Les ratés ont été nombreux depuis le lancement de la Ligne de la Confédération à Ottawa. Selon la conseillère Catherine McKenney, «[RTM] n’a démontré aucun sentiment d’urgence jusqu’à maintenant».
Les ratés ont été nombreux depuis le lancement de la Ligne de la Confédération à Ottawa. Selon la conseillère Catherine McKenney, «[RTM] n’a démontré aucun sentiment d’urgence jusqu’à maintenant».

Problèmes de l'O-Train: le modèle du PPP, un facteur?

À bout de patience en raison des bris répétés de l’O-Train, de plus en plus de voix au conseil municipal d’Ottawa souhaitent étudier la possibilité de résilier le contrat d’entretien de la Ligne de la Confédération avec Rideau Transit Maintenance (RTM). Dans ce contexte, il devient pertinent de se demander si la structure de ce partenariat public-privé a pu contribuer aux maux qui affligent actuellement le train léger de la capitale fédérale.

« [RTM] n’a démontré aucun sentiment d’urgence jusqu’à maintenant, affirme Catherine McKenney qui représente le quartier Somerset. C’est typique d’un partenariat public-privé (PPP), ils sont ici pour faire des profits. »

Selon le directeur du Centre de recherche sur les projets en contexte public (CERPRO) à l’Université Laval, Pierre-André Hudon, il y a effectivement lieu d’être critique des PPP.

« Les partenariats public-privé, lorsqu’ils marchent bien, c’est généralement dans du low-tech, donc quelque chose où il n’y a pas vraiment d’innovation, soutien M. Hudon. Les contrats sont tellement à long terme et il y a tellement d’incertitudes qu’on est bien mieux d’avoir des technologies éprouvées. Des technologies, je ne dirais pas dépassées, mais presque. »

« Je pense que tout le monde aurait tout à fait compris si on avait pris des trains d’une génération précédente parce qu’on sait qu’ils sont éprouvés. La qualité première d’un système de transport en commun, c’est d’être fiable, beaucoup plus que d’être rapide et, à la limite, d’être confortable », ajoute l’expert.

Nervosité ?

Est-ce que le manque d’empressement que Catherine McKenney attribue à RTM pour régler les problèmes de l’O-Train peut être expliqué par le modèle d’affaires du consortium ? Le Droit a posé la question à Pierre-André Hudon.

Le directeur du CERPRO souligne d’une part que dans un contrat à long terme – comme celui pour l’entretien de la Ligne de la Confédération –, l’entreprise privée s’attend généralement à réaliser ses profits vers la fin du contrat.

« Les entreprises, généralement, aiment les contrats de longue durée parce que les premières années ou même les premières décennies, ils vont rouler soit à perte ou avec des profits relativement minimes », soutient M. Hudon.

Le spécialiste en contrats publics précise toutefois qu’il y a une limite aux pertes que peut absorber une entreprise dans une position similaire à celle de RTM. Rappelons que les paiements mensuels en vertu du contrat d’entretien de la Ligne de la Confédération sont retenus par la Ville depuis octobre.

« Ils doivent commencer à être stressés un petit peu quand même. Ça fait six mois que ça roule, ils devraient avoir eu des revenus d’environ 30 millions $, souligne Pierre-André Hudon. Je ne suis pas inquiet que RTM est vraiment en train de travailler pour essayer de régler les problèmes. »

Le directeur du CERPRO recommande à la Ville d’Ottawa de continuer à appliquer les pénalités à sa disposition en vertu de l’entente de 30 ans avec RTM tant que l’O-Train ne fonctionnera pas rondement. Il ne s’inquiète pas outre mesure pour l’avenir financier du consortium.

« J’ai de la misère à penser qu’une entreprise veuille aller en faillite en se disant : “on s’est tellement planté qu’on aime mieux faire faillite” », lance M. Hudon.