Pierre-Karl Péladeau a participé, jeudi à l’école des Hautes études commerciales à Montréal, à une table ronde des médias sur la future Loi sur la diffusion et la réglementation dans le domaine.

Péladeau dénonce le manque de courage de Trudeau face aux médias étrangers

MONTRÉAL — Le gouvernement Trudeau n’a aucun courage politique face aux géants médiatiques étrangers. Et il fait preuve d’électoralisme en n’agissant pas, alors que ça presse, critique le grand patron de Québecor, Pierre Karl Péladeau.

«On voit que le gouvernement Trudeau n’a aucun courage politique. Il est dans l’électoralisme le plus grossier. Les entreprises étrangères devraient être assujetties à la taxe de vente, pour le moins, et ce n’est pas le cas aujourd’hui. C’est quand même scandaleux!», s’est exclamé M. Péladeau.

Le président et chef de la direction de Québecor a participé, jeudi à l’école des Hautes études commerciales à Montréal, à une table ronde des médias sur la future Loi sur la diffusion et la réglementation dans le domaine.

«Il faut ramener un sens de l’équité fiscale. Au moins, le gouvernement du Québec a eu le courage de le faire» avec la Taxe de vente du Québec, a renchéri Brian Myles, directeur du Devoir.

Comme si on était de la pollution

M. Myles a relevé une autre injustice en matière de taxation: alors que les journaux papier paient une taxe pour le recyclage, qui finance le Fonds vert, comme s’ils étaient «de la pollution», Amazon ne paie pas cette même taxe, malgré ses nombreuses boîtes de carton qui se retrouvent dans le même bac de recyclage.

M. Myles a déploré une troisième incohérence: la publicité des gouvernements dans les médias. «Les gouvernements fédéral et québécois veulent nous aider, mais ils sont les premiers à garrocher le dollar publicitaire sur Google et Facebook. C’est proprement scandaleux! Les investissements publicitaires du fédéral sur Facebook sont en croissance exponentielle. On prend l’argent des taxes et impôts; on transforme ça en budget publicitaire; on passe Go et on l’envoie à Silicon Valley! Et après, on nous dit qu’on veut nous aider et qu’on veut notre bien», s’est-il insurgé.

Philippe Lapointe, vice-président des stations de radio parlées chez Cogeco Média, a souligné que les stations de radio en région aussi en arrachent. «Les radios privées en région, ça ne fait pas d’argent.»

Comme MM. Péladeau et Myles, M. Lapointe a plaidé pour l’équité entre tous les joueurs de l’univers médiatique, mais il a aussi plaidé pour une plus grande coopération entre médias québécois ou canadiens face aux géants étrangers.

«La base, c’est que tout le monde joue selon les mêmes règlements. Les deux plus gros joueurs dans la cour d’école n’ont pas les mêmes règles que les autres élèves. Les petits vont manger une volée et c’est ce qui se passe», a illustré M. Lapointe.

Américanisation

«J’ai parfois l’impression qu’on est tous dans une chaloupe, qu’on se chicane et on se fait dépasser par des yachts et des gros paquebots qui sont tous américains», a déploré M. Lapointe.

Michel Bissonnette, de Radio-Canada, a cité des données selon lesquelles 31 pour cent des gens sont abonnés à Netflix. Chez les 18-30 ans, 68 pour cent sont abonnés à Netflix.

«Il n’y a plus de barrière linguistique; il n’y a plus de barrière géographique. Donc c’est maintenant le déferlement des contenus américains. Il y a une américanisation des contenus qui devrait nous inquiéter», a conclu M. Bissonnette.