Train léger de Gatineau: un projet de 2,1 milliards

Gatineau souhaite faire traverser son futur train léger à Ottawa en empruntant deux ponts, Prince-de-Galles à l’ouest pour rejoindre la station Bayview, et Alexandra, pour connecter les deux centres-ville.

Il s’agit de l’un des éléments nouveaux apparaissant au projet préliminaire présenté mercredi par la Ville de Gatineau. Les coûts du projet sont estimés à 2,1 milliards $, en valeur de 2018, et le nouveau système devrait être mis en service à partir de 2028. Les coûts comprennent l’acquisition du matériel roulant, la construction d’un centre d’entretien à une des extrémités du tracé, le déplacement d’infrastructures souterraines et les acquisitions de terrains nécessaires. 

Près de la moitié de la population de l’ouest de Gatineau, 46 %, serait à une distance de marche d’une station du train léger, à savoir 700 mètres. Le système reposerait sur 26 kilomètres de rails répartis en deux axes. La colonne vertébrale du train prendrait naissance au chemin Eardley, pour ensuite emprunter la rue Principale, le chemin d’Aylmer, le boulevard Alexandre-Taché, et finalement la rue Laurier pour aller traverser le pont Alexandra. Il compterait 18 stations et sera aménagé en site propre sauf aux endroits où l’emprise ne le permet pas. La plus grande partie des intersections traversées par le train le seront en passages à niveau. Les carrefours plus complexes pourraient cependant être traversés à l’aide d’infrastructures souterraines.

Un axe secondaire du système sur rails permettrait de desservir le quartier du Plateau. Le départ se ferait au chemin Vanier, à l’angle du boulevard des Allumettières, et emprunterait le boulevard du Plateau jusqu’au boulevard Saint-Raymond. Le train suivrait ensuite cette artère pour aller rejoindre le boulevard Alexandre-Taché. Onze stations sont prévues sur cet axe secondaire.

Ces tracés sont toutefois préliminaires et pourraient encore être modifiés en fonction des conclusions de la deuxième étude complémentaire qui doit être déposée à la fin de 2019. La Ville devra procéder à un certain nombre d’acquisitions ou d’expropriations le long du tracé, mais rien de concret à ce chapitre n’est actuellement détaillé.

Un tout

Ce qui est clair dans la vision proposée par la Ville c’est que ce projet est un tout. Les deux axes sont indissociables l’un de l’autre. « Il y a des risques opérationnels si on ne fait pas ces deux embranchements, indique le maire Maxime Pedneaud-Jobin. On se retrouverait avec un trop grand nombre d’autobus au même endroit qui tenteraient de joindre le système sur rail. Il faut faire tout le projet. »

Les véhicules seront 100 % électriques et pourront accueillir 260 passagers. La fréquence des passages se fera au cinq minutes aux pointes, et aux 15 minutes le soir et la fin de semaine. Le trajet de l’extrémité du tracé jusqu’au centre-ville d’Ottawa pourrait se faire en environ 35 minutes. « Il faut prendre les estimations de temps avec un gros grain de sel, avertit le maire. Il y a déjà des gens pour qui ça prend 90 minutes se rendre à Ottawa. Si on ne fait rien, ça sera pire dans dix ans. »

La présidente de la Société de transport de l’Outaouais (STO), Myriam Nadeau, ajoute que la fiabilité du service devance la rapidité des déplacements au rang des priorités dans ce projet. « Les gens sauront que le train pourra arriver à toute heure du jour, qu’il y aura de la place, qu’ils seront transportés à destination dans un contexte confortable et dans le temps prévu », dit-elle.

Mme Nadeau ajoute que des axes à haute intensité de desserte par autobus seraient planifiés dans les secteurs où les citoyens ne sont pas à distance de marche du train. « C’est inévitable, ça nécessitera des ajustements parce que l’objectif sera de nourrir l’axe structurant [le train léger]. Le maire Pedneaud-Jobin ajoute que cet élément du projet sera suivi de très près par les élus concernés. «Les élus vont regarder de très près la qualité du service, dit-il. Ça donnera lieu aux discussions les plus intenses.»

 La présentation de ce projet préliminaire permet à la Ville de demander officiellement des engagements financiers aux gouvernements fédéral et provincial.

« Ça va redéfinir le modèle de développement de Gatineau »

Maxime Pedneaud-Jobin a la conviction d’avoir présenté «beaucoup plus» qu’un projet de transport collectif mercredi. «Ça va nous donner de la force économique, structurer notre développement urbain et nous aider à protéger notre environnement, lance-t-il. Ce projet va redéfinir le modèle de développement de Gatineau selon l’image de notre ville qui est moderne, durable et ambitieuse.»

