«Le 2 juillet 2014, pendant les travaux de construction effectués dans le cadre du projet de réfection de la rue Albert, l'entrepreneur a découvert un vieux tunnel abandonné composé d'un caisson en béton», a expliqué le gestionnaire du projet de train léger, Richard Holder.

Un «tunnel de la bière» sous la rue Albert

Seuls les historiens de la région n'ont pas été surpris par la découverte, cette semaine, lors des travaux de construction sur la rue Albert, à Ottawa, de ce qui pourrait être l'entrée d'un tunnel ayant servi à transporter de la bière il y a plus de 70 ans.
«Cette découverte n'est pas une si grande surprise. Dans le milieu, ça fait longtemps qu'on parle qu'il devrait y avoir un tunnel dans ce secteur», a indiqué l'archiviste en chef de l'Université d'Ottawa, Michel Prévost.
Construit dans les années 1940, lorsque la brasserie Brading's Capital Brewery a accru son territoire en construisant un entrepôt, le tunnel d'une longueur d'environ 20 mètres servait à relier les deux édifices séparés par une rue. Ainsi, une fois les bières brassées et embouteillées dans la brasserie, elles étaient transportées dans le tunnel jusqu'à l'entrepôt.
Contrairement aux historiens, l'entrepreneur qui effectue les travaux sur la rue Albert n'avait pas prévu d'y trouver un tunnel. «Le 2 juillet 2014, pendant les travaux de construction effectués dans le cadre du projet de réfection de la rue Albert, l'entrepreneur a découvert un vieux tunnel abandonné composé d'un caisson en béton. Les ouvriers n'étaient pas au courant de l'existence de cette structure sous la rue Albert. Des parties du tunnel seront excavées pendant les travaux de construction en vue d'installer de nouvelles conduites d'égouts et conduites d'eau maîtresses», a expliqué le gestionnaire du projet de train léger, Richard Holder.
Celui-ci attribue cet oubli collectif du tunnel à l'époque du plan Gréber pour la capitale nationale. «On voulait créer un Washington au Nord. On a presque tout rasé le patrimoine industriel», déplore M. Prévost.
L'historien ne nourrit pas d'espoir de voir ce qu'il qualifie de «vestige intéressant» être épargné par les travaux de construction. «Les chances que ce tunnel soit préservé sont nulles. Il faut être réaliste, le tracé ne sera pas dévié et on n'augmentera pas les coûts de ce projet pour un vestige du patrimoine industriel», a commenté M. Prévost. «C'est bien pour notre petite histoire, mais je vois très mal qui dans la société actuelle serait prêt à investir pour préserver ce tunnel. On a toute la misère du monde à préserver notre patrimoine religieux alors qu'il est à la vue, il ne faut pas s'attendre réussir à préserver notre patrimoine industriel.»
L'archiviste fait le parallèle entre ce «tunnel de bière» qui refait surface et la découverte des sépultures l'hiver dernier dans le centre-ville d'Ottawa. «Ça me paraissait tout à fait normal.»
D'ailleurs, celui-ci attend avec impatience que commencent de l'autre côté de la rivière des Outaouais, les travaux sur la rue Jacques-Cartier, à Gatineau. Il espère que ce sera l'occasion de trouver l'emplacement exact d'un ancien poste de traite.