Parc de la Gatineau: «Aussi protégé qu'une plate-bande de tulipes»

Catherine Morasse
Catherine Morasse
Le Droit
Alors que la construction d’une nouvelle maison en bordure du parc de la Gatineau a été approuvée au début de l’été, des citoyens et des groupes écologistes reviennent à la charge et appellent le Parlement à protéger dans une loi l’espace vert géré par la Commission de la capitale nationale (CCN).

« Aussi protégé qu'une plate-bande de tulipes » : ce sont les mots qu’utilise le sociologue Michael Lait, auteur d’une thèse de doctorat sur les conflits territoriaux dans le parc de la Gatineau, pour décrire la situation légale du terrain de 361 kilomètres carrés. 

Le 20 juillet dernier, le député de Hull-Aylmer, Greg Fergus, a présenté à la Chambre des communes une pétition de près de 3000 signatures. Ces citoyens demandaient aux élus de protéger le parc, dont les frontières modifiées sans l’approbation du Parlement, contrairement aux autres parcs nationaux du Canada. Et « le gestionnaire du parc n’a pas les pouvoirs nécessaires pour protéger adéquatement les ressources naturelles et culturelles du parc », argumente le texte de la pétition.

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Depuis 2005, huit projets de loi ont été créés, sans jamais être adoptés. 

Le directeur général de la Société pour la nature et les parcs du Canada, John McDonnell, s’inquiète de la croissance démographique à Gatineau, Chelsea, Wakefield et dans le Pontiac. Des ensembles résidentiels, comme ceux aux abords de l’autoroute 5 à Chelsea, pourraient menacer l’intégrité écologique du parc. Sa superficie « est relativement petite, ajoute-t-il. Si on veut vraiment protéger les espèces qui habitent là, il faut vraiment commencer à limiter le développement à l’intérieur du parc et à protéger les corridors entre le parc et cet autre milieu naturel [à proximité du parc]. »


« Si on veut vraiment protéger les espèces qui habitent là, il faut vraiment commencer à limiter le développement à l’intérieur du parc et à protéger les corridors entre le parc et cet autre milieu naturel [à proximité du parc]. »
John McDonnell, directeur général de la Société pour la nature et les parcs du Canada

Depuis les années 1990, près de 140 maisons dans le parc ou dans sa périphérie immédiate ont été construites, rénovées ou modifiées. L’activiste Jean-Paul Murray croit fermement qu’il y en a plus. La dernière construction a été approuvée au début de l’été sur le chemin de la Montagne. Ces terrains, précise le porte-parole de la CCN, Jean Wolff, sont surtout ceux des héritiers de propriétaires privés qui s’y trouvaient avant sa création en 1938, et qui bénéficiraient d’une clause grand-père. 

Projet de loi privé 

La sénatrice Julie Miville-Dechêne envisage de proposer un projet de loi privé, a-t-elle confirmé au Droit

Mme Miville-Dechêne est responsable du comté sénatorial d’Inkerman, qui comprend tout le parc de la Gatineau. À l’heure actuelle, la sénatrice indépendante fait une série d’entrevues avec « toutes les parties concernées » pour bien comprendre la question, « beaucoup plus complexe qu’à première vue ». 

« Le sujet m’interpelle. J’essaie de faire le tour de la situation pour bien comprendre les intérêts en jeu, et si moi comme sénatrice j’ai des outils pour intervenir, pour essayer de renforcer la protection écologique du parc et le fait que les citoyens puissent en profiter. » 

La semaine dernière, la CCN a fermé les plages du lac Meech de 21 h à 7 h, une situation qui n’a pas eu l’heur de plaire aux nageurs matinaux. La CCN « semble indiquer qu’à cause de la pandémie, il y a une surutilisation des parcs, mais il faut trouver un équilibre pour que les citoyens puissent profiter de ce parc-là. » 

« Ce n’est pas une question de jours ou de semaines, a-t-elle ajouté. On est en pandémie. Le gouvernement a beaucoup d’autres priorités. Dans mes conversations, je n’ai pas senti que le gouvernement avait l’intention à court terme d’intervenir sur cette question. »