Paul Duguay

Un automobiliste rit jaune

Paul Duguay ne l'a pas trouvé drôle. L'homme de 79 ans a sursauté lorsqu'il a reçu un billet de 325$ par la poste pour avoir grillé un feu rouge sur l'avenue King Edward, à Ottawa.
«C'est une amende complètement démesurée! On me traite comme un criminel, accuse-t-il. Ma femme et moi avons perdu beaucoup de sommeil et nous avons subi de l'anxiété depuis que nous avons reçu cet avis infraction.»
Le résident de Casselman reconnaît que le radar photo de l'avenue King Edward, situé en direction nord, près de l'intersection de la rue St-Andrew, semble l'avoir photographié en plein délit.
«Mais je n'ai pas eu le temps de freiner, plaide-t-il. La lumière jaune a changé trop rapidement et il était déjà trop tard.»
L'homme qui a fait carrière dans le domaine de l'immobilier a l'habitude de circuler sur les routes.
Il parcourt environ 150 kilomètres par jour dans l'Est ontarien pour le compte de la pharmacie Jean Coutu de son village. Cinq jours par semaine, il livre des médicaments aux clients du commerce qui ne peuvent se déplacer. L'homme se dit alerte au volant.
Outré de son sort, M. Duguay a décidé de prendre les grands moyens. Comme plusieurs autres résidents, il clamera son innocence devant un juge. Preuves à l'appui. C'est que depuis le jour fatidique du 13 août dernier, M. Duguay a effectué plusieurs voyages depuis l'Est ontarien pour venir chronométrer le feu jaune problématique. «Chaque fois, ça n'a duré que 2,8 secondes.»
LeDroit s'est prêté au même jeu récemment. Même résultat.
Même si le Code de la route ontarien n'établit pas de standards quant à la durée d'un feu jaune (voir page2), la province impose toutefois un minimum de trois secondes, confirme Ajay Woozageer, porte-parole du ministère des Transports de l'Ontario.
«Piège à contraventions»
À la Ville d'Ottawa, on réfute toute accusation sous-entendant que l'endroit est «un piège à contraventions».
«La durée des feux jaunes est déterminée par une équation cinétique qui prend compte de plusieurs facteurs, notamment la limite de vitesse et le temps moyen pour ralentir», explique Chris Brinkmann, directeur du contrôle de la circulation.
«Dans des zones de 50km/h, la durée d'un feu jaune est de 3,3 secondes. Elle est 3,7 secondes sur une route de 60km/h et de 4,6 secondes où la limite de vitesse est établie à 80km/h. C'est le cas partout en ville, même où il y a les radars photo. Nous misons sur la constance», dit-il.
Le directeur Brinkmann n'avait toutefois pas les chiffres pour une zone de 40km/h. C'est la limite permise sur l'avenue King Edward avant d'emprunter le pont Cartier-MacDonald, là où plusieurs camions lourds font la navette, et lieu de la présumée infraction de M. Duguay.
«Comment un automobiliste peut-il savoir la durée d'une lumière jaune si elle varie d'un feu de circulation à un autre?» s'insurge M. Duguay.
«La durée de nos feux jaunes est uniforme (selon la limite de vitesse d'une route) dans l'ensemble de la ville et elle donne en masse le temps aux automobilistes pour s'immobiliser», répond d'un ton confiant M. Brinkmann.
Une affirmation qui ne tient pas debout, estime M. Duguay.
«Il y a plusieurs camions lourds qui passent sur l'avenue King Edward en direction de l'autoroute 5 au Québec. Ils ne peuvent quand même pas s'arrêter sur un dix cenne!»