Une foule impressionnante s’était déplacée pour assister à cette première historique dans le parc industriel de Kanata, à l’ouest d’Ottawa.

Un véhicule autonome relié aux infrastructures municipales

La scène avait certes de quoi impressionner. Ottawa a écrit une page d’histoire jeudi en devenant la toute première ville au pays à effectuer des essais routiers de véhicules autonomes reliés en direct aux infrastructures municipales.

Ils étaient plusieurs centaines, voire plus d’un millier de curieux à s’être massés le long de la promenade Legget, en plein cœur du parc d’affaires de Kanata-Nord, pour assister avec un brin de fébrilité à cette démonstration hors du commun. 

Jusqu’à présent, de tels tests avaient toujours eu lieu sur des circuits fermés et isolés ailleurs au Canada, mais la donne vient de changer, grâce à une entente que la Ville a conclue avec l’entreprise BlackBerry QNX et son centre d’innovation pour les véhicules autonomes

La voiture, une Lincoln Continental, est arrivée sur le coup de 13 h 50 avec un conducteur. Mais détrompez-vous, ce dernier n’était derrière le volant qu’à titre purement préventif. En effet, appuyer sur le bouton rouge d’urgence permet de tout stopper.

Le véhicule s’est arrêté quelques secondes afin de faire monter à bord le maire Jim Watson, la conseillère Marianne Wilkinson et le directeur général de Blackberry QNX, John Wall. Puis, c’était reparti pour l’automobile qui négocie les courbes, reste alignée dans sa voie de circulation et s’arrête aux feux rouges ou encore aux passages pour piétons sans que le conducteur, qui devient en quelque sorte un passager, n’ait à poser quelque action que ce soit. 

Cette voie publique d’un peu plus de deux kilomètres pourra désormais servir de zone d’essai en permanence puisque des équipements à la fine pointe de la technologie conçue par Blackberry QNX, Luxcom, Codha Wireless et NovAtel ont été installés sur le parcours. La Ville d’Ottawa a aussi installé des émetteurs de communications spécialisées à courte portée aux feux de circulation, en plus de rafraîchir le marquage routier et d’accélérer l’installation de lampadaires à DEL contrôlables.

Jim Watson reçoit la clé de la première voiture autonome à circuler au Canada des mains de John Wall, de BlackBerry QNX.

« On vient de faire un grand pas vers l’avant aujourd’hui. Je suis fier de dire qu’Ottawa est maintenant la première ville au Canada à posséder les installations et les technologies nécessaires pour permettre la mise à l’essai de véhicules autonomes sur une voie publique ouverte à la circulation », s’est exclamé Jim Watson.

Il a souligné que la capitale est un leader à l’échelle canadienne au sein de cette industrie émergente, puisqu’on dénombre environ 70 entreprises qui contribuent directement ou indirectement au domaine des voitures intelligentes.  

La voie du futur... vers 2022 ?

Une fois sa balade à bord du véhicule terminée, le maire n’a pas caché son enthousiasme face à son expérience, rappelant que « c’est la voie du futur ». 

« C’était ma première fois, alors j’étais un peu nerveux, mais je sais à quel point la réputation de BlackBerry est solide. [...] Je n’aurais pas cru vivre cela un jour, probablement que les gens étaient confrontés à la même situation il y a plus de 100 ans lorsqu’ils se sont dits que c’était impossible de voyager avec une machine qui s’appelle un avion. Je pense que c’est réaliste de penser qu’on verra de telles voitures sur nos routes dans environ cinq ans ou assurément d’ici dix ans. La technologie est là, mais il faut continuer à examiner les systèmes de sécurité, car c’est l’aspect le plus important », affirme-t-il. 

Ses propos ont été corroborés par John Wall, de BlackBerry QNX, qui émet l’hypothèse que de tels véhicules puissent circuler librement sur toutes les voies publiques à compter de 2022. Mais attention, prévient-il, ce sera encore avec un conducteur à bord. Il est prématuré d’imaginer dans un horizon de combien d’années un véhicule sans occupant pourra rouler dans nos rues, dit-il. 

Le géant finlandais Nokia, qui a déjà œuvré sur de telles solutions lors d’essais routiers en Allemagne et ailleurs sur le globe, participera à la seconde phase du projet de banc d’essai en ajoutant la technologie LTE et la capacité 5G sur le parcours. 

L’objectif de la municipalité et ses partenaires est on ne peut plus clair : faire d’Ottawa la capitale canadienne des véhicules autonomes et introduire sur le marché mondial les technologies, produits et services conçus ici dans ce domaine. L’objectif avoué est aussi de devenir un centre d’excellence du véhicule autonome, une désignation qui permettrait d’avoir un réel avantage concurrentiel et qui offrirait de nouvelles possibilités de mise à l’essai de véhicules sans conducteur.