Jacques de Courville Nicol avec son prix du Pilier de la Francophonie en 2015.

Un pilier de la francophonie en Ontario s'est éteint

Un ardent défenseur de la communauté franco-ontarienne et du bilinguisme officiel à la Ville d’Ottawa, Jacques de Courville Nicol, s’est éteint à l’âge de 76 ans vendredi à la suite d’une longue maladie.

M. de Courville Nicol est à l’origine du Mouvement pour une capitale du Canada officiellement bilingue (MOCOB), un groupe de pression qui aura contribué en 2017 à l’enchâssement du caractère bilingue de la Ville d’Ottawa dans la loi de 1999 sur la municipalité.

Homme d’affaires, notamment dans le monde des communications, il a aussi fondé le Regroupement des gens d’affaires de la région de la capitale nationale. Il fut d’ailleurs intronisé au Temple de la renommée de l’organisation en 2017.

Dans une entrevue qu’il avait accordée au Droit après avoir reçu en 1995 le prix du Pilier de la Francophonie offert par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Jacques de Courville Nicol avait indiqué qu’il cherchait «surtout à rehausser le prestige des francophones à l’extérieur du Québec».

Né dans le quartier Outremont à Montréal, M. de Courville Nicol s’est rapidement identifié à l’identité franco-ontarienne lorsque sa famille a déménagé à Sudbury alors qu’il était à l’école primaire. 

Après ses études en droit à l’Université d’Ottawa, il fut recruté par le premier ministre Pierre Elliott Trudeau pour assurer la direction des langues officielles au Canada.

Jacques de Courville Nicol laisse dans le deuil sa femme, Michelle, ses quatre enfants, Alexandre, Valérie, Isabelle et Pascale, ainsi que neuf petits-enfants.

Réactions

Son biographe, François-Xavier Simard, a qualifié de «mécène», de «grand Franco-Ontarien» et de «guerrier dans le monde des affaires» M. de Courville Nicol. 

«C’était un homme très rigoureux dans ses affaires», a précisé notamment l’auteur de «Jacques de Courville Nicol, 50 ans au sein de la Francophonie (1960-2010)», une brique de 1300 pages parue aux Éditions Baico.

«Les gens vont retenir de lui qu’il était un batailleur qui a essayé de rendre justice aux Franco-Ontariens et au Canada français, en général. C’était un homme qui ratissait large», a continué M. Simard.

«Ce n’était pas un gars de demi-mesure, se souvient de son côté l’ancien éditeur du quotidien Le Droit, Pierre Bergeron. Quand est arrivée la lutte pour l’Hôpital Montfort, il avait rassemblé des amis pour investir dans des pages de publicités dans Le Droit pour faire la promotion et défendre Montfort.»

L’ex-sénatrice libérale Marie-Paule Charette-Poulin a connu M. de Courville Nicol lorsque les deux étudiaient à l’Université Laurentienne, à Sudbury. 

«Déjà, Jacques s’affichait comme un chef naturel, avec la parole facile et une curiosité intellectuelle, avec le courage de l’affrontement et un coeur généreux», a notamment réagi Mme Charette-Poulin.

«Mais si Jacques a eu le courage de dire ce que tellement de gens pensaient, si Jacques a eu la persévérance de continuer le combat, c’est beaucoup grâce au soutien de Michelle, cette femme exceptionnelle qui l’a accompagné beau temps, mauvais temps, avec dignité et humour», a ajouté l’ex-sénatrice.

Plusieurs défenseurs des droits des Franco-Ontariens nous ont quittés au cours des dernières années. On a qu’à penser, entre autres, aux anciens députés fédéraux Mauril Bélanger et Eugène Bellemare, à Jacques Blouin, acteur important du mouvement S.O.S. Montfort, au cofondateur du Festival franco-ontarien, Pierre De Blois, ainsi qu’à l’ancien journaliste et attaché de presse du premier ministre Brian Mulroney, Michel Gratton. 

Ancienne porte-parole du mouvement #OttawaBilingue, Bernadette Sarazin a indiqué que M. de Courville Nicol était un catalyseur qui, avec sa passion et sa détermination, amenait les joueurs autour de la table afin de faire grandir la francophonie canadienne. Elle estime que la relève de ces battants s’inspire et s’inspirera de gens comme Jacques de Courville Nicol pour la suite des choses.

«Jacques est unique. Il fut un défenseur très influent. Je pense que nous sommes aussi inspirés par les actions de Jacques. Il y a une relève qui se crée au fur et à mesure que les gens s’éteignent. J’ai confiance en l’avenir et en la relève. Cette relève s’inspire de grands penseurs, de grands acteurs et d’influenceurs par les actions, les gestes qui sont posés et les visions qui sont partagées. Nous avons embarqué avec lui dans le mouvement qu’il a créé, et puis nous avons continué à travailler et à bâtir ce legs, qui fut bien sûr inspiré par un homme qui voyait grand et qui croyait en la francophonie au Canada et à Ottawa», a partagé Mme Sarazin.