Le maire a qualifié la journée de mercredi de «jour très important pour Gatineau». En plus d’être le gage d’un changement complet de la structure du transport en commun dans l’ouest, le train léger permettra de mettre fin à des décennies de développement en parallèle de Gatineau et d’Ottawa. «On a des systèmes différents, des calendriers différents, mais pour une fois, on va planifier l’avenir ensemble», a-t-il indiqué. 

Le travail qui a mené à la présentation du projet a débuté il y a déjà quelques années, a rappelé le maire. Aujourd’hui, dit-il, le train léger fait l’objet d’un large appui. «Le projet est inscrit dans le dernier budget du Québec et dans la nouvelle politique de mobilité durable du Québec, a-t-il précisé. Le gouvernement a financé l’étude de l’Ouest et financera l’étude complémentaire. Les caucus des députés provinciaux et fédéraux des deux rives appuient le projet. Le premier ministre Trudeau a dit souhaiter le plus grand arrimage possible entre les deux réseaux. Le premier ministre Couillard, encore hier (mardi), donnait son appui de principe au projet. Si nos appuis sont si importants, c’est que ce projet est à l’image du Gatineau d’aujourd’hui, vert, moderne et ambitieux. Le temps est venu d’investir massivement chez nous et pour la première fois on sent qu’on peut avoir les moyens de nos ambitions.»

Maxime Pedneaud-Jobin a la conviction d’avoir présenté «beaucoup plus» qu’un projet de transport collectif mercredi.

Un tracé qui ne fait pas l’unanimité au conseil

Le conseiller du district Deschênes, Mike Duggan, ne met pas de gants blancs pour dire ce qu’il pense du tracé préliminaire du futur train léger proposé par le maire Maxime Pedneaud-Jobin. « C’est un tracé ridicule », lance-t-il. 

Le point de vue de M. Duggan tranche avec les autres discours entendus lors de la présentation publique du projet, mercredi. 

Il ajoute que le tracé a été présenté à huis clos aux membres du conseil la semaine dernière. Selon lui, ce n’est pas en retirant des voies déjà saturées de voitures pour faire place à un train léger que la Ville arrivera à améliorer la congestion routière dans l’ouest de la ville. 

M. Duggan ajoute que le tracé tel que proposé nécessitera plusieurs expropriations. « Ça peut coûter beaucoup d’argent et être très long à régler, dit-il. Il y a des enjeux sociaux dans ce projet. J’ai peur que ça provoque une guerre entre les automobilistes et les utilisateurs du transport en commun. »

Sa collègue du district Aylmer et membre du conseil d’administration de la Société de transport de l’Outaouais (STO), Audrey Bureau, rappelle qu’il s’agit avant tout d’un « tracé politique ». 

Sans dévoiler ce qui a été dit lors du débat à huis clos, elle précise que ce qui fait l’unanimité au conseil, c’est la résolution adoptée en mai dernier qui démontre l’appui unanime des élus pour déposer un projet sur rails dans le cadre des programmes d’infrastructures de transport en commun.

« Aujourd’hui, nous avons la volonté politique, lance-t-elle. La volonté technique viendra avec l’étude complémentaire. Mike Duggan ajoute que c’est précisément ce qui le rend nerveux. «J’ai peur que la politique amène ce projet trop loin avant même qu’on puisse discuter des enjeux techniques et des impacts sociaux», dit-il.

L’entente signée par Québec et Ottawa d’ici une semaine

Québec et Ottawa devraient s’entendre d’ici une semaine sur le partage des coûts de la deuxième phase du Programme fédéral d’infrastructures de transport, celui d’où proviendra l’argent pour financer le projet de train léger de Gatineau. 

Le député fédéral de Hull-Aylmer, Gerg Fergus, dit s’attendre à la signature de l’entente dès la semaine prochaine. 

La députée de Hull, Maryse Gaudreault, n’a pas voulu s’avancer sur la hauteur à laquelle les deux ordres de gouvernement allaient participer au financement des projets. 

«On verra bientôt la conclusion des négociations entre le fédéral et le provincial», a-t-elle ajouté.

«Une révolution»

Le député Fergus s’est dit convaincu que le train dans l’ouest va provoquer un engouement. 

«On sait que le rail fonctionne, a-t-il dit. C’est un système moderne et efficace. C’est une vision ambitieuse et le gouvernement est fier d’être partenaire dans cette vision pour dynamiser Gatineau et toute la région.» 

Son collègue de Pontiac, Will Amos, a abondé dans le même sens en ajoutant que le projet va aussi bénéficier aux communautés rurales en rapprochant les localités plus éloignées du coeur de la région de la capitale fédérale. 

«C’est une révolution pour Gatineau et un grand jour pour les Gatinois, a pour sa part lancé Mme Gaudreault. On peut rêver à une solution pour régler nos problèmes de transport en commun.»

Le fédéral pourrait remplacer le pont Alexandra

Le pont Alexandra qui fait partie des clichés du cœur de la région de la capitale fédérale depuis 1901 pourrait ne pas survivre à l’arrivée du train léger à Gatineau. Le gouvernement fédéral, qui en est le propriétaire, mène actuellement une étude qui sera déterminante pour l’avenir du vieux pont de fer, a fait savoir, mercredi, le député fédéral de Hull-Aylmer, Greg Fergus. 

La Ville de Gatineau souhaite utiliser ce pont pour faire traverser à Ottawa son train léger d’ici dix ans et ainsi relier les deux centres-ville. 

Le pont a fait l’objet de plusieurs rénovations au fil des ans, mais on se cache à peine dans les coulisses pour dire aujourd’hui que sa fin est peut-être proche. 

Le député Fergus ne va pas aussi loin, mais il prévient que «lorsqu’on veut faire des rénovations à un pont ou le remplacer, il faut prendre en considération tous les besoins de la communauté qu’il dessert et il sera évident et naturel qu’on voudra prendre en considération les besoins de Gatineau pour faire de la place aux rails».

La démolition et la construction d’un nouveau pont sont des options qui seront étudiées. «On va peut-être vivre quelque chose comme à Montréal avec le pont Champlain, a ajouté M. Fergus. Les fonctionnaires de Services publics et Approvisionnement Canada mènent actuellement les études. 

Leurs conclusions seront connues d’ici la fin de l’étude complémentaire sur le projet de train léger attendu à la fin de 2019.

Le pont Alexandra a fait l’objet de plusieurs rénovations au fil des ans, mais on se cache à peine dans les coulisses pour dire aujourd’hui que sa fin est peut-être proche.

La Chambre de commerce de Gatineau se range sans hésitation derrière le projet de train léger présenté par le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin.

Le président de la CCG, Pierre Samson, reconnaît qu’il est impossible pour son organisation de s’opposer à un projet estimé à 2,1 milliards $.

«La majorité de nos membres sont d’accord avec ce projet qui sera bon pour l’économie, et bon pour la mobilité entre Gatineau et Ottawa. Ça va permettre de régler des problèmes qui touchent les gens d’affaires, les employeurs et tout le monde.»

La CCG affirme toutefois qu’elle demeurera «vigilante» afin de s’assurer que les gens d’affaires de la région profitent pleinement du plus gros projet d’infrastructure jamais vu en Outaouais.

Watson accueille favorablement le plan de Gatineau

Le tracé proposé par la Ville de Gatineau pour son futur système de train léger répond aux attentes du maire d’Ottawa.

Dans un courriel envoyé aux élus, Jim Watson indique que l’objectif du tracé proposé  est d’assurer « une meilleure intégration des deux réseaux de transport en commun dans la région ».

« Cette approche appuie les objectifs à long terme des deux sociétés de transport en commun visant un réseau entièrement intégré, la réduction du nombre d’autobus sur nos routes ainsi que l’élimination des embouteillages et de la pollution de l’air et favorisant l’utilisation du transport en commun et le transport actif », écrit le maire.

Le plan dévoilé par Gatineau mercredi prévoit une liaison avec la Ligne de la Confédération de l’O-Train à la station Bayview en empruntant le pont Prince-de-Galles. 

De plus, il prévoit la traversé du pont Alexandra pour offrir un arrêt à distance de marche de la station Rideau de la Ligne de la Confédération.

Ottawa entend collaborer avec la ville voisine en fournissant les renseignements requis dans le cadre de l’étude de faisabilité. 

« Tout au long de l’étude, la Ville d’Ottawa et OC Tranpo seront consultés sur tous les aspects des couloirs proposés », précise le maire Watson, ajoutant que l’évaluation des répercussions sur la Ligne de la Confédération sera aussi comprise dans l’étude.

Le premier magistrat rappelle aux élus que sa priorité est « l’étape 3 du train léger sur rail, qui prolongera le service jusqu’à Kanata, Stittsville et Barrhaven simultanément ».