Le maire d’Ottawa, Jim Watson
Le maire d’Ottawa, Jim Watson

Révolution dans les consultations publiques à la Ville d’Ottawa?

Julien Paquette
Julien Paquette
Le Droit
Devant un échéancier assez serré, la Ville d’Ottawa devait aller de l’avant avec ses travaux pour finaliser son Plan officiel d’urbanisme, même si des dizaines de citoyens qui souhaitaient partager leur point de vue ont dû le faire en visioconférence, en raison de la pandémie de COVID-19.

Des élus considèrent que l’expérience a été concluante et qu’elle a même permis d’accroître le taux de participation aux échanges, mais est-ce suffisant pour changer les façons de procéder de la municipalité lorsque les consignes de distanciation physique seront chose du passé ?

« J’ai eu l’impression que c’était mieux pour que les gens puissent participer », dit le président du Comité de l’agriculture et des affaires rurales, Eli El-Chantiry, qui a écouté l’ensemble

« En temps normal, il faut venir directement à l’hôtel de ville et on vous dit, par exemple, que votre tour de parole viendra autour de midi, mais ça peut parfois être repoussé jusqu’en fin d’après-midi. Ça implique des frais supplémentaires, notamment pour le stationnement », ajoute M. El-Chantiry.

Le maire d’Ottawa, Jim Watson, abonde dans le même sens et souligne qu’il s’agissait du plus grand nombre de citoyens entendus par un comité depuis l’étude du projet de refuge de l’Armée du Salut à Vanier, en 2017.


« J’ai eu l’impression que c’était mieux pour que les gens puissent participer. »
Eli El-Chantiry

Pour M. Watson, cet impact positif sur la participation justifie que ces outils continuent d’être utilisés, mais il précise qu’il faudra que les lois provinciales soient révisées pour que ce soit autorisé lorsque l’état d’urgence sera levé.

La modération a bien meilleur goût

Le spécialiste en aménagement du territoire l’Université du Québec en Outaouais (UQO), Mario Gauthier, reconnaît que les plateformes de visioconférence peuvent favoriser la participation civique de certaines personnes, mais exprime tout de même des réserves quant à leur utilisation dans le cadre de consultations publiques.

« L’utilisation de ces outils pourrait être maintenue, mais surtout en complémentarité avec d’autres outils. Ce n’est pas la panacée », affirme M. Gauthier.

L’expert souligne que si la consultation par visioconférence facilite la vie de certains, elle en exclut d’autres d’entrée de jeu, notamment ceux qui n’ont pas accès à une connexion internet haute vitesse.

Mario Gauthier précise cependant qu’afin qu’une consultation publique virtuelle atteigne ses objectifs, elle doit vraiment être instaurée dans le but d’accroître le nombre de participants.

« Du point d’une administration publique, c’est utile d’avoir ces outils pour avancer plus rapidement, indique le professeur à l’UQO. Si c’est envisagé pour accroître l’efficacité du processus, on passe à côté de l’intérêt de l’outil. L’intérêt, c’est la démocratisation de la décision. »

M. Gauthier donne l’exemple de la récente consultation publique menée par la Ville de Gatineau sur son nouveau plan d’urbanisme qui avait suscité la déception de nombreux participants puisque le nombre de questions posées était limité et qu’il était impossible de relancer l’administration si la réponse ne vous convenait pas. Gatineau a d’ailleurs reconnu des lacunes dans le processus et a prolongé sa période de consultation sur cet enjeu.