En ce 6 avril 1999, l’escouade tactique de la Police d’Ottawa a investi le garage d’OC Transpo où un homme a ouvert le feu sur ses anciens collègues.

Tuerie à OC Transpo: des ponts bloqués et l’ironie du sort

Retraité d’OC Transpo après y avoir fait carrière pendant 32 ans, le conseiller municipal gatinois Jocelyn Blondin se plaît à penser que la manifestation sur les cinq ponts interprovinciaux, au matin du 6 avril 1999, lui a « peut-être sauvé la vie ».

Le hasard a fait que le jour fatidique où quatre employés du transporteur public ont été assassinés par Pierre Lebrun, de nombreux travailleurs de la construction sans carte de compétence avaient bloqué les cinq ponts reliant Ottawa et Gatineau, un mouvement organisé par l’Association pour le droit au travail (ADAT) qui avait paralysé la circulation durant l’heure de pointe matinale. 

Conséquence : M. Blondin n’a pu se rendre au garage et a dû se résigner à rebrousser chemin, comme des milliers d’autres travailleurs.

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« Quand je le croise, je dis toujours à Jocelyn Dumais (le président de l’ADAT) que dans le fond, il m’a peut-être sauvé la vie sans le savoir. C’est une drôle d’histoire. J’étais chauffeur, mais à ce moment-là, j’étais en arrêt de travail en raison de maux de dos, alors on m’avait assigné une autre tâche. Je travaillais à l’identification de tous les leviers dans le garage, j’étais à celui du boulevard Saint-Laurent. [...] Quand je suis revenu à la maison, j’ai appelé mes patrons et on m’a dit que ce n’était pas grave, que je pouvais rester à la maison. C’est plus tard en journée, quand j’ai vu les manchettes, que j’ai appris ce qui se passait là-bas. Je me suis dit : wow, j’étais censé être là, je me promenais partout. Où aurais-je été à travers tout ça ? J’aurais pu le croiser. Quand j’y repense, ça me donne des frissons », raconte-t-il.

Jocelyn Blondin

Jocelyn Blondin, qui avait discuté à quelques reprises dans le passé avec le meurtrier, un homme avec qui « il n’avait jamais eu de problèmes », n’hésite pas à dire que le 6 avril demeure une date qui ne s’effacera jamais de sa mémoire. Il s’agit de l’un des événements les plus marquants de sa vie, même s’il n’était pas physiquement sur les lieux de la tuerie. 

« Je me souviens que dans les jours suivants, l’ambiance était spéciale. Il ne faut pas le cacher, il y a une crainte qui a existé pendant plusieurs mois, quand on voyait un véhicule entrer dans la cour. Nous étions plus alertes », dit-il. 

Même s’il convient que personne n’est à l’abri d’actes délibérés de ce type, M. Blondin affirme qu’encore à ce jour, il considère que les mesures de sécurité n’ont pas été assez renforcées autour des installations d’OC Transpo. 

« Là où j’ai été déçu, après les événements, c’est qu’on nous avait dit que la sécurité serait amplifiée, mais peu de choses ont changé. Quelqu’un aurait pu entrer avec son véhicule privé, s’approcher des portes de garage, sans que personne ne le questionne », soutient celui qui siège aujourd’hui au conseil d’administration de la Société de transport de l’Outaouais.