Il faut remonter à 2002 ou 2003 pour observer une situation semblable de pénurie du logement.

Pénurie de logis pour nouveaux arrivants

Le taux d’inoccupation est tellement bas à Gatineau - en particulier pour les logis de trois chambres et plus - qu’Accueil-Parrainage Outaouais peine à trouver un toit aux nouveaux arrivants ces derniers mois. Une situation amplifiée, selon l’organisme, par les critères des grandes entreprises immobilières de la région, jugés « trop stricts ».

Au cours des dernières semaines, une famille syrienne de six enfants fraîchement arrivée au pays et dont la destination finale devait être Gatineau a dû prendre la direction de Sherbrooke, selon ce qu’a appris LeDroit.

Le directeur général d’Accueil-Parrainage Outaouais, Bato Redzovic, qui avait averti le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion qu’aucun logement n’était disponible en sol gatinois, affirme que c’est la première fois qu’il est confronté à un tel cas.

« On travaille avec un nombre limité de propriétaires, alors pour certaines familles nous ne sommes pas capables de trouver un logis. Avec la pénurie de logements en ce moment, surtout pour les trois chambres et plus, la majorité des grandes entreprises n’acceptent pas les nouveaux arrivants. C’est un problème, ça fait longtemps. On va considérer qu’ils n’ont pas de crédit. [...] Nous sommes dans une situation difficile. Quand on regarde les annonces dans les journaux, la majorité des propriétaires demandent des références, mais de notre côté on ne peut pas cosigner pour les gens, ce n’est pas notre mandat et on n’a pas le droit », indique-t-il.

M. Redzovic ajoute qu’à l’heure actuelle, faute de logement disponible, une famille de cinq enfants originaire de Syrie est hébergée temporairement entre les murs de l’Auberge Aux Portes Ouvertes, à même les locaux de l’organisme, situés dans le secteur Hull.

Il soutient que « le nœud du problème », c’est que les nouveaux arrivants n’ont pour l’instant pas accès à la majorité des logements libres en Outaouais.

Il faut remonter à 2002 ou 2003 pour observer une situation semblable de pénurie du logement, à son avis.

Le directeur général de l’organisme affirme qu’exception faite du promoteur Devcore, qui a récemment accepté de fournir trois appartements, il est ardu de trouver un toit pour les nouveaux arrivants dans le parc immobilier géré par les grands promoteurs, par exemple Brigil, les Immeubles E. Tassé et Immogest.

Le taux d’inoccupation, qui a dégringolé depuis un an, passant de 3,8 % à 1,2 %, n’aide en rien.

« Ils ont des critères très sévères, par exemple pour les paiements. Mais je n’ai jamais eu un appel d’un propriétaire qui disait que les gens ne voulaient pas payer. Il peut y avoir certains problèmes au début sur d’autres aspects, mais on travaille avec eux, on leur explique les codes de bons locataires », dit M. Redzovic.

Une entreprise s’explique

Le directeur général d’Immeubles E. Tassé, Adrien Leblanc, répond que la compagnie propriétaire de 930 logements a accueilli beaucoup de nouveaux arrivants au fil des ans et travaillé avec les organismes comme Accueil-Parrainage Outaouais, dans la mesure du possible.

« Quand on peut aider, on le fait. Il n’y a pas de critères différents ni de favoritisme. Souvent, ils bénéficient de subventions, alors il est où le risque pour nous ? C’est même un peu grâce à eux si nos logements sont pleins », lance-t-il, spécifiant que la tornade dévastatrice du 21 septembre n’a cependant pas aidé la situation.

Il ajoute que la seule difficulté réside souvent au chapitre linguistique, puisqu’il n’y a pas toujours un traducteur disponible, mais que « tout le monde réussit toujours à s’entendre ».

M. Leblanc tient à rappeler que la situation du logement à Gatineau est à ce point critique qu’aucun logement de son parc immobilier n’est actuellement vacant, alors qu’une centaine l’étaient il y a deux ans.

« Les deux chambres à coucher, il n’y en a pas avant le 1er juin, alors que les trois chambres, si ça se libère, c’est reloué dès le lendemain. Ça fait très longtemps qu’on n’a pas vu ça, la dernière fois c’était au début des années 1990 », explique-t-il.

De son côté, le constructeur Brigil a refusé de commenter la situation.