La députée d’Ottawa-Vanier Nathalie Des Rosiers, instigatrice du projet de loi privé le printemps dernier, parle sous le regard attentif de Bernadette Sarazin et François Baril, du mouvement #OttawaBilingue.

#OttawaBilingue: «Ça protège pour l’avenir»

Cinq ans d’efforts acharnés et de pressions politiques plus tard, le mouvement #OttawaBilingue sabre le champagne. Mais maintenant que la « fondation » est coulée, les citoyens de la capitale devront s’assurer de construire sur cette avancée pour la francophonie, dit l’avocat François Baril.

Au lendemain de l’adoption par Queen’s Park de la Loi 177, dont l’un des nombreux articles permet de modifier la Loi de 1999 sur la Ville d’Ottawa afin d’enchâsser son caractère bilingue, plusieurs leaders du milieu étaient réunis vendredi pour célébrer ce qu’ils qualifient de moment historique. 

Ne niant pas que la route a été tortueuse, la porte-parole du regroupement, Bernadette Sarazin, a lancé d’emblée être satisfaite de pouvoir dire haut et fort qu’Ottawa est bilingue avant la fin de l’année du 150e anniversaire de la Confédération. 

Elle a rappelé avoir à l’époque dit à un journaliste qu’après le 31 décembre 2017, le temps serait venu de jeter la serviette. Finalement, la bonne nouvelle est venue 17 jours avant « sa date butoir », a-t-elle ironisé.

Après ne pas avoir porté fruit lors de la fusion de la Ville avec 11 autres municipalités, le projet d’officialiser le bilinguisme de la capitale est réapparu sur le radar en 2012 à l’occasion des États généraux de la francophonie d’Ottawa. 

La ministre des Affaires francophones, Marie-France Lalonde, croit que les instigateurs du mouvement ont de quoi être fiers. 

« Quand j’étais à Paris il y a quelques semaines, la première question que l’on m’a posée sur les ondes de TV5 Monde, elle était au sujet d’Ottawa bilingue. [...] Je veux reconnaître la contribution d’un homme que j’ai eu le grand bonheur de rencontrer quand j’ai été élue députée en 2014 : Jacques de Courville Nicol (instigateur du Mouvement pour une capitale du Canada officiellement bilingue). L’élément déclencheur pour moi, c’est lorsqu’il m’a dit que parfois, il faut être audacieux en politique. On ne le fait pas assez souvent. Vraiment, il m’a influencé dans ce que je fais chaque jour. Il m’a donné une bonne leçon de politique », a-t-elle lancé. 

Selon M. Baril, engagé depuis plusieurs années, quelques points tournants ont aidé à faire progresser le dossier du bilinguisme officiel à un rythme plus rapide ces derniers mois. 

Dans le lot, on compte le sondage qui a révélé que 72 % des résidents de la capitale appuyaient la cause, sans compter le dépôt d’un projet de loi privé par la députée d’Ottawa-Vanier Nathalie Des Rosiers. Le gouvernement Wynne a par la suite repris la pièce législative sous son aile.

« Il ne pourra pas y avoir de maire qui va décider de revenir en arrière ou couper des services en français. Ça protège pour l’avenir. Ça veut aussi maintenant dire que toutes les protections de la Loi sur les services en français sont applicables à Ottawa. Ça peut vouloir dire l’accès à des mécanismes de plaintes un peu plus robustes », affirme Mme Des Rosiers. 

Interrogée à savoir si le commissaire aux services en français François Boileau pourrait désormais enquêter sur la Ville, l’élue a toutefois avoué « qu’il y a encore quelques enjeux au niveau de la juridiction, mais qu’au moins ça ouvre la porte à cette possibilité-là ».

De son côté, l’un des plus grands défenseurs du bilinguisme officiel à l’hôtel de ville, Mathieu Fleury, a profité de sa tribune pour rappeler que le combat n’est pas encore gagné avec tous ses collègues du conseil. 

« Je dois souligner dès le début l’appui de mes collègues du centre-ville. Les conseillers de l’est étaient silencieux mais ils ont toujours dit qu’ils nous appuieraient au moment venu. C’est avec mes collègues du sud et de l’ouest que ç’a été difficile. Encore à ce jour, ils ont des idées préconçues de ce que veut dire le bilinguisme. Le maire a fini par nous accorder son appui au niveau provincial, mais je dois avouer qu’au début il ne m’a pas aidé. Il disait que tous les postes, par exemple les policiers ou les pompiers, deviendraient bilingues, alors que ce n’était nullement l’objectif. Mais là, tournons-nous vers l’avenir », a-t-il souligné. 

L’élu a renchéri en affirmant que la Direction des services en français n’est pas bien située dans l’appareil municipal et est « malheureusement devenue un service de plaintes et de traduction ». Selon lui, le nouveau statut bilingue devrait être l’occasion idéale pour lui donner un nouvel élan.