lui a décerné le prix Humboldt pour ses travaux en sciences naturelles. Pour cette distinction, Christian Messier a été désigné Personnalité de la semaine Le Droit/Radio-Canada.
Ingénieur forestier de formation, M. Messier est professeur et directeur à l'Institut des sciences de la forêt tempérée (ISFORT), affilié à l'Université du Québec en Outaouais (UQO). Il enseigne aussi à l'UQAM, à Montréal. 
Une de ses récentes recherches lui a permis, avec son collègue Sylvain Delagrange, de constater que les érables sont capables d'emmagasiner des réserves de sucre vieilles d'une moyenne de trois à quatre ans.
« Ce que ça veut dire, c'est que les acériculteurs n'ont pas à s'inquiéter s'il y a un été sec où les arbres feront moins de photosynthèse. Ça ne devrait pas avoir d'impact sur le taux de sucre dans le sirop parce que l'arbre est capable d'aller chercher des vieilles réserves », a expliqué M. Messier, qui profite de sa propre érablière à Saint-Émile-de-Suffolk pour mener des études.
M. Messier se penche aussi sur la gestion durable des forêts, sur la sylviculture urbaine, et il milite pour la diversité des essences en ville afin d'augmenter à la fois la productivité et la résistance des plantations aux maladies, aux insectes et aux humeurs de Dame Nature.
Les insectes exotiques, le manque de diversité dans les essences d'arbres et les changements climatiques sont préoccupants pour la forêt urbaine, précise M. Messier, signalant au passage les ravages que fait l'agrile du frêne. 
L'érable et le frêne sont très communs dans les villes. Par cette absence de diversité, les risques de perdre beaucoup d'arbres augmentent. « C'est dur de dire que les forêts urbaines sont en santé. Le problème est qu'on a planté des arbres en fonction des espèces qui poussent bien et qui donnent de bons résultats. Comme il n'y a pas beaucoup d'espèces qui poussent bien dans les villes, on a eu surtout tendance à planter deux ou trois espèces. On se retrouve donc avec une très faible diversité d'arbres dans nos villes, et ça m'inquiète », a expliqué le chercheur qui compte 25 années dans l'enseignement.
« Ce que je comprends, souvent, est que les gens ont une certaine préférence pour des essences d'arbres, mais il faudrait aussi considérer la diversité pour minimiser les risques de pertes dans l'avenir », a ajouté M. Messier, qui travaille avec plusieurs villes, dont Gatineau, Montréal, Québec et Joliette, de même qu'avec d'autres chercheurs canadiens et allemands.
« On devrait planter beaucoup plus de chênes, de tilleuls, de bouleaux, des peupliers et on devrait aussi avoir plus de conifères. Je trouve qu'on a souvent évité de planter des conifères. Je dis toujours qu'on devrait regarder un peu comment les forêts naturelles se sont développées », a indiqué M. Messier.
Le chercheur s'objecte à la tendance en milieu urbain de planter un arbre de manière isolée. « Les arbres n'ont pas évolué pour pousser seuls. Ils ont évolué pour pousser en compagnie d'autres arbres et d'autres espèces d'arbres », a indiqué M. Messier.
« Lorsqu'on a plusieurs espèces d'arbres qui poussent ensemble, ils sont plus en santé et plus dynamiques. Il faudrait essayer de penser davantage à cela lorsqu'on plante nos arbres en ville, soit de les planter en communautés d'arbres plutôt que de façon isolée », a expliqué Christian Messier.
M. Messier a tenu à préciser qu'il tient à partager son prix avec les étudiants qui l'ont côtoyé au fil des ans. « C'est un prix individuel, mais c'est vraiment le fruit de toute mon équipe. Depuis les 25 dernières années, j'ai eu environ une soixantaine d'étudiants à la maîtrise et au doctorat et au postdoctorat qui ont travaillé avec moi. Chaque fois que je les rencontre, je leur dis : "Nous avons remporté un prix" parce que c'est un travail d'équipe », a indiqué M. Messier.