Marie-Jeanne Musiol a reçu le prix Hommage lors des Culturiades 2018. L’artiste réalise des planches photographiques où apparaissent les champs de lumière qui entourent les plantes.

Capter l’énergie du vivant

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Marie-Jeanne Musiol, artiste photographe reconnue internationalement, a reçu récemment le prestigieux prix Hommage remis par la Ville de Gatineau pour son apport remarquable à la communauté artistique. Le prix lui a été remis récemment lors des Culturiades tenues à Zibi, gala au cours duquel plusieurs artistes et organismes de la région ont été récompensés.

Lors de l’hommage qui lui a été rendu, on a rappelé qu’après s’être tournée vers la mémoire des sites, les installations photographiques de l’artiste explorent maintenant les phénomènes de nature énergétique. La « botanique énergétique » qu’elle réalise a depuis fait l’objet de nombreuses expositions en galeries ici, en Europe et Asie.

En 2018, les œuvres de l’artiste ont été publiées dans un livre La Forêt radieuse : un herbier énergétique aux éditions Pierre-François Ouellette de Montréal. Il offre une vision surprenante de la nature avec ses 350 planches photographiques où apparaissent (ou disparaissent) les champs de lumière qui entourent les plantes. Le livre abonde de textes, de descriptions d’images et de notes historiques permettant de plonger dans le phénomène lumineux généré par le procédé électromagnétique qu’elle emploie.

« Je suis très heureuse de recevoir cet hommage. Cela m’a permis de refaire mon parcours dans ma tête, les bons coups et les moins bons. C’est comme une synthèse de ce que j’ai accompli », a raconté l’artiste gatinoise en entrevue.

Le coup de foudre

La carrière de Marie-Jeanne Musiol, qui vit et travaille à Gatineau, a commencé dans les années 1980. « J’avais commencé avec le dessin. Puis, un jour, un ami cinéaste, Jean-Philippe Fauteux, qui enseignait à l’UQO m’a parlé de la photographie et de la chambre noire qui se trouvait dans l’immeuble. J’ai eu le coup de foudre », a expliqué l’artiste qui a poursuivi sa passion pour la photographie dans la chambre noire qui se trouvait au sous-sol du bâtiment du 205 Montcalm.

Un art unique

Son art unique de la photographie se décrit comme l’empreinte lumineuse des plantes, qu’elle capte grâce à un procédé électromagnétique.

« Il n’y a pas de caméra. C’est un procédé par lequel je dépose une feuille sur un film négatif, et une impression est faite avec le champ électromagnétique. En résumé, c’est comme une empreinte digitale », explique Mme Musiol.

Elle raconte qu’il existe plus de 500 000 feuilles différentes connues sur la planète, un répertoire infini qui permettrait une exploration pendant plusieurs vies d’artistes. Mais la technologie qu’elle utilise impose des contraintes. De plus, les spécimens de feuilles n’ont qu’une durée de vie de 72 heures, alors que les plantes gardent leur vitalité et leur luminosité pendant de six à huit heures.

« Malheureusement, mon registre est limité. Je ne peux pas transporter la machine. Dans les aéroports, il faudrait la défaire en pièce. Ma limite est donc la forêt laurentienne. Je prélève des spécimens autour du ruisseau de la Brasserie, dans ma cour. J’ai eu la chance d’aller travailler au Jardin botanique où j’ai eu accès à des spécimens différents », raconte Mme Musiol, une pionnière et rare artiste à utiliser la technologie développée par un Russe, Semyon Kirlian, à la fin du XIXe siècle.

En plus de son travail d’artiste, elle a été pendant six ans directrice de la galerie d’art Montcalm de 1981 à 1989. Cofondatrice du centre d’artistes DAÎMON, elle s’est engagée pour offrir de meilleures conditions de travail aux artistes.

« Pour avoir une vie dans l’art, il faut avoir des ressources parallèles », explique l’artiste qui s’est démarquée par son implication dans des projets importants du milieu culturel de la région, notamment dans les conseils d’administration, ou comme gestionnaire. Elle a aussi pris la plume comme journaliste.

Elle se dit particulièrement fière du travail accompli pour rénover la grande manufacture Hanson-Mohawk, un des rares bâtiments industriels rénovés, qui a été transformé en centre d’artistes DAIMON ainsi que la Galerie Axe-Néo 7.

En 2002, Marie-Jeanne Musiol avait reçu le prix d’Excellence artiste au gala des Culturiades.