La salle du conseil municipal d'Ottawa était bondée aujourd'hui, plusieurs personnes avaient revêtu le chandail sur lequel il est inscrit «SOS Vanier».

Refuge de l'Armée du Salut: le conseil d’Ottawa garde le cap

Le conseil municipal d’Ottawa a décidé par une très mince majorité mercredi qu’il ne rouvrirait pas le couvercle sur l’un des dossiers les plus chauds des dernières années dans la capitale : la construction d’un refuge de l’Armée du Salut dans le quartier Vanier.

L’élu Mathieu Fleury a donc échoué dans sa tentative de faire adopter une motion qui aurait abrogé l’approbation du projet, accordée par l’ancien conseil municipal en novembre 2017 à l’issue de plusieurs semaines de débat et de trois jours de consultation publique. Le conseil avait alors voté à 16 contre 7 en faveur du changement de zonage nécessaire pour ériger ce bâtiment comprenant 350 lits au 333, chemin de Montréal.

Cette fois, le conseiller du quartier Rideau-Vanier et fervent opposant au projet a réussi à rallier plusieurs collègues à sa cause, mais au final, sa proposition a été défaite par 12 contre 10. 

Les élus Jeff Leiper, Catherine McKenney, Carol Anne Meehan, Rick Chiarelli, Riley Brockington, Rawlson King, Shawn Menard, Diane Deans et Theresa Kavanagh ont voté en faveur de la motion de M. Fleury.

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Pour l’occasion, la salle du conseil municipal était bondée et, comme il y a un an et demi, plusieurs personnes avaient revêtu le chandail blanc sur lequel il est inscrit « SOS Vanier » en rouge. 

Se disant déçu, mais serein face au résultat, M. Fleury ne lance pas la serviette, loin de là.

« L’Armée du Salut n’arrivera pas chez nous. On sera en cour ad vitam aeternam. [...] Quelques collègues étaient incertains. Ça ne change rien, c’était important pour ce conseil, avec plusieurs nouveaux élus, de prendre position sur le dossier. On se retrouve donc devant le tribunal cet automne. On a eu encore plus de votes, donc il y a encore moins d’appuis pour le projet », a-t-il indiqué.

Il a dénoncé les agissements des administrateurs de l’Armée du Salut, affirmant qu’ils ont fait de la « magie » en modifiant leur projet dans les heures précédant le vote à l’hôtel de ville.

Le conseiller Keith Egli affirme de son côté qu’il serait mal avisé d’effacer et de recommencer dans ce controversé dossier.

« Je comprends pourquoi M. Fleury tente le coup, mais une décision a été prise par l’ancien conseil, avec les informations dont on disposait, qui restent les mêmes. On doit aller de l’avant. Le processus d’appel est le moyen approprié pour exprimer son désaccord et peut-être avoir gain de cause », soutient-il.

La conseillère Catherine McKenney affirme qu’il est « difficile » moralement de dire non à un refuge, mais que le problème doit être abordé autrement. Elle a rappelé que 90 000 personnes à Ottawa dépensent plus de 50 % de leurs revenus pour leur loyer.

Rawlson King affirme que la Ville doit plutôt privilégier le concept « Logement d’abord », qu’il décrit comme « un modèle de logement social du 21e siècle ».

« La dispersion de ces groupes aide les personnes à mieux s’intégrer et à devenir des personnes productives », a-t-il dit. 

Quant au conseiller Matthew Luloff, qui ne siégeait pas à la table du conseil lors du précédent verdict, il a choisi de se ranger dans le camp du statu quo, mais n’a pas caché qu’un refuge n’était pas « le bon modèle » pour contrer l’itinérance. Il a confié qu’il s’agissait de la plus difficile décision qu’il a eu à prendre depuis son élection il y a six mois.

L’Armée du Salut a annoncé mardi qu’elle avait révisé son projet, réduisant de 30 à 50 % le nombre de lits qui seront disponibles pour de l’hébergement d’urgence, en plus de conserver don programme de traitement de dépendances dans son actuel centre de la rue George, dans le marché By.

Le conseiller Fleury a présenté une telle motion, car il prétend que dans sa demande de modification de zonage, en 2017, l’organisme a fourni une fausse déclaration en affirmant qu’il était déjà propriétaire du site. À son avis, plusieurs conseillers qui ont voté à l’époque en faveur de la proposition de refuge pouvaient donc reconsidérer leur vote en fonction du fait qu’aucun contrat d’achat n’aurait été conclu.

Le maire Jim Watson s’est dit content que le feu reste au vert pour le projet, précisant que dans le cas contraire, une contestation de l’Armée du Salut devant les tribunaux aurait coûté des dizaines de milliers de dollars aux contribuables. Il a aussi tenu à dire que le conseiller Fleury était au courant dès le départ que l’organisme avait fait une offre d’achat conditionnelle pour le terrain.

Selon la Ville d’Ottawa, il en a coûté jusqu’ici 148 000 $ en frais juridiques à la municipalité pour défendre sa cause dans cette affaire qui se retrouvera devant le Tribunal d’appel de l’aménagement local à l’automne. 

L’appel du regroupement SOS Vanier sera entendu du 15 au 18 octobre, du 21 au 25 octobre ainsi que du 5 au 8 novembre. Jusqu’à maintenant, pour la défense de sa cause, il a réussi à amasser environ 200 000 $, soit environ 80 % du montant nécessaire.