Le conseiller municipal Mathieu Fleury
Le conseiller municipal Mathieu Fleury

Pas assez pour le logement abordable, clament des élus du centre-ville d'Ottawa

Julien Paquette
Julien Paquette
Le Droit
Le conseil municipal d’Ottawa s’apprête à égaler le plus important investissement de son histoire en logement abordable, soit 15 millions $, dans le budget 2021 de la Ville. Deux conseillers du centre-ville estiment toutefois que c’est encore trop peu.

En entrevue avec Le Droit, Catherine McKenney — qui représente le quartier Somerset — et son collègue du quartier Rideau-Vanier, Mathieu Fleury, indiquent tous deux que la Ville devrait investir davantage.

«Contrairement à d’autres services, comme on l’a vu avec le budget de la police, du transport en commun, les routes… tout augmente, sauf le logement abordable. Nous sommes dans une crise du logement, alors je crois que le montant investi devrait être d’au moins 20 millions $», soutient Catherine McKenney.

«Au début de la pandémie, on avait 12 000 personnes sur la liste d’attente pour accéder à un logement abordable. On est rendu à 12 500. Il y en a 2000 dans des refuges ou dans les motels, souligne M. Fleury. De ne pas bâtir de logements, ça met toute la pression sur les budgets opérationnels de la Ville. L’an dernier, la Ville d’Ottawa dépensé tout près de 36 millions $ pour garder des gens non logés.»

Le conseiller de Rideau-Vanier estime que la Ville devrait investir au moins autant dans la construction de nouveaux logements abordables que ces dépenses annuelles pour du logement temporaire dans des refuges ou des chambres d’hôtel.

Rappelons que le conseil municipal a déclaré en janvier dernier qu’il y a une crise et une urgence en matière de logement abordable et d’itinérance dans la capitale fédérale. Cette motion incluait également des objectifs ambitieux, notamment d’éliminer l’itinérance chronique d’ici 2024.

«Je n’ai pas confiance que nous atteindrons les cibles que nous nous sommes fixées. Nous approchons de la fin de 2020 et le gouvernement fédéral démontre une certaine ouverture à nous aider, mais on n’est pas près d’avoir reçu assez d’argent. Il n’y a pas assez de bâtiments qui se construisent maintenant», soupire Catherine McKenney.

La conseillère Catherine McKenney

Mathieu Fleury et Catherine McKenney soutiennent tous deux que la Ville d’Ottawa ne doit plus attendre que les gouvernements fédéral et provincial investissent avant de le faire.

«La plupart des programmes fédéraux auxquels des organismes voudraient appliquer pour obtenir du financement nécessitent ont besoin de flexibilité financière et nous pouvons leur offrir cette flexibilité en renonçant à des frais de développement ou en offrant des terrains, par exemple. C’est pour cette raison qu’il est si important d’avoir de l’argent dans notre budget pour le logement», explique Catherine McKenney.

Logement communautaire d’Ottawa

Mathieu Fleury préside le conseil d’administration de Logement communautaire d’Ottawa (LCO) et il déplore le manque de soutien de la municipalité pour les initiatives de cette société.

LCO s’est doté d’un plan stratégique il y a quelques années qui prévoit des investissements récurrents de 14 millions $ pour construire annuellement environ 500 nouveaux logements abordables.

«La ville a un mandat en tant que shareholder principal de LCO. C’est important que le plan soit au moins confirmé et financé année après année. Avec le 15 millions $, ce n’est pas certain que LCO va avoir 14 millions $ l’an prochain», déplore M. Fleury.

Catherine McKenney — qui siège également au conseil d’administration de LCO — aimerait aussi que la Ville soutienne mieux les orientations stratégiques de la société gestionnaire de logements abordables, mais soutient qu’il en faudrait bien plus pour s’attaquer au nœud du problème.

«Dans le budget, il n’y a pas d’argent en ce moment pour le soutien au logement. On veut sortir des gens des refuges qui sont en situation d’itinérance chronique, il nous faut de l’argent pour les organismes qui prodiguent du soutien», soutient Catherine McKenney.