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Rencontre éditoriale avec Jim Watson
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Le politicien d'expérience

Jim Watson mise sur la continuité et la prudence afin de se faire réélire pour un troisième mandat consécutif à la tête de la ville d’Ottawa. Le maire sortant se présente comme étant un «politicien réaliste» qui préfère «promettre moins, mais livrer plus».

Politicien depuis plus d’un quart de siècle, Jim Watson, 57 ans, croit que son expérience lui donne une longueur d’avance sur ses adversaires pour faire face aux imprévus.

L’imprévisibilité du nouveau gouvernement progressiste-conservateur en Ontario n’est pas négligeable, selon lui.

«C’est une des raisons pour lesquelles c’est important d’avoir un maire avec de l’expérience dans les relations avec les deux autres paliers de gouvernement. Il faut travailler avec Doug Ford, Justin Trudeau et les ministres pour les convaincre de la nécessité de continuer ce niveau de respect avec les municipalités», plaide M. Watson en rencontre éditoriale avec Le Droit.

La décision du gouvernement de Doug Ford de se retirer du marché du carbone entraîne des répercussions sur la Ville d’Ottawa, qui a accès à moins de sources de revenus. M. Watson a hâte de voir le premier budget provincial, afin de connaître l’aide financière qui sera disponible au niveau municipal. 

«Il faudra s’assurer d’avoir la capacité de trouver des solutions si on n’a pas l’argent du provincial. C’est complètement impossible pour nous de se préparer à toutes les éventualités», explique le candidat à la mairie.

M. Watson entend solliciter l’aide de la province afin qu’elle prenne le dossier des logements abordables sous sa responsabilité. 

«Nous sommes la seule province au Canada qui avons la responsabilité pour le logement abordable, souligne-t-il. C’est un trop grand projet pour que ce soit seulement aux contribuables à payer.»

La Ville d’Ottawa fait face à plusieurs défis. Les plus grands sont les projets d’avenir, croit M. Watson. Il donne en exemple le train léger sur rail.

De plus, il entend travailler en collaboration avec les institutions d’enseignement pour former la main-d’œuvre dans le domaine des hautes technologies. 

Selon lui, plus de 3000 emplois seront disponibles dans ce secteur. «Une des priorités d’Investir Ottawa, c’est leur stratégie de recrutement pour attirer plus de personnes de Silicone Valley ou Boston. Ils les attirent à choisir Ottawa et c’est la raison pour laquelle c’est vraiment important de créer une bonne qualité de vie», explique M. Watson, qui est coprésident d’Investir Ottawa.

Jim Watson a été conseiller municipal de 1991 à 1997 avant de faire le saut à la mairie jusqu’en 2000. Il a quitté son poste à quelques mois de la fin de son mandat pour prendre la présidence de la Commission canadienne du tourisme. En 2003, il a animé une émission du midi à la télévision avant de faire le saut en politique provinciale où il a occupé trois ministères. Il a été élu maire de la capitale aux élections de 2010. Il a récolté 76% des appuis aux élections de 2014.

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Watson veut encadrer les formations linguistiques

La Ville d’Ottawa doit s’assurer que ses employés respectent les exigences linguistiques associées à leur poste, croit le maire sortant Jim Watson. Des efforts doivent être déployés pour accorder le temps nécessaire à l’apprentissage d’une deuxième langue, selon lui.

«Je sais que c’est un peu plus difficile pour un adulte d’apprendre une deuxième ou une troisième langue qu’une personne plus jeune, mais vous avez raison, c’est important pour nous de s’assurer que les employés suivent leur contrat avec la Ville», soutient-il.

Le candidat à la mairie réagissait aux articles publiés par Le Droit qui révélaient que 12 cadres supérieurs ont consacré en moyenne 18,6 heures à leur formation linguistique l’an dernier.

À lire également : Moins de 20 heures pour apprendre le français

Le défi est de s’assurer que l’engagement est respecté, même en cas de conflit d’horaire. Jim Watson reconnaît que c’est compliqué, parfois, de trouver le temps de suivre des cours de français.

«Quand j’ai travaillé pour le président de la Chambre des communes, il prenait des leçons de français, mais c’était la première chose qui était annulée quand il y avait une crise ou des réunions, raconte-t-il. Malheureusement, c’est probablement le cas dans les autres bureaucraties. Ce n’est pas bon et ça coûte de l’argent de constamment annuler des leçons. J’espère qu’on va améliorer la situation.»

Bonnes relations

M. Watson qualifie ses relations avec la communauté franco-ontarienne de «très bonnes». Il rappelle que sous son administration, l’offre des programmes récréatifs dans la langue de Molière a augmenté et que le nombre de plaintes a diminué.

Pendant plusieurs années, des membres de la communauté francophone lui ont demandé d’adopter une politique de bilinguisme officiel, ce qu’il a refusé de faire sous prétexte que la Ville était déjà bilingue. En décembre dernier, le gouvernement provincial a reconnu le caractère bilingue de la municipalité.

«J’ai appuyé cette initiative et la députée Nathalie Des Rosiers a convaincu le gouvernement de créer une loi, souligne M. Watson. Je suis d’accord avec ça, parce qu’ils reconnaissent que notre politique est la politique officielle pour servir les citoyens dans les deux langues officielles. Maintenant, on a une protection pour la communauté francophone pour protéger ce niveau de bilinguisme.»

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Jim Watson sur...

... Les plaines LeBreton

Le maire sortant admet avoir quelques craintes quant au projet de revitalisation des plaines LeBreton. Il entretient des relations «polies» avec Eugène Melnyk, le propriétaire des Sénateurs.

«Je ne prendrais pas une bière avec lui, illustre Jim Watson. Quand j’ai des entretiens avec lui, c’est très positif. Il sait que je suis une personne qui est vraiment dédiée à ce projet. Ça va aider non seulement son équipe, mais notre ville.»

M. Watson rappelle que la majorité des amphithéâtres sportifs en Amérique du Nord sont situés au centre-ville.

«Est-ce que j’ai confiance à 100 % ? Probablement que non, parce qu’il y a encore beaucoup d’étapes, nuance le candidat à la mairie. C’est nécessaire pour le consortium de prouver sa capacité financière pour continuer avec le projet.»

La priorité de Jim Watson est de continuer à pousser le dossier qui est bénéfique pour l’ouest du centre-ville, tout en favorisant les discussions avec la Commission de la capitale nationale.

«On a investi plusieurs millions de dollars pour construire deux stations de train léger à proximité, rappelle M. Watson. Je pense aussi que c’est meilleur pour l’équipe. Il y a beaucoup de sièges vides à Kanata. Ici, il y aura des gens à proximité, le train léger et la capacité d’attirer les Gatinois.»

Selon lui, la première pelletée de terre doit avoir lieu d’ici la fin de l’année 2019.

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... La criminalité

La Ville d’Ottawa fait face à de nombreux défis au chapitre de la criminalité. Le nombre de fusillades est en hausse depuis quelques années dans la capitale fédérale.

Jim Watson rappelle que la situation n’est pas unique à Ottawa et que les grandes villes comme Vancouver et Toronto y sont aussi confrontées.

«Ce n’est pas une excuse, mais c’est la réalité. Il y a plus de personnes qui sont dans le monde des drogues et qui utilisent des armes à feu. C’est la raison pour laquelle j’ai adopté un budget qui a permis d’ajouter pas seulement 75, mais 85 agents de police», se félicite-t-il.

Le maire sortant croit que la Ville doit investir dans des stratégies de prévention du crime. Il a promis que 75 policiers supplémentaires seraient embauchés s’il est élu.

Au-delà des effectifs policiers, M. Watson croit qu’il faut miser sur des stratégies anti-bandes de rues pour éduquer les jeunes et les décourager.

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... Le cannabis

La légalisation du cannabis entraînera son lot de problèmes, croit le maire sortant. Toute la question des magasins illégaux doit être clarifiée avec le gouvernement provincial, afin de déterminer qui est responsable pour faire appliquer la loi.

À ce jour, une vingtaine de dispensaires illégaux ont pignon sur rue à Ottawa. Jim Watson veut clarifier les rôles et les responsabilités de chacun.

De plus, il dénonce les mesures du gouvernement de Doug Ford qui ne donne pas le pouvoir aux municipalités de contrôler le nombre et la localisation des futurs magasins.

«Je ne pense pas que c’est une bonne idée d’avoir cinq magasins dans le marché By, par exemple. On avait le pouvoir pour les clubs de danseuses et les magasins de prêts sur salaire, mais pas avec le cannabis. Je pense que c’est un problème pour nous», affirme-t-il.

De plus, la province a annoncé qu’elle accorderait 40 millions $ sur deux ans pour aider les villes avec la légalisation du cannabis. Une somme insuffisante, craint M. Watson.

«C’est nécessaire pour nous de payer plus d’argent pour les inspections, pour le bureau de santé, les agents de réglementation et les policiers, énumère-t-il. Notre facture s’élève à près de 8 millions $ et la province promet seulement 40 millions $ sur deux ans pour toute la province. C’est vraiment difficile pour nous d’assurer au public que nous aurons les ressources nécessaires pour ces grandes transformations.»

M. Watson assure avoir communiqué avec les ministres à Queen’s Park pour faire part de ses craintes.