Un chauffeur d’OC Transpo a demandé à Rachelle Lavergne de descendre de l’autobus puisqu’il estimait qu’elle n’avait pas de pièce d’identification valable pour son chien de service.

Un petit chien qui dérange

Une cliente du transport en commun se dit bouleversée d’avoir dû descendre d’un autobus d’OC Transpo parce qu’elle était accompagnée de son chien de service. Elle dénonce le manque d’information des employés et estime que ses droits ont été bafoués.

La dame dénonce le manque d’information des employés et estime que ses droits ont été bafoués.

« Je me sens impuissante face à ce qui s’est passé. C’est déboussolant. J’ai peur maintenant, ça me fait peur de prendre l’autobus. Je me sens comme si j’ai tort de demander que mon chien soit admis », raconte Rachelle Lavergne.

Le 10 décembre dernier, un chauffeur d’OC Transpo lui a demandé de descendre de l’autobus puisqu’il estimait qu’elle n’avait pas de pièce d’identification valable pour son chien de service. Après un échange entre les deux partis, l’autobus a repris la route, mais un superviseur a été appelé pour venir rencontrer Mme Lavergne.

Allie, un Basset Hound de 60 livres, portait un dossard et une laisse à l’effigie de « Service Dogs Canada », comme toutes les autres fois où elle est montée à bord d’un autobus avec sa maîtresse. Mme Lavergne était persuadée que l’identification — la laisse et le dossard — était suffisante puisqu’aucun conducteur d’autobus n’avait exigé de voir une autre pièce d’identification au cours des derniers mois. Elle a aussi présenté une carte de « Service Dogs Canada » et la carte professionnelle de l’école de dressage au conducteur.

Sur le site web du transporteur public, on peut lire qu’il existe trois moyens d’identifier un animal d’assistance. L’animal peut avoir un indicateur visuel, comme une veste ou un harnais, le propriétaire peut montrer une pièce d’identité avec photo des chiens-guides du procureur général de l’Ontario ou le maître peut présenter une carte d’identité pour animal d’assistance d’OC Transpo.

OC Transpo n’a pas voulu commenter spécifiquement l’incident survenu le 10 décembre à bord de l’autobus #12.

« Aux termes de la législation provinciale, un animal d’assistance utilisé par les personnes qui ont des incapacités est : “un animal qui peut facilement être identifié comme un animal utilisé par la personne pour des raisons liées à son handicap, grâce à des indices visuels comme une veste, une plaque ou un harnais porté par l’animal” », indique Pat Scrimgeour, directeur des Systèmes-clients et de planification du transport en commun dans une réponse écrite.

Nourrir l’anxiété

L’Ottavienne, qui souffre d’anxiété, peinait à retrouver ses sens après son altercation avec le conducteur. 

Elle a contacté un ami pour venir la chercher puisqu’elle attendait le superviseur avant de descendre de l’autobus.

Lorsque le superviseur est monté à bord, il a réitéré qu’elle devait avoir en sa possession une carte d’OC Transpo en ajoutant que Rachelle venait de vivre une « expérience d’apprentissage » et que si elle a les papiers requis elle pourra éviter de revivre une situation de détresse pour elle-même et les autres passagers, se souvient la femme.

« C’était difficile pour moi d’entendre ça. C’était de mettre sur moi le fardeau de leur bien-être. C’était lourd. Ç’a beaucoup contribué à mon anxiété », confie Mme Lavergne.

Cette dernière dénonce les événements qui sont survenus le 10 décembre en espérant conscientiser la population face aux droits des gens ayant des animaux de service.

« J’ai beaucoup réfléchi depuis et ce qui me semble le plus surprenant c’est que pendant plusieurs mois j’ai pris l’autobus. Est-ce que les conducteurs pensaient qu’ils me rendaient service en ne me disant rien ? On aurait pu me dire : “écoutez madame, c’est correct cette fois-ci, mais normalement on demande une preuve quelconque’’. On ne m’en a jamais parlé », déplore-t-elle.

Souffrant de troubles de santé mentale — la raison pour laquelle elle a un chien de service — Mme Lavergne n’a pas été en mesure de reprendre l’autobus avec Allie depuis l’incident.

« Cet incident m’a laissée en état de choc, confie-t-elle. J’ai dû prendre l’autobus sans Allie, car je n’ai pas la carte qu’ils ont demandée et je suis terrifiée de revive quoi que ce soit qui pourrait ressembler à ce qui est arrivé le 10 décembre. Ça affecte mon fonctionnement de ne pas avoir avec moi mon chien d’assistance quand je dois quitter la maison. »

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« IL FAUT ÉDUQUER LES GENS »

La situation vécue par une cliente d’OC Transpo, qui s’est fait montrer la porte de l’autobus à cause de son chien de service, relève d’un manque d’éducation, croit une consultante en comportement canin. 

Rachelle Lavergne a refusé de descendre de l’autobus sur-le-champ lorsqu’un chauffeur lui a demandé d’identifier son chien qui portait une laisse et un dossard aux couleurs de « Service Dogs Canada ». L’Ottavienne affirme qu’elle était dans ses droits d’utiliser le transport public avec son animal de service, mais a dû descendre quelques arrêts plus loin lorsqu’un superviseur est monté à bord.

«Ce qui me fait mal en pensant à la situation, c’est que Rachelle était là avec son chien et refusait de descendre parce qu’elle se croyait en droit de rester à bord et toutes les personnes dans l’autobus sont là à la regarder. Cette image ne décolle pas et c’est ce qui me dérange. Les gens ont vu qu’elle était en détresse. Il faut éduquer les gens», soutient Nicolle Lapratte-Patry, consultante en comportement canin qui a dressé le Basset Hound de Mme Lavergne.

La dresseuse de chiens a contacté OC Transpo afin de discuter de la situation. 

Elle a proposé d’offrir des ateliers au personnel sur les animaux de service et les bienfaits qu’ils apportent à leur propriétaire, mais attend toujours une réponse.

Elle souligne l’importance d’un chien de service pour Mme Lavergne qui souffre de problèmes de santé mentale. Les effets de l’incident vécu le 10 décembre ne sont pas négligeables, souligne Mme Lapratte-Patry, insistant sur l’importance d’éduquer la population afin d’éviter qu’une situation de la sorte se reproduise.

«C’est épouvantable l’effet. Ça fait boule de neige, illustre-t-elle. Ce sont souvent des gens qui n’aiment pas nécessairement aller en société, mais qui le font grâce à leur chien de service. Si leur chien leur permet de socialiser et de faire partie de la société tout en les empêchant de s’isoler, pourquoi on leur met des bâtons dans les roues?»

L’éducatrice en comportement canin n’a pas caché son étonnement lorsqu’elle a appris que sa cliente et son chien ont dû descendre d’un autobus. Elle n’avait jamais entendu parler d’une telle règle.

«Je suis montée à bord d’un autobus à plus d’une reprise avec des clients qui avaient un chien de service et une carte de « Service Dogs Canada » et je n’ai jamais eu de problème», se souvient Nicole Lapratte-Patry.