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Un «son toxique et trop compressé» est un problème pour les interprètes de l’Association internationale des interprètes de conférence.
Un «son toxique et trop compressé» est un problème pour les interprètes de l’Association internationale des interprètes de conférence.

Parlement canadien virtuel: mauvais pour les oreilles, mauvais pour le français

Louis-Denis Ebacher
Louis-Denis Ebacher
Le Droit
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Pendant qu’une association d’interprètes déplore que les langues officielles soient «les grandes perdantes» du Parlement canadien virtuel, le Bureau de la traduction dit travailler à la préservation de la santé auditive de ces travailleurs essentiels.

Une association d’interprètes parlementaires a fait une sortie publique sur leurs problèmes auditifs, la semaine dernière.

Lundi matin, l’Association internationale des interprètes de conférence (AIIC) est revenue à la charge en alléguant que les citoyens et les élus étaient pénalisés par un système qui nuit aux débats dans les deux langues officielles, particulièrement le français.

Ce deuxième rapport rédigé par l’AIIC allègue que les langues officielles du Canada ne peuvent être traduites convenablement en raison des problèmes techniques émanant des nouvelles plateformes numériques utilisées depuis le début de la pandémie.

La semaine dernière, les interprètes de l’AIIC parlaient d’un «son toxique et trop compressé» provoquant chez eux des problèmes d’acouphène, et parfois de choc auditif en raison de la mauvaise utilisation du système par les participants aux débats et comités parlementaires.

«Conséquence des nombreux problèmes d’interprétation dans le Parlement virtuel: les députés se plaignent fréquemment des restrictions imposées aux participants lorsqu’il s’agit de s’exprimer dans la langue officielle de leur choix, lit-on dans le récent rapport. Le bilinguisme canadien est mis de côté quand le discours au Parlement est contraint de se faire dans une seule langue, habituellement l’anglais, à cause de la qualité du son et autre problème technique qui empêchent les interprètes de pouvoir faire leur travail. Les témoins semblent avoir de la difficulté à naviguer entre les canaux d’interprétation lorsqu’ils doivent passer d’une langue à l’autre.»

Les interruptions de services seraient attribuables à des difficultés techniques (54%) et aux problèmes liés à l’interprétation (38 %).

Par courriel, le Bureau de la traduction précise qu’il est en train d’élaborer une norme de protection de l’ouïe des interprètes.

Le Bureau dit recevoir les conseils des experts en santé et sécurité de Services publics et Approvisionnement Canada et d’audiologistes externes. «Cette nouvelle norme comprend des mesures pour réduire les risques d’incidents acoustiques, et prévoit la formation des interprètes», a précisé la porte-parole de Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC), Stéphanie Hamel.

Selon SPAC «aucun interprète permanent du Bureau de la traduction n’a déclaré avoir souffert d’une perte auditive permanente et aucun n’est actuellement en congé de maladie depuis le début de la pandémie.»

Selon Services publics, les mesures déployées par le Bureau de la traduction ont mené à une diminution du nombre d’incidents signalés.

Or, un sondage de l’AIIC révèle que 70% de ses membres ont souffert de lésions – plus ou moins graves – dans le cadre de leurs fonctions depuis le début de la pandémie et de l’utilisation de plateformes comme ZOOM.

SPAC reconnaît toutefois que certaines conditions «font parfois défaut lorsque la participation se fait à distance, ce qui a mené à une augmentation initiale des déclarations d’incidents de santé et sécurité liés à la qualité du son au début de la pandémie».

SPAP travaille avec le Conseil national de recherches du Canada dans la mise en place d’un système de protection auditif. Il s’agit d’un limiteur capable de protéger les interprètes contre les chocs acoustiques et de mesurer leur exposition quotidienne aux niveaux sonores afin d’éviter de dépasser la dose quotidienne.

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DES EXEMPLES CONCRETS
Le court rapport de l’AIIC est intitulé «Confusion sur la Colline: L’incidence des réunions virtuelles sur le fonctionnement du Parlement». Il cite des élus et des participants lors de différents travaux parlementaires.

« À la dernière rencontre, j’avais dit penser que 90 % des témoins francophones présentaient leurs témoignages en anglais. Je m’étais trompée de 4 %. On constate, en effet, que 86 % des témoins qui comparaissent devant des comités parlementaires le font en anglais. Nous disons depuis le début que les problèmes d’interprétation et les difficultés techniques ont plus de conséquences sur les interventions des députés francophones. Nous pouvons maintenant nous fonder sur une bonne documentation et sur des faits. »

— Claude De Bellefeuille, députée de Salaberry—Suroît

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«Comme il m’a été suggéré, je m’exprimerai uniquement en anglais pour éviter toute difficulté.»

— Judith Robinson, Commissaire de l’Agence de la consommation en matière financière du Canada a témoigné devant le Comité des Finances, le 7 juillet 2020

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«À des réunions du Comité permanent des finances, j’ai constaté plusieurs fois des problèmes d’interprétation, si bien que les personnes qui parlaient français se sont senties obligées de passer à l’anglais. »

— Peter Julien, député de Burnaby—New Westminster, le 3 décembre 2020

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«Chaque fois qu’un problème de ce genre survient, une perte de temps en découle qui ralentit l’étude des faits ainsi que nos travaux parlementaires. De temps à autre, cela pourrait être compréhensible, mais hélas nous perdons beaucoup de temps à la suite d’interruptions toutes les 10 à 20 minutes en raison de difficultés techniques»

— Gérard Deltell, député de Louis-Saint-Laurent, le 3 décembre 2020