Plusieurs personnes se sont déplacées sur la colline parlementaire à Ottawa afin de célébrer le « 4-20 ».

Une dernière «fête du pot»

La colline du Parlement s’est embrumée de nuages de fumée de marijuana, vendredi à Ottawa, alors que des centaines d’adeptes du cannabis sont venus participer à la célébration annuelle « 4-20 » — comme dans 20 avril.

L’événement de cette année revêt un caractère « historique » : c’est la dernière fois que les participants à ce rassemblement enfreignent la loi canadienne. Le gouvernement libéral de Justin Trudeau souhaite faire adopter d’ici l’été son projet de loi qui prévoit de légaliser la possession simple et la consommation de marijuana à des fins récréatives.

Près de la tour de la Paix, vendredi, on a vu des consommateurs de tous âges, mais aussi des usagers de marijuana à des fins thérapeutiques.

Tyler Graydon participait au happening pour la première fois de sa vie. Il se disait excité par la légalisation prochaine, même si, à 17 ans, il n’aurait pas encore le droit d’acheter du cannabis. Mais il soutient qu’une fois légalisée, la marijuana sera de toute façon plus facilement accessible. « (Les jeunes) trouveront bien le moyen d’en obtenir. Soit de leurs parents, soit en fouillant dans la boîte à biscuits, dans le garde-manger. »

Mais pour Alex Burridge, le « 4-20 » de cette année marque aussi un tournant dans sa vie : le jeune homme de 20 ans, blessé au dos en faisant du sport, vient d’obtenir sa toute première prescription pour de la marijuana thérapeutique. Il soutient que la légalisation placera son pays à l’avant-garde des nations du monde.

C’est une adolescente de 14 ans, Emma Boniface, qui a prononcé l’allocution principale lors de l’événement de vendredi à Ottawa. Les organisateurs voulaient ainsi mettre l’accent sur l’importance d’inclure les jeunes gens dans le débat national sur la légalisation. La mère de la jeune fille est aussi une utilisatrice de marijuana thérapeutique.

D’autres rassemblements « 4-20 » ont aussi eu lieu vendredi dans d’autres villes canadiennes, de Vancouver à Saint-Jean, Terre-Neuve-et-Labrador.

Encore des raisons de lutter

Bien que ces célébrations seront sans doute les dernières, des militants pro-cannabis estiment qu’il reste encore plusieurs raisons de lutter.

Le gouvernement fédéral s’est engagé à légaliser la marijuana, mais la réglementation de la vente et de la consommation de la drogue relèvera des provinces et des territoires.

Lisa Campbell, de l’Ontario Cannabis Consumer and Retail Alliance, ne croit pas que les événements du 4-20 à travers le pays disparaîtront avec la légalisation, mais ils évolueront sans doute.

Selon elle, il existe encore plusieurs combats à mener, notamment pour la création d’endroits où consommer du cannabis et l’émission de permis pour des événements spéciaux.

Mais il arrive un moment, dit-elle, où il est préférable de mettre de côté les activités illicites et la désobéissance civile pour plutôt travailler avec le gouvernement afin d’influencer les politiques.

Les provinces ont dévoilé leurs plans sur la réglementation du produit légalisé. En Ontario, par exemple, la marijuana pourra être vendue aux adultes de 19 ans ou plus, dans un maximum de 150 magasins administrés par la Régie des alcools de la province.

Au Québec, il faudra avoir au moins 18 ans pour allumer un joint, et le produit sera vendu par la Société québécoise du cannabis (SQC), une filiale de la Société des alcools du Québec.

Lisa Campbell aimerait voir un modèle de vente mixte dans sa province, avec des fumoirs ou des bars réglementés où du cannabis pourra être acheté et consommé.

« Le seul avantage des magasins gouvernementaux est cet argument voulant que si on réglemente le produit comme pour l’alcool, il faudra aussi avoir toutes ces autres licences que nous avons pour l’alcool, explique-t-elle. Par exemple, dans les festivals, on devrait avoir la possibilité de créer un bar-fumoir qui sera un endroit désigné, comme le serait une brasserie en plein air, où on pourrait acheter et consommer du cannabis. »

Elle se dit consciente que le ministère du Procureur général a terminé ses consultations sur les lieux de consommation du cannabis et qu’il faudra du temps avant que des changements soient apportés.

Le 20 avril est depuis longtemps la journée choisie pour célébrer le cannabis et la culture qui l’entoure. Dans des villes comme Ottawa, Toronto et Vancouver, des consommateurs de la drogue se rassemblent par milliers dans des lieux publics, défiant les autorités